CHAPITRE VII
de contentement et de triomphe éclaira le visage renfrogné du bas Breton.
— Nous ne sommes pas encore aussi malheureux et aussi dénués de ressources que vous vous l'imaginez, M. le chevalier, lui répondit-il d'un air narquois.
— Quelles ressources me connais-tu ?
— Dame, je ne suis pas aussi confiant que vous, moi ! Là où je suis , là est mon argent ! Nous ne nous quittons jamais !... J'ai mes économies ! . . .
— Mais tes économies ne m'appartiennent pas, mon gars; il me serait pénible d'en disposer, même avec ton agrément.
— Pourquoi cela, mon maître?
— Parce que , répondit de Morvan en hésitant, nous ne sommes pas , toi et moi , de condition égale.
— C'est juste ! Alors , lorsque vous aurez de l'argent, vous me rembourserez le double de ce que je vous aurai prêté.
— Si c'est ainsi, j'accepte, Alain ; seulement, je crains bien que tes économies ne soient pas assez considérables pour nous permettre d'atteindre Paris.
— Je vous demande bien pardon, maître, répondit Alain , qui s'arrêtant un instant pour
donner plus de solennité à sa révélation, reprit bientôt avec emphase : M. le chevalier, je possède cinq écus de six livres !
Le bas Breton dissimulait le sixième de sa richesse, c'est-à-dire un écu ; mais il pensait qu'il valait mieux garder cet argent en réserve pour un nouveau cas extrême que de le donner à son maître.
La stupéfaction du bas Breton fut grande quand de Morvan lui répondit, en souriant tristement, que ces cinq écus, du moment qu'il devait acheter au moins un cheval, ne pourraient lui être d'aucune utilité.
— Tenez, M. le chevalier, s'écria-t-il, je crois que le parti le plus sage que nous ayons à prendre est de retourner à Peninarck. Vous trouverez facilement crédit pour faire rebâtir notre maison ; vous tâcherez d'oublier vos idées de fortune, de ne plus vous rappeler ce voyage, et nous reprendrons notre ancien train de vie.
On conçoit combien ce projet devait peu sourire à l'amoureux jeune homme. Aussi ne daigna-t-il même pas le discuter et se contenta-til de répondre à Alain :
— Tu es libre, mon gars, de ne pas lier ton sort au mien et de reprendre, si bon te semble, le chemin dePenmarck. Quant à moi, dussé-je,