CHAPITRE VII
pour atteindre Paris , me traîner à pieds sans chaussure et en demandant l'aumône de mon pain, je poursuivrai ma route et j'arriverai.
— Alors nous arriverons ensemble, M. le chevalier, dit Alain. Vous me croyez donc un bien abominable gredin pour vous figurer que je m'en vais vous abandonner ainsi? Mais il se fait tard et vous avez besoin de repos ; rentrez chez vous et tâchez de dormir. Demain matin nous causerons, si vous voulez bien le permettre, sur le parti qu'il nous reste à prendre. On prétend que la nuit porte souvent conseil...
De Morvan, malgré l'excellente recommandation d'Alain, ne put jusqu'au lendemain matin fermer les yeux. Le malheur qui était venu fondre si à l'improviste sur lui entraînait à sa suite de telles conséquences, que le pauvre jeune homme n'osait en calculer la portée. Il ne voyait qu'une chose dans son infortune , c'est qu'à moins d'un hasard réellement merveilleux, et les hasards de cette nature sont rares, il n'arriverait probablement pas à temps à Paris pour y retrouver Nativa. Cette pensée lui torturait le cœur et lui faisait éprouver des élans d'une rage folle, à douter de sa raison. Il eût certes, en ce moment, vendu sans hésiter dix années de sa vie pour une poignée d'or.
La profonde scélératesse de la prétendue fille du chimérique comte de Blinval confondait également son esprit : il ne comprenait pas tant de ruse et de perfidie.
— Hélas ! se disait-il avec découragement, j'ai peut-être trop présumé de mes forces en voulant tenter de me créer une position, de réussir ! Si au début de mon voyage il suffit d'une coquine de basse espèce pour que je sois ridiculement joué , que sera-ce donc lorsque je me trouverai plus tard aux prises avec les vices des grands seigneurs , avec l'astuce des courtisans blanchis sous le harnois de l'intrigue. On ne daignera même pas me prendre au sérieux ! On me montrera au doigt comme une curiosité armoricaine! Ah! jour de Dieu! pour ça non! On trompe un de Morvan, mais on ne le raille pas... Aux mauvaises plaisanteries j'opposerai la pointe de mon épéc... Le rire cesse devant le sang... Oui, mais Nativa est riche, puissamment riche, m'a-t-ellc dit. Il me faut donc de l'or, beaucoup d'or, pour devenir son égal. Sans cela, quelque grand seigneur... Oh! jamais! ajouta de Morvan en p<àlissant , je la tuerai plutôt!...
Lorsque, trois heures plus tard, le soleil éclaira l'horizon, le jeune homme, toujours