‹ Les boucaniers (volume 2)Chapitre 91 sur 240 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

une t roupe de comédiens ambulants. Mais à boire, oh! encore un peu d'eau...

— Je t'en donnerai à discrétion, si tu réponds aussi franchement que tu me parais l'avoir fait jusqu'à présent, à une dernière question : quels sont les vrais noms deChamarandeet de Jasmin, quelle route ont-ils suivie, où pourrons nous les retrouver?

— Chamarande se nomme Rigaut, et Jasmin Picou... Quant à la route qu'ils ont suivie, je vous jure que je l'ignore. Nous nous sauvions à l'aventure quand votre balle m'a atteint... A présent j'ai dit tout ce que je savais... de l'eau !... à boire!...

Le déserteur ne méritait certes guère d'inspirer la pitié ; toutefois les douleurs qu'il endurait étaient si atroces que de Morvan eut compassion de lui.

— Donne ta gourde à ce pauvre diable, dit-il à Alain, et laisse-le boire à son aise et sans le fatiguer davantage par tes questions. Il n'a en ce moment aucun intérêt à nous tromper. Il nous a appris tout ce qu'il sait lui-même.

Le bas Breton obéit. Il présenta de nouveau la gourde au moribond, qui s'en empara par un geste brusque et nerveux; mais à peine y eut-il porté les lèvres, qu'il la laissa tomber; un trem-

blement convulsif agita violemment son corps, il roidit ses membres , s'agita pendant quelques secondes, et resta enfin immobile : il était mort!

— Eloignons-nous , dit de Morvan d'un air pensif.

— Vous avez l'air tout triste, mon maître.

— Et je le suis en effet. N'est-il donc pas déplorable de voir un homme se faire tuer misérablement par amour de l'or?...

— Dame! c'est une belle chose que l'or! s'écria Alain avec enthousiasme; mon ambition à moi a toujours été de posséder un louis.

Le chevalier et le bas Breton abandonnèrent alors le cadavre du déserteur et se remirent en route; mais à peine avaient-ils fait une centaine de pas qu'Alain s'arrêta tout court, et s'adressant à son maître :

— Soyez assez bon pour m'attendre un moment, M. le chevalier, lui dit-il; j'ai oublié une chose fort importante.

— Que peux-tu donc avoir oublié , Alain ?

— De rendre les derniers devoirs au mort, répondit le serviteur, qui, sans attendre l'assentiment de son maître, s'éloigna en courant. Cinq minutes plus tard le bas Breton était de retour : il paraissait radieux.

— Voici, M. le chevalier, ce qu'il y avait

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