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CHAPITRE XI

lui dit le flibustier, tu resteras couché en dehors de la porte. Je l'avertis que je vois à travers les murailles, et qu'au moindre geste que tu ferais pour fuir, je te tuerais.

La frayeur de l'esclave était telle que ses dents claquaient avec bruit. Au reste, il remplaça par une pantomime fort expressive la voix qui lui manquait : ses mains jointes, son front incliné, témoignaient de son obéissance.

Nativa, quoiqu'il fût alors près d'une heure du matin, n'était pas encore couchée.

Assise dans un de ces vastes fauteuils à bascule que l'on retrouve dans toutes les habitations tropicales, la jeune fille rêvait.

Il fallait même que ses pensées absorbassent à un haut point son attention, car elle n'entendit pas le bruit que fit Laurent en entrant.

Le flibustier, les bras croisés, l'air railleur, contempla pendant assez longtemps, en silence, la séduisante Espagnole.

—Elle est réellement d'une admirable beauté, pensait-il, d'une beauté peut-être supérieure encore à celle de Fleur-des-Bois! D'où vient donc que je n'éprouve auprès d'elle, ni émotion, ni surprise? Pourquoi mon cœur reste-t-il indifTérent? Pourquoi mon esprit tournc-t-il au dédain ?

254 LES BODCANIERS.

Laurent avança de deux pas et élevant la voix ;

— Nativa, dit-il, vous m'avez envoyé chercher, me voici, que désirez-vous?

A cette apparition si inattendue, et si inexplicable pour elle, du beau Laurent, la jeune fille poussa un cri d'élonnement et voulut se lever; mais son émotion était telle qu'elle retomba dans son fauteuil prête à perdre connaissance.

— Remettez-vous, reprit le flibustier d'un air moqueur. Vous ne rêvez pas, Nativa : c'est bien le ladron ou voleur Laurent, comme m'appellent vos compatriotes, qui est devant vous !... M'aimez-vous toujours?... Dois-jc vous féliciter de votre constance, ou mourir de désespoir de votre oubli?...

Nativa était tellement troublée qu'elle ne remarqua même pas l'ironie déployée par le flibustier; la parole du beau Laurent arrivait à elle comme un son confus : elle entendait, mais elle ne comprenait pas.

Peu à pou cependant — Nativa était douée d'un cœur vaillant, — elle recouvra , sinon sou sangfVoid, au moins sa force de volonté. Ses grands yeux bleus, humides de larmes et brillants de reconnaissance, s'élevèrent vers le ciel, et joi-

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