‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 147 sur 190 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

amiral des galions du roi d'Espagne; chacun de ces vaisseaux porte soixante pièces de canon et ([uinze cents hommes d'équipage.

— Et tu complcs leur résister? demanda de 31orvan sans montrer aucune émotion.

— Si je compte leur résister ? répéta Laurent d'une voix railleuse. Ah çà ! me crois-tu donc tellement annulé par l'amour que je n'aie rien gardé de l'ancien capitaine Laurent? Fleur-des- IJois me plaît ; mais je lui préfère la bataille ! Sois assuré, matelot, que plutôt que de me rendre je me ferai sauter! Tout à l'heure, nous reprendrons ce sujet de conversation. A présent, occupons-nous de notre devoir !

Laurent, embouchantson porte-voix, ordonna aussitôt le branle-bas de combat.

Grâce à l'expérience , à l'intrépidité et au sang-froid de son équipage d'élile, Laurent avait établi à bord de sa frégate une discipline qui l'emportait, certes, de beaucoup sur celle des bâtiments du roi.

Aussi , quoique la présence de l'ennemi se manifestât seulement par deux points gris à peine visibles à l'horizon et qu'aucun danger immédiat ne menaçât les flibustiers, le branlebas de combat fut-il exécuté avec un entrain, une verve, une célérité remarquables.

100 LES BOUCANIEns.

En quelques minutes, le basliugage s'encombra de sacs destinés à aniorlir la mitraille; les coffres d'armes furent ouverts, les Annaux sourds éclairèrent de leurs lugubres rayons les soutes aux poudres ; les non-eonibatlants, c'est-à-dire les deux cuisiniers, les musiciens, les préposés aux vivres, etc., s'échelonnèrent pour approvisionner le tillac de munitions et recevoir les blessés. Les panneaux se fermèrent; les gardefeux, remplis de gargousses, arrivèrent à leurs pièces ; les écouvillons et les refouloirs se rangèrent aux pieds des servants , les bailles de combat s'emplirent d'eau , les boute-feu fumèrent; enfin, spectacle toujours désagréable à l'œil du marin qui sait braver la mort, mais ne peut supporter la pensée de se voir réduit à une inaction forcée , le chirurgien découvrit sa trousse d'instruments d'acier poli , ses scies tranchantes et pointues, destinées aux amputalions, etc., etc. Ces préparatifs terminés, Laurent fit orienter les voiles de façon à prendre chasse devant Fennemi.

Cette manœuvre souleva quehpies murmures, ou plutôt donna lieu à certains commentaires parmi les flibustiers.

— Amis, leur dit Laurent avec une; affabilité et une douceur qu'il n'employait guère qu'à

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