CHAPITRE IV
l'approche du combat , modérez votre impatience, et surlout gardez-vous bien de vous former une opinion sur les ordres que je donne... Vous êtes, certes, tous de hardis et rudes compagnons ; plusieurs d'entre vous ont déjà commandé des navires; mais, croyez-moi, toute votre expérience réunie en un seul homme n'atteindrait pas à la hauteur de mon génie. Une bonne fois i)our toutes , n'oubliez pas que je ne me trompe jamais... Vous désirez la bataille; rassurez-vous , je vous promets un combat grandiose et sanglant comme de mémoire dhoinme la flibuste n'en a encore livré...
Cette apostrophe fit cesser toutes les réflexions. Les paroles superbes dans la bouclie de Laurent ne ressemblaient jamais à des fanfaronnades. Après deux heures de chasse , il devint de toute évidence pour les aventuriers ([ne l'un des vaisseaux espagnols l'emportait de beaucoup par la supériorité de sa marche sur leur frégate : il la gagnait main sur main.
Quant au second navire ennemi, incapable de suivre son compagnon, chaque instant agrandissait la distance qui le séparait de son matelot.
Vers les dix heures du matin, — la chasse durait depuis le point du jour, — les flibustiers
purent distinguer jusque dans leurs moindres parties, les l'orniidables proportions du galion espagnol : cette vue, quelque intrépide qu'ils fussent, les impressionna fort.
Laurent, se promenant d'un pas égal et tranquille le long du tillac, causait avec de Morvan de sujets tout à fait indifférents à la lutte qui allait s'engager; on eût dit qu'il avait oublie la présence de son terrible adversaire.
Tout à coup le flibustier, élevant la voix, s'adressa à l'une des vigies placées dans les barres du petit perroquet :
— Quelle est la voilure de l'ennemi ? demandat-il.
— 11 est sous ses huniers, les ris pris et sa misaine.
— Très-bien ! Chevalier Louis, faites gouverner à la rencontre de l'Espagnol.
De Morvan s'empressa de commander la manœuvre ordonnée par Laurent , qui reprit sa promenade et parut ne plus s'occuper davantage du galion.
Une demi-heure plus tard , trois portées de canon séjjaraient à peine les deux adversaires.
— Comment court riiidalgo? dit Laurent.
— Il gouverne bâbord amure pour nous