CHAPITRE II
mieux placée dans vos mains que dans les miennes!
— Louis, répondit le boucanier, une fois pour toutes, retiens bien ceci : tu es la seule personne sur la terre qui parle à mon cœur; eh bien, le jour où tu me résisterais, je te briserais sans pitié! Que veux-tu, enfant! il faut savoir aimer un ami avec tous ses défauts. Pardonne et excuse ma violence, mais l'habitude de Taction et du commandement m'a fait une nature nouvelle ; je ne puis supporter un obstacle; il faut que tout plie sous ma volonté. Voyons, reprit le boucanier avec douceur, ne tortille point ainsi ta moustache; que diable! de toi à moi, l'insulte n'est pas possible, et l'amour-propre ne doit pas exister... Louis, laisse-moi passer, te dis-je! Si l'on me tue, eh bien, tu me vengeras!
Legoff s'assura alors que ses pistolets, retenus à sa taille par une corde, étaient en bon état, serra une dernière fois la main de son neveu, prit son poignard entre ses dents, et passant à travers les barreaux coupés, il s'élança dans l'espace ; de Morvan s'empressa de le suivre.
Au même instant un fort coup de tonnerre retentit, et l'orage qui menaçait depuis longtemps éclata avec violence.
De Montbars et de Morvan accueillirent avec joie, chacun de son côté, la venue de l'ouragan ; la fureur de la nature devait, ils le pensaient, les préserver de la trahison des hommes : il n'était guère probable, en effet, qu'on s'attendit à les voir s'évader par un temps pareil. Quoique le geôlier les eût assurés avec les serments les plus solennels qu'il avait éloigné la sentinelle placée sous la fenêtre de leur prison, les fugitifs connaissant le double jeu joué par le misérable n'avaient ajouté aucune foi à sa parole : aussi quand de Montbars jugea se trouver près du sol, s'arrêta-t-il un instant pour prendre le poignard qu'il tenait entre ses dents.
Par malheur, une furieuse rafale de vent fit un moment vaciller l'échelle, et le boucanier, en se retenant des deux mains, pour ne pas perdre l'équilibre , laissa échapper son poignard.
Craignant que la chute de son arme n'eût donné l'éveil au factionnaire, de Montbars hésita s'il abandonnerait l'échelle et sauterait à terre. Toutefois, quelques secondes s'étant écoulées, et aucun bruit n'arrivant jusqu'à lui, il continua de descendre. De Morvan le suivait de près.
Le boucanier atteignit bientôt l'extrémité in-