CHAPITRE H. 3o
« Il fallait, pour sauver l'honneur de sa femme, un exemple. Le grand d'Espagne, quoique parfaitement convaincu de l'innocence de ton père, n'hésita pas à le sacrifier : il le condamna à mourir sous le fouet !
— Mon père!... s'écria Louis de Morvanavec une expression de rage et de douleur qui atteignait jusqu'au délire; mon père, dites-vous, de Montbars, a été condamné à mourir sous le fouet!... Oh! c'est impossible, impossible !
— Et la sentence rendue, reprit le boucanier avec un calme effrayant, s'exécuta séance tenante.
De Montbars se tut : de Morvan sanglotait.
— Mon oncle! s'écria le jeune homme après un instant de silence, le nom de l'assassin! Son nom , je vous en conjure!... Oh ! à présent, je suis sûr de me sauver!... Rien ne pourrait me retenir!... Aucune balle ne saurait m'alteindre!... J'ai mon père à venger!... Dieu me protégera ! Le nom de l'assassin, mon oncle, le nom de l'assassin, je vous en conjure!...
De Montbars parut hésiter.
— Le moment n'est pas encore venu de te le dire, répondit-il. Cette nuit, avant de nous évader, je te remettrai une lettre contenant toutes les indications nécessaires à la vengeance... Si je suis tué , ce que je ne crois pas,
lu ouvriras cette lettre; sinon, tu me la rendras.
— C"estbicn, mon onc^lc; j'obéirai.
Le reste de la journée passa, pour les deux prisonniers, rapide comme une heure. De Morvan ne cessait d'interroger son oncle, et le boucanier parlait de son frère!
Enfin minuit sonna : c'était l'instant convenu pour l'évasion.
— Louis , dit de Montbars , embrasse-moi et partons !
Le boucanier plaça deux chaises l'une sur l'autre sur la (able, j)uis , se saisissant de léchelle de corde, il l'attacha solidement aux barreaux de la fenêtre restés intacts.
— A présent, Louis, l'eprit-il , à genoux! Demandons à Dieu son aide et son appui.
Les deux de Morvan s'agenouillèrent ; puis, après avoir prié, ils se levèrent en môme temps et tous les deux s'élancèrent vers la fenêtre.
— Arrête ! Louis, s'écria le boucanier en saisissant le chevalier par le bras, je dois passer le premier.
— Non, mon oncle, dit le jeune homme. Il est juste, si nous tombons de suite dans le piège qui nous est tendu, que je sois la première victime! Vous, vous êtes puissant; moi je ne suis rien : la vengeance de nion père resterait donc