‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 154 sur 190 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

toujours des grenades!... Inondez-en le pont de l'ennemi!... Hardi, les enfants!... Nevouspressez pas!... Prenez votre temps pour viser; que chaque coup porte !...

L'ordre donné par Laurent de cesser la canonnade était un trait de hardiesse, une inspiration de génie ! Le flibustier, avec la conception rapide, le coup d'œil infaillible dont il était doué, avait compris de suite que sa rangée de huit canons, d'un faible calibre, ne pouvait rien contre les trente bouches à feu que lui opposait le vaisseau amiral. Les avaries éprouvées par l'ennemi n'eussent pas compensé l'emploi des hommes retenus par le service des pièces. Ces mêmes hommes, répartis dans le gréement, accrochés à toutes les saillies de la frégate, embusqués sur la drôme, dans la chaloupe et les hunes, causaient cent fois plus de mal aux Espagnols, avec les balles de leurs redoutables fusils de boucaniers, que comme canonniers.

Pendant une demi-heure, le feu continua des deux côtés avec un remarquable acharnement; les flibustiers, excités par Laurent, se multipliaient. Les Espagnols , quoiqu'ils eussent été vivement impressionnés en apprenant qu'ils avaient affaire au plus célèbre capitaine que possédât, après de Montbars, la flibusterie; les

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Espagnols étaient si nombreux, ils disposaient de tant d'éléments de succès, qu'ils ne croyaient pas à une défaite et restaient pleins d'ardeur.

11 Aiut se rappeler le merveilleux sang-froid et l'adresse infaillible des boucaniers-flibustiers, pour comprendre le ravage inouï que pendant cette demi-heure de lutte ils causèrent à l'ennemi... Deux cents Espagnols furent mortellement atteints 5 les servants de la batterie découverte, exposés en plein et sans défense à leurs coups, tombaient tués chaque fois qu'ils essayaient de charger les canons.

Quant à ceux qui étaient retirés dans les batteries de l'entrc-pont, à peine se montraient-ils à l'embrasure des sabords, qu'une balle les punissait de leur témérité.

Au reste, c'était un spectacle aussi étrange que saisissant, de voir ce puissant vaisseau fatigué, harcelé par un adversaire de proportions si faibles, qu'il lui eut suffi de l'aborder pour le couler bas : un spectacle que les flibustiers étaient seuls capables de donner!

De Morvan, une carajiine à la main, secondait Laurent dans son commandement, et combattait comme un simple matelot. Quant au bas Breton Alain, le premier moment de la surprise passé, il s'était embusqué sur la drôme,

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