‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 22 sur 190 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

produits par les colères de la nature; à l'occident et à l'orient, le regard se perd dans l'immensité de rOcéan.

— Ainsi, Montbars, reprit le jeune homme en paraissant s'arracher avec peine à la contemplation de ce magnifique spectacle, la terre que nous côtoyons est cette île de la Tortue que les exploits des boucaniers ont rendue si célèbre ?

— Elle-même, mon ami! Cette île, située sous le 20^ degré 50 à 40 minutes de la ligne équinoxiale , et qui n'a pas plus de seize lieues de tour, fait trembler la puissance de Charles II et jette une ombre dans le soleil d'Espagne. Il n'y a dans l'île de la Tortue que six quartiers habités : la Basse-Terre, Cayorme, la Montagne, le Milplantage, le Ringot et la Poinle-au- Masson. Les misérables cahutes qui recouvrent ces quartiers ont vu briller plus d'or sous leurs toits de feuilles de palmier qu'il n'en est jamais entré dans le Versailles de Louis XIV. Ce serait une merveilleuse histoire à écrire que celle de cette petite île , une histoire à faire éraigrer de leur patrie tous les jeunes gens avides d'émotions et de richesses !

— Mais si cette île est si redoutable à l'Espagne, reprit de 3Iorvan, comment se fait-il

qu'elle ne l'ait point encore soumise à ses armes ?

— L'Espagne a tenté bien souvent cette entreprise, et plusieurs fois elle a réussi, répondit le boucanier ; il n'y a pas dans ces seize lieues carrées un seul pouce de terre qui n'ait été arrosé de sang humain! Grâce à Dieu, nous sommes restés vainqueurs, et nos ennemis gardent encore le souvenir de la dernière défaite que leur a fait subir le brave du Rossey ! Aujourd'hui, une véritable Armada serait impuissante à nous ravir ce sol si valeureusement défendu et si chèrement payé.

La conversation de Monlbars et de de Morvan fut interrompue par l'arrivée d'un canot qui accosta le navire.

Bientôt cinq hommes grimpèrent sur le pont avec une agilité de singe : ces hommes étaient des boucaniers, de îlorvan se mil à les examiner avec une vive curiosité.

Les nouveaux venus portaient pour habillement deux chemises, un haul-de-chausse et une casaque, le tout en grosse toile; leur lêlc était abritée par une espèce de bonnet de feutre ou de drap, ayant un bord devant le visage, et semblable à celui d'un Cnrapoux. Des chaussures faites de peau de vache ou de sanglier

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