‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 23 sur 190 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

garantissaient leurs jambes nerveuses des morsures des ronces. Une petite tente de toile filée présentant, une fois roulée, un très-mince volume, était passée en bandoulière autour de leurs épaules : cette tente leur servait à bivaquer dans les forêts. Au côté gauche de leur ceinture ils portaient un étui de peau de crocodile , contenant quatre couteaux et une baïonnette ; au côté droit , une énorme calebasse pleine de poudre. Enfin un fort fusil à la crosse extrêmement solide et épaisse, au canon long de quatre pieds et demi et tirant seize balles à la livre, complétait leur équipement. Ces fusils, fabriqués expressément pour les boucaniers par Brachie de Dieppe et Gélin de Nantes, étaient d'une très- grande portée et d'une extrême justesse : ils coûtaient de trois à cinq cents livres.

L'arrivée de ces étranges visiteurs parut causer à Montbars un plaisir extrême.

— La vue de ces casaques imbibées de sang, de ces figures rébarbatives et de ces longs mousquets , me rajeunit de vingt ans, dit-il à de Morvan en l'abandonnant pour se rendre audevant des boucaniers.

11 fallait que lillustre chef de la flibusterie fût bien populaire, car à peine les gens du canot

rcurent-ils aperçu, qu'ils laissèrent éclater les plus vifs transports de joie.

— Eh bien! mes amis, leur dit Monlbars, quoi de nouveau dans ces parages? Les pirogues espagnoles essayenl-clles toujours de piller nos établissements de la côte? Les prises sont-elles abondantes? Le gibier donne-t-il?

— Les Espagnols naissent et meurent voleurs, repondit un des boucaniers : comment voudriez-vous , Montbars, que, pendant votre absence , ils eussent respecté les habitations françaises qu'ils se hasardaient à attaquer, vous présent! Quant au gibier, ces damnés hidalgos déguenillés le détruisent avec acharnement, afin de nous réduire à la famine. Si cela continue, il ne restera bientôt plus un sanglier dans les forêts, et les derniers boucaniers seront obligés, pour ne pas mourir de faim, de monter sur vos vaisseaux et d'entrer dans la flibuste !

— 11 y a déjà longtemps, mes amis, que vous auriez dû prendre ce parti, répondit Montbars. Moi aussi, j'ai mené votre vie des ])ois; je sais les privations qu'elle impose, le peu de profit que généralement on en retire. Six mois de rudes travaux et d'un bonheui' stu'vi ne vous donnent pas la vingtième partie du gain que produit une heure de courses en mer.

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