‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 25 sur 190 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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plus nombreux , ils poussèrent leurs chasses jusque dans les prairies et près des habitations, que les colons apprirent à les connaître. Effrayés d'un pareil voisinage, ils appelèrent à leur secours de nombreux corps de troupes du continent et des îles voisines, et se mirent à poursuivre nos compatriotes à outrance. J'ai certes, mon cher Louis, assisté depuis vingt ans à bien des combats, été témoin de grandioses et fréquentes catastrophes : rien cependant ne dépasse en fait d'atrocité, dans ma mémoire , le souvenir de cette lutte acharnée : elle fut inexorable, terrible; dans sa durée, elle ne présenta pas un seul exemple de pardon ou de grâce I

<! Les Espagnols, désespérant de nous vaincre, renoncèrent enfin à nous poursuivre; seulement ils s'acharnèrent, ainsi que tu as pu l'entendre raconter tout à l'heure par un des boucaniers qui sont montés à bord, ils s'acharnèrent, dis-je, à détruire le gibier de lîle; ils espéraient, par ce moyen, nous réduire à la famine et nous contraindre à abandonner Saint-Domingue. Le hasard déjoua ce calcul, et leur ruse fit notre force.

«Forcés, pour vivre, à sortir des forêts, nous nous réunîmes, poussés par la nécessité et le

désespoir, à des forbans ou flibustiers anglais que nous rencontrâmes : de celte époque date l'ère de notre puissance...

«Les succès que nous obtînmes sur mer furent tels, que la France , jusqu'alors si dédaigtieuse envers nous , s'empressa de nous reconnaître, et que le roi sanctionna notre existence en nous envoyant un gouverneur cliargé de recevoir le dixième de nos prises.

«Le nom de boucanier s'applique doncaujoiird'hui aux Français qui les premiers abordèrent à Saint-Domingue. Nous tenons beaucoup à ce titre; toutefois, nous pardonnons volontiers à l'ignorance qui nous confond avec les flibustiers!...

— Je vous remercie , Montbars , de ces détails. Quelle est, je vous prie, aujourd'hui la position de la France à Saint-Domingue?

— Magnifique : la moitié de l'île, au juoins, nous appartient. Nous avons sous noire domination le terrain qui s'étend depuis le cap Lobos, au midi de l'île, jusqu'au cap de Samana, situé au nord, vers le levant. Ce terrain, plus étendu que deux des plus vastes provinces de France , contient de belles et riches prairies arrosées par de grandes rivières. Depuis le cap Lobos jusqu'au cap Tiburon se trouvent de

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