CHAPITRE IV
— Tu te trompes, mon cher Louis. Est-ce que je ne m'appelle pas Montbars, moi! Dans l'île de Saint Domingue, il n'y a pas un flibustier, si ce n'est de Grammont, qui porte son véritable nom. Il existe ici parmi les simples engagés des cadets qui appartiennent à la plus haute noblesse de France et d'Angleterre !
L'oncle et le neveu passèrent le reste de la journée ensemble.
Le lendemain ils se mirent en route dans la matinée pour le mont du Piton , Montbars désirant étudier à l'avance le lieu où devait se passer le combat.
Alain, profondément attristé et inquiet, suivait son maître la tète basse et l'air soucieux : avec les cinq quadruples qu'il tenait de l'originalité du beau Laurent, le Penmarckais avait acheté un long fusil de boucanier, de la poudre et des balles.
Quoique Montbars et de Morvan fussent pourvus d'excellents chevaux, ils mirent près de trois heures à franchir la distance de deux lieues environ qui séparait le mont du Piton
de la ville de Leogane.
Distrait à tout instant par la vue d'un nouveau paysage, le jeune homme arrêtait sa mon ture et restait en extase devant les beautés si nouvelles pour lui de la nature tropicale.
Les horizons splendides et accidentés que chaque nouveau détour du chemin présentait à ses yeux charmés, émerveillaient son imagina-
tion et attendrissaient son cœur, II pensait au ])onlieur sans nom qu'il y aurait pour une àaie aimante à vivre séparé du monde, loin des tristes passions de l'humanité, seul à seul avec une l'enimc adorée, dans ces sublimes solitudes' Alors l'image de Nativa lui apparaissait, et il ne pouvait s'empêcher de soupirer.
— Mon cher Louis, lui dit Montbars qui se méprit sur la cause de cette tristesse, j'ai cru devoir, connaissant ton courage, ne pas te ménager et t'avoner combien est dangereux le beau Laurent! Je crains à présent que mes confidences n'aient eu un résultat tout différent de celui que j'en attendais; qu'au lieu d'enflannner ton ardeur, elles n'aient jeté dans ton esprit la perturbation et l'inquiétude. Oh ! il est inutile que tu te récries... Je sais parfaitement que, le moment du combat venu, tu ne reculeras pas d'une semelle et soutiendras dignement l'honneur de ton nom... C'est beaucoup, certes, mais ce n'est pas encore assez... Ce que je veux, c'est qu'une fois en présence de Laurent, tu sentes la colère te monter im])lacable au cœur; (juc tu aies soif de sang, que toutes tes fticullés se concentrent dans cet instinct de destruction (jtie chaque homme, même le meilleur, poric en lui, olfpii, lorsqu'il esl puissamment excité, le