CHAPITRE V
monde et rapproché de la nature, qu'il voit les choses telles qu'elles sont et non telles que nous les montrent nos passions. A un travers d'esprit près, travers dont je veux te laisser la surprise, il est pour moi la sagesse en personne ; nous nous aimons beaucoup!
Barbe Grise passe avec raison pour être un des plus adroits tireurs de la boucanerie ; il possède à l'ond la science de l'arme à feu, et nul plus que lui n'est à même de l'apprendre méthodiquement, en peu de mois, comment il faut procéder pour abattre à cent pas, à balle rase, un écureuil qui se joue à l'extrémité d'une branche. Son coup d'oeil infaillible égale presque le mien. Nous passerons notre journée à te préparer au combat de demain.
— Comment cela ! à me préparer au combat de demain , répéta de 3Iorvan j n'est-ce donc pas répée à la main que je dois vider ma querelle?
— Hélas! non, cher enfant. S'il ne s'agissait que d'un duel à l'épée, je ne serais pas aussi inquiet. Les rencontres à Saint-Domingue ont lieu tout à la fois à l'arme à feu et à l'arme blanche !... Sais-tu te servir d'un mousquet?
— J'étais le meilleur tireur de Penmarck : on parlait de mon adresse à dix lieues à la ronde.
100 LES HOrCANIKRS.
Cette réponse parut causer un sensible plaisir à Montbars.
— Nous reprendrons cette conversation tout à l'heure, dit-il; voici les serviteurs de Barbe- Grise (jui viennent nous reconnaître.
Montbars achevait à peine de prononcer ces mots, qu'une dizaine de ces chiens énormes dont se servaient les boucaniers i)our relancer et retenir les taureaux sauvages, se précipitèrent en bondissant d'un chenil situé près de l'habitation.
— Holà ! tout doux ! mes amis, dit Montbars ; voici longtemps que nous ne nous sommes vus : mais je suis une de vos vieilles connaissances!
Les chiens, qui d'abord paraissaient furieux, se mirent alors, comme s'ils eussent compris ces paroles, à sauter après rillusfre chef de la flibusterie et à l'accabler de caresses.
— Bonnes bctcs! vois comme elles me reconnaissent, reprit Montbars en se retournant vers son neveu. Combien ai-je d'amis qui, après une absence aussi longue , me recevraient aussi bien!... Aucun! Ah! voici Barbe-Grise!
Le boucanier Barbe-Grise pouvait avoir cin- (jUiintc ans : petit et trapu de taille, il porl;iil le costume habituel aux gens de sa profession :