‹ Les boucaniers (volume 4)Chapitre 47 sur 190 · CHAPITRE V. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. m

neveu et se nomme le chevalier Louis; l'autre est son engage.

— Puisque tu es aussi bon que beau, chevalier Louis, dit Jeanne qui fut s'asseoir aux côtés du jeune homme, nous deviendrons amis, le veux-tu ?

— Mademoiselle, c'est beaucoup d'honneur pour moi, répondit de Morvan surpris et embarrassé au delà de toute expression.

— Pourquoi m'appellcs-tu mademoiselle et me dis-tu vous ? s'ccria Jeanne, dont le délicieux et mobile visage refléta une teinte de tristesse. Je

ne te plais pas, tu refuses donc d'être mon ami?

— Louis, interrompit Montbars en riant, lu ne connais pas encore Jeanne. Cette enfant, que l'on a surnommée la Fleur-des-Bois, est l'expression la plus complète de la nature ; elle ne connaît rien des hypocrisies de la civilisation ; ce ({u'elle pense , elle le dit ; ce que son cœur éprouve, elle le laisse voir. Tu ne dois pas t'enorgueillir des avances et des aveux qu'elle vient de te faire, car pour elle ces avances et ces aveux n'existent pas. Elle obéit à la sympathie que lu lui inspires, et elle rêve on toi un camarade, pas autre chose. Grâce à la liberté illimitée dont elle jouit, à la vie active qu'elle mène, au respect véritable et profond que tous les anciens

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boucaniers et les nouveaux flibustiers ressentent pour elle, Jeanne, tout en vivant au milieu d'un monde débauché et corrompu, a conservé une innocence et une pureté complètes. Vois comme elle me regarde d'un air étonné ; elle ne me comprend même pas. Cependant, ce n'est certes point l'intelligence qui lui manque, loin de là; son esprit est, dans sa simplicité, d'une finesse extrême; seulement son cœur n'a pas encore parlé : voilà tout !

— Montbars, tu causes toujours de choses ennuyeuses, dit alors Jeanne en accompagnant ces mots d'une moue charmante. Laisse-moi m'entrctenir tout à mon aise avec ton neveu, et ne t'occupe pas de nous. J'ai beaucoup de choses à lui apprendre. Montbars m'assure que tu es bon, reprit l'originale créature en se retournant vers le jeune homme. Moi aussi , j'ai le cœur excellent... c'est à qui, dans l'île, rccherdiera mon amitié. 11 y a bien des gens qui, si je leur parlais comme je te parle, seraient contents et m'offriraient tout ce qu'ils possèdent. IMoi, voistu, je n'accepte jamais de cadeaux que de ceux (pii me plaisent ! Si tu veux me donner un bijou, je le prendrai ! Ça me fera même beaucoup de ])Iaisir. N'as-tu rien rapporté de ta dernière croisière?...

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