CHAPITRE XI
gère pause, la différence qui existe entre l'amitié d'un frère et l'amour d'un amant...
— Oui. Laurent, dit Fleur-des-Bois avec une émotion instinctive. Cependant, si ma question te paraît indiscrète, et que ta réponse exige, pour être comprise, plus d'esprit et de connaissances que je n'en ai, il est inutile d'entrer dans des explications qui ne serviraient qu'à me faire rougir de mon ignorance.
— Fleur-des-Bois , il n'est besoin , pour lire dans le livre de la nature, que d'avoir de la jeunesse et des désirs, un cœur!... L'affection fraternelle est un sentiment calme et placide, qui laisse à l'esprit une entière indépendance, une comj)lète liberté ! Une sœur, éloignée de son frère , s'habitue promptement, sans efforts, à cette séparation. Doit-elle le revoir, elle est contente ; mais cela ne trouble ni le sommeil de ses nuits, ni les pensées de ses jours; c'est à peine si elle l'attend; quand il viendra, elle sera Joyeuse, voilà tout. Auprès d'un frère, une sœur parfois s'ennuie. Aux propos qu'il lui tient, ses lèvres seules souvent répondent; son cœur est ailleurs. Un frère a-t-il besoin de la fortune de sa sœur, une sœur du bras et du courage de son frère, la première donne son or et le second son sang, parce qu'il
y a devoir pour eux à agir ainsi. Ni l'un ni l'autre n'apportent, la plupart du temps, aucun enthousiasme dans le sacrifice.
— Assez, assez ; tais-toi, Laurent, tu me fais mal! s'écria Jeanne en interrompant vivement le flibustier. Quoi ! c'est celte affection pour ainsi dire ennuyée, froide et forcée que mon chevalier Louis éprouve!... Est-il possible que quand il est auprès de moi sa pensée se porte ailleurs , qu'il s'ennuie à mes côtés !... qu'il me réponde, non avec son cœur, mais avec ses lèvres? Oli! non, Laurent, je ne te crois pas! Tu as voulu t'amuscr de mon ignorance... te moquer de moi !... C'est bien mal...
— Fleur-des-Bois, je te jure que j'ai dit la vérité, la vérité telle que me l'a apprise l'expérience !...
— Et l'amour d'un amant pour sa maîtresse, dit Jeanne en interrompant de nouveau Laurent, le connais-tu? l'as-lu éprouvé? sais-tu ce que c'est?.,.
— Oui, Jeanne, car cet amour je le ressens pour toi.
— Tu m'aimes comme un amant, toi?... Eh bien, ajouta Jeanne après avoir hésité, parle, je t'écoute !
Le flibustier se rapprocha de Jeanne, s'assit