Les boucaniers
Le septième jour de leur arrestation, Legoff et de Morvan arrivèrent, à la tombée de la nuit, au fort du Mont-Saint-Michel.
Aucun incident digne de remarque ne signala ce long et ennuyeux voyage : Legoff se montra d'une égalité et d'une douceur de caractère qui charmèrent l'officier ; de Morvan , absorbé par son amour pour Nativa , garda presque constamment le silence.
— Vraiment, M. le baron, dit l'officier à Legoff en prenant congé de lui , je ne reviens pas de l'étonnement et de la joie que me cause
LES BOl'CAMERS. 3. i
votre conduite : on vous avait représente îi mes yeux comme un homme violent, audacieux à l'excès, et je vous ai trouvé d'une affabilité et d'une humeur charmantes ! Croyez, M. le baron, que je conserverai toujours un bon souvenir de notre voyage, et que j'apprendrai avec bonheur votre prompte délivrance.
— Quand on a des ennemis, on doit s'attendre à être calomnié, répondit Legoff : la façon dont on vous avait parlé de moi prouve l'acharnement déployé contre ma personne. Je ne connais être au monde qui soit doué d'un caractère plus doux et plus inoffensif que le mien : je pousse l'amour de la tranquillité et de la paix à un tel point que, pour éviter un choc ou une discussion, je tombe parfois dans la faiblesse!... M. le gouverneur du fort n'aura guère de peine à me garder...
— Soyez persuadé , baron , que dans mon rapport à M. le gouverneur je dirai l'excellente opinion que j"ai prise de vous. Quant à votre jeune et taciturne compagnon, le chevalier de Morvan, c'est tout autre chose; il y a dans ses yeux...
— Ah ! M. l'officier, interrompit Legoff, vous vous trompez bien étrangement sur le compte de mon ami : deux mois me suffiront pour le