‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 102 sur 105 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

IMon Dieu ! (jue je suis donc contente de revoir mon ile de Saint-Domingue!... 11 me paraît (juc mon retour ressemble à une résurrection !

Fleur-des-Bois s'approcha alors des bastingages, et regarda dans la direction désignée par la vigie.

— C'est singulier, dit-elle avec étonnemcnt, je ne recoiniais pas dans ce nuage lointain , mais déjà parfaitement visible à l'horizon et qui représente la terre, la forme des côtes de notre

ne.

— Cela prouve, Fleur-des-Bois, dit Montbars qui s'était rapproché de la jeune fille , que tu possèdes l'œil exercé d'un marin. Le brigantin ne se dirige pas, en effet, vers l'île de la Tortue. Il a le cap sur le sud de la partie espagnole de Saint-Domingue.

Cette réponse de Montbars causa une vive surprise à de Morvan et à Fleur-des-Bois ; un nuage de tristesse obscurcit le front du jeune homme.

— Nous avons donc fait fausse route? dit-il.

— Enfant, lui répondit son oncle en souriant, est-ce que Montbars peut faire fausse route?... Nous allons là où je veux aller.

— Explique-toi, Montbars, je t'en conjure. Tes paroles et ton action sont des énigmes pour

moi... Je ne comprends rien à ta conduite extraordinaire... Pourquoi nous livrer ainsi aux mains de nos ennemis ?

— Ne crains rien, Louis; nous sommes ici aussi en sûreté que si nous nous trouvions ancrés dans le port de l'île de la Tortue... A plus tard, à bientôt peut-être, les éclaircissements que tu demandes; la voix du gouffre se fait déjà entendre , les soins de la manœuvre réclament toute mon attention...

De Montbars s'éloigna aussitôt, laissant de Morvan et Fleur-des-Bois plongés dans une stupéfaction profonde.

A peine l'illustre chef de la flibuste les avaitil quittés, que le chevalier et la fille de Barbe- Grise furent surpris par un bizarre phénomène. Quoique la mer fût très-belle, et le vent plutôt doux que violent, le brigantin prit subitement, et sans aucune cause apparente, une vitesse inouïe de marche ! En même temps, un son grave , prolongé , assez semblable au rugissement dans le lointain d'un tigre en fureur , arriva distinct à leurs oreilles ; ce mugissement rappela à de Morvan le Saut du Moine. Il ferma les yeux, et un moment, tant lillusion fut complète, il se crut transporté sur la côte de Penmark.

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Vue mii.iitiiu' (|iic lil Jilois le jciinc lioininc, et (jui ;HigiiR'iit<i (lo hc'iuifoiii» cncoi'c son cloiineineiil, l'ut que lV(iuipiij;c du briganliii ne paraissait prêter aucune attention à ce bruit si lugubre et si inexplicable, tandis que ses anciens compagnons, les naufrages de la i'régate, paraissaient éprouver une surprise égale à la sienne.

Se levant avec effort de dessus son banc , de Morvan pencha la tète en dehors des bastingages ; le sillage de la frégate; était si rapide (ju'il en fut ébloui ; il l'estima à dix-huit nœuds ; évidemment, le brigantin était entraîné par un irrésistible courant.

Sans la confiance illimitée qu'inspirait iMontbars au jeune homme, il n'eût pas hésité à considérer le navire comme perdu.

Pendant l'heure qui suivit , la marciie du brigantin augmenta encore plutôt qu'elle ne se ralentit.

Il courait le cap droit sur la côte , et quelle côte ! des falaises à pic, des mornes inaccessibles, des rocs de granit.

La témérité de Montbars ressemblait tellement à un suicide ou à un acte de folie, était si en dehors de toutes les manœuvres possibles, que de Morvan crut un moment que ses sens

184 Li:s noucANii-ns.

l'abusaient, (jn'il ctiiil sous le coupd'niic hallucination pénihic.

— Eh bien, mon ami, lui dit son oncle en revenant sur le tillac, que penses-tu de notre façon d'aborder la terre?

— Rien, Monlbars, si ce n'est que je mets en doute ce que je vois, et nie ligure être le jouet d'un rcve!

— Ta stupclaction s'accroîtra probablement encore d'ici à peu. Aperçois-tu ces deux rochers énormes qui, sentinelles perdues, s'élèvent solitaires au milieu de la mer et paraissent s'appuyer l'un sur l'autre?

— Parfaitement, Montbars.

— Nous allons passer entre ces roches I

— Oh! quant à cela, c'est impossible! A peine reste-t-il assez de place entre ces deux géants de granit pour une étroite pirogue.

— C'est la distance qui t'abuse... l(!s rochers sont séparés par une largeur d'environ cinquante pieds... Seulement, j'avoue qu'un coup de gouvernail mal donné , et notre briganlin se brise en morceaux; aussi vais-je prendre la barre moi-même... Plus de questions, cher ami; j'ai besoin de toute mon attention, de tout mon sang-froid.

Pendant que de Montbars se plaçait à la barre,

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k'S iiMii^issiMiK'iils tjtu' Ton ;i\;ii( d'iilxiid ciilciiiliis dans le lointain se l'approcliaicnt avec une l'ahult'iisc rapidiU' ; Iticntôt il devint ini[)ossil)Ie de s'entendre à bord dn britçantin.

La personne la pins impressionnée dn hord par cette scène vraiment saisissante, était certes Alain. Le l)as IJreton , agenouillé dévotement dans un coin du pont , priait suinte Anne d'Auray.

— Ma bonne clièrc dame, disait-il , n'allez pas croire, au moins, je vous en conjure, que je sois pour quehpie chose dans toutes ces diableries! S'il uj'était permis de m'en aller, soyez persuadée (jne depuis longtemps je serais à terre ! Qu'un miracle me préserve de ce nouveau danger, et je vous promets d'ajouter aux chandeliers que je vous dois déjà, un nouveau présent... Ah ! ma bonne sainte Anne ! voici que le brigantin court se jeter en plein sur ces deux gros rochers. Nous sommes perdus !

Le fait est que le moment où le navire glissa entre les deux rocliers présenta une de ces minutes solennelles qui marquent et laissent une trace plus profonde souvent dans la vie d'un homme, que tout un passé.

Un silence de mort régnait à bord du brigantin : Montbarssrul souriait.

Lii maiiœiivi'c rcussil à iiicr\ cille.

A peine le léger navire eut-il franchi ce redoutable obstacle, qu'il se trouva eu face dimc espèce de grotte ou d'ou^erture fort élevée, creusée dans les rochers soit par le travail incessant des vagues, soit par suite d'une éruption volcanique.

La mer s'engouffrait avec une fureur inouïe dans cette cavité profonde . d'où sortaient des exhalaisons sulfureuses tellement épaisses que de Morvan, déjà affaibli parla maladie, se sentit défaillir.

— Voilà l'entrée de l'enfer! s'écria Alain. Ah! ma bonne sainte Anne, ayez pitié de votre infortuné serviteur; arrachez-moi des griffes du diable!

Le spectacle qu'offrait alors le brigantin, encadré, s'il est permis de s'exprimer ainsi, dans cette nature fantastique et d'une sublime horreur, était tel qu'il faut renoncer à le décrire.

Emporté par les lames mugissantes, il bondit d'abord sur lui-même, et disparut bientôt dans d'épaisses ténèbres. Tout à coup une douce clarté éclaira le pont, et le brigantin resta immobile ; il venait d'entrer dans une espécedc lac profond et souterrain : la lumière provenait de fortes crevasses existant au plafond de la grotte.

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— Que j)(Misos-tu de cet einlioil-ii , cher Louis? clil Moiilbiirs; je doute (jue l'iinngitialiou puisse jamais arriver à créer ce que la nature étale eu ee nionu'ut à nos yeux !

Où sommes-nous, Montbars? demanda de 3lorvan ; n'abuse pas de ma erédulité, car iua disposition d'esprit est telle que j'accepterai aveuglement tes explications.

— Nous nous trouvons, mon ami, dans un parage sinon di\jà exploré, au moins Tort connu: dans ce que l'on appelle le Gouffre.

•1 Ce gouffre, dont les abords sont dclendus par des courants rapides , cause une telle terreur, non-seulement aux Espagnols, mais encore aux flibustiers irréguliers , c'est-à-dire à ceux qui ne sont pas affiliés à noire association, que les navires n'osent en approclier à plus de dix lieues. Cbaque luis qu'un trenil)lement de terre doit éclater, il sort de ce gouffre un gémissement profond qui porte leffroi jusque dans la ville de Port au-Priuce,

« Ce gouffre est situé sur la côte du sud, à quelques lieues de la rivière Naïba, qui est Tune des plus considérables de l'île. Le pays environnant appartient aux Espagnols; mais il n'est pas habité. Il présente une végétation admirable et nous offre de précieuses ressources

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pour nos relâches : nous iioiisy nitpjovisionnons d'efiii, (le bois; nous y chassons le sanghcr, les taureaux sauvages,

>i A présent que la curiosité est à moitié salisCaile , (lél)nr(iuons! Je t'apprendrai tout à l'heure, lorsque nous n'aurons plus à craindre des oreilles indiscrètes, et le motif qui m'amène ici, et les mystères que renferme le gouffre! '•

Des matelots armés de torches descendirent alors dans un canot et conduisirent Montbai-s, de Morvan et Fleur dcs-Bois sur la rive qui bordait le lac soulerrain.

— Jeanne, dit Montbars en montrant à la jeune fille une excavation naturelle formée dans le rocher, voici la chambre du chevalier. Ordonne qu'on y transporte du briganlin tout ce dont il pourra avoir besoin. Nous revenons de suite.

Montbars souleva son neveu dans ses bras et l'emporta à travers les ténèbres, d'un pas ferme et assuré, en homme sùrdu chemin qu'il suivait.

— Assieds-toi sur cette mousse , lui dit-il après une minute de marche, et tout en allumant une lorche qu'il fixa contre les parois du rocher de façon que sa lumière éclairât les environs et l'empêchât d'être surpris. Mon cher

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Louis, je t'ai déjà appris rcxisfcncc (!c la mystérieuse associalioii dont je suis le cliel' et dans lacjuolle (il as reriisé d'onlrcr; noire arrivée dans le iioulIVe se rattache à cette association. JN'oublie point toutefois que tu t'es cnsjagc visà-vis de moi, par un s(>rnient solennel, à ne jamais révéler aucune des particulai-ités ({ue je vais te confier... Oh ! je n'ai pas besoin de nouvelles protestations... je te connais...

« Ce gouffre, qui épouvante si fort les hal)ilants de l'île de Saint-Domingue, est une de nos plus grandes ressources. Nous l'avons surnommé l'Asile. 11 nous sert non-seulement à échapper souvent , lorsque toute résistance nous est impossible, aux croiseurs espagnols , mais il nous permet encore de mettre nos épargnes à Tabri de tout danger. L'Asile contient des richesses immenses : à peu près tous les fonds de notre association.

« Pour surcroît de précaution (ceci n'est pas même connu de mes associés), j'ai placé près de l'endroit où repose notre trésor environ dix mille livres de poudre. Tu vois que si, par un hasard tout à lait improbable, les Espagnols nous découvraient et osaient nous poursuivre, ils ne retireraient de leur audace qu'une mort terrible !

190 lAib IIUUCAINILRS.

<i Des boucaniers isolés vcillenl sans cesse, diins le pays voisin , sur [(ntrée de l'Asile. Un navire ennemi se clirij^eanl clans ces parages me serait signalé à l'inslanl.

« Ma présence ici aujourd'hui signifie que nous «vous une assemblée extraordinaire, ainsi que le veulent nos statuts, et dans laquelle doit sagiter la question d'une expédition importante que je propose.

u Tous les matelots du brigantin sont des flibustiers initiés qui m'accompagnent. Plusieurs de mes associés se trouvent déjà dans l'Asile! Cela t'étonne?... Apprends que le gouffre traverse l'île dans toute sa longueur et va aboutir à la mer du Nord !... Nous-mêmes nous ne connaissons pas tous ses embranchements, toutes ses cachettes !

« Il ne me reste plus rien à ajouter, si ce n'est que, selon toute probabilité , ton matelot Laurent ne reculera devant aucun moyen pour me dépopulariser, et me rendre suspect aux yeux de nos frères !

« Il se peut que Tambilion et l'orgueil de cet homme amènent une catastrophe; aussi ai-je fait, Louis, mon testament. Ne m'interromps pas, je te prie ; tu me désobligerais en revenant sur ce sujet. Au revoir, enfant; je te quitte

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pour avertir mes associés de mon arrivée. » Monlbars s'éloij^iia alors d'une vingtaine de pas et, après s'être orienti-, lira un coup de pistolet en l'air.

Une innomhraltle (piantité d'échos répétèrent la délonation jusque dans les dernières profondeurs de l'Asile.

Dans Tiin des sites souterrains les plus pittoresques de cette merveilleuse grotte, si inircpideraent explorée jadis par les flibustiers, et qui depuis de longues années leur servait dasile, se passait, le lendemain de l'arrivée de Montbars, une scène réellement étrange.

Que le lecteur, se rappelant ses impressions et ses rêves d'enfance, se figure lintérieur de l'un de ces palais enchantés, bâtis en rubis, diamants, émeraudes et opales, et il restera encore bien au-dessous du grandiose et sublime

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spectacle que présentait la salle de délibéralioii des flibustiers.

C'était une vaste excavation naturelle qui, produite sans doute depin"s des siècles par une éruption volcanique, |)0uvait avoir une longueur de cent pas sur une hauteur à peu près égale. Des stalactites et des cristallisations innombrables, suspendues il sa voûte, accrochées à ses flancs, s'élançantdu sol, offraient une incroyable diversité de formes à l'œil ébloui, et ressemblaient, éclairées par les rouges reflets des torches, soit à de gigantesques blocs de diamants, soit à une pluie de métal en fusion.

Plusieurs cavités profondes et étroites qui s'enfonçaient dans le rocher encadraient d'une ombre mystérieuse cette masse éblouissante de lumière et de feu ! Quatre-vingts flibustiers initiés, sur les cent cinquante dont se composait cette redoutable et ténébreuse association, se trouvaient présents à ce rendez-vous annuel fixé par les statuts de leur société.

Ces flibustiers, armés jusqu'aux dents, étaient pittorcsquement disséminés dans le souterrain. Tous, debout et appuyés sur leurs longs fusils, observaient un respectueux silence : Montbars parlait.

— Frères de la Côte, disait-il, le moment est

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arrivé où ikhis dcxoiis cesser d'clre d'obscurs aventuriers, des instrumeiils de \:\ politicpie des rois !... Jusciu'à présent, nous avons paliennnent grandi à Tonibre; il nous faut enfin révéler au jour notre puissance. Le rôle d'écunieurs de nier ne convient ni à noire dignité, ni à notre courage... On nous traite dédaigneusement de ramassis d'aventuriers; nionti ons que nous sommes un peuple, une nation!...

«i Grâce à mes efforts, secondés par votre intrépidité, nous disposons d'énoi-nies ressources; avec de l'or et du fer, quel obstacle pourrait arrêter notre élan? Aucun!...

«' Frère de la Côte! j'arrive de France; j'ai traité avec Louis XIV, le grand roi. Je l'ai secouru dans sa détresse ; j'ai acheté l'autorité morale que nous donnera son alliance ; je l'ai contraint à servir nos intérêts.

Il D'ici à peu de temps il doit tenter, de concert avec nous, une expédition considérable: s'emparer de Carlhagcne!

«I J"ai stipulé que nos forces seraient commandées par l'un des nôtres ; que nos chefs marcheraient de pair avec les officiers de la marine royale ; je me suis réservé des pleins pouvoirs !

« Frères de la Côte, mon intention n'est pas

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de VOUS faire renier voire patrie, de vous priver de la gloire de son passé! Nous resterons tributaires de la France ; mais je veux que notre soumission, toute volontaire, toute patriolicpic, nous laisse une complète indépendance, utiigagc en rien notre liberlé!

« Une lois maîtres de Carthagène, c'est-à-dire possesseurs de la côte de l'Amérique méridionale, la Jamaïque , resserrée entre l'île de Saint- Domingue et notre nouvelle conquête, tombe nécessairement en notre pouvoir.

« La Jamaïque, ne l'oubliez pas, est la clef des Antilles! Alors, frères, il n"y aura plus de puissance humaine capable de nous anéantir, de s'opposer efficacement à nos progrès, de nous arrêter dans nos conquêtes !

«( Avant dix ans les Amériques espagnoles nous appartiendront; dans un siècle peut-être, nos héritiers transplanteront la civilisation d'Europe sous les tropiques! Mes regards sont éblouis lorsque je songe aux probabilités de l'avenir, aux splendeurs qu'il nous réserve!...

« Un dernier mot, Frères de la Côte: grâce à des études suivies, profondes, grâce peut-être au hasard, j'ai changé la tactique navale actuellement en vigueur : j'ai découvert, s'il m'est permis d'employer ce mot, une nouvelle marine. Je

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défie loutt's les puissances coalisées de nous battre sur mer.

a L'empire de l'Occan nous appartient sans conteste et sans partage.. .Vous doutez?... N'oubliez pas ce que })eut l'amour de la gloire uni à celui de la liberté... L'entrée de mon brigantin dans le gouffre n'est-elle pas déjà un fait assez considérable pour vous donner une idée de ma découverte ?... Qui donc parmi vous, et tous vous êtes d'intrépides et expérimentés matelots, qui donc parmi vous, je le répète, pourrait pénétrer avec impunité dans le gouffre autrement qu'avec une légère embarcation, une pirogue ou un canot ? Quel est celui de vous qui oserait se charger de faire reprendre la mer, malgré la violence des courants, à mon brigantin, actuellement ancré sous les voûtes de l'asile? Que celui-là s'avance, se mette à l'œuvre et réussisse. Je m'inclinerai devant son génie ; je le reconnaîtrai pour mon maître!

« Frèresdela Côte, je termine. Depuisque vous m'avez élu chef de notre association, j'ai toujours trouvé en vous un concours et un dévouement complets. Je vous demande plus encore aujourd'hui : j'exige une obéissance tout à fait passive, une abnégation entière !

« Moi, je m'engage, en retour, à vous donner

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l'empire de l'Océan, à vous iriitlrc un grimd |KMi|iIe! Je n'ai janwiis, ne l'ouljliez pas, l'orfait à ma parole, manqué à mes promesses; ce que je m'engage à faire, je le lais. Puis-je compter sur vous ? !>

La parole de IMonlbars respirait un tel enthousiasme, une si profonde confiance, que les llibusticrs initiés se sentirent électrisés. Ils lui repondirent par des bravos frénétiques et prolongés.

La bruyante expression de leur assentiment durait encore, quand une voix sonore et ironique s'éleva pour protester ; cette voix était celle du beau Laurent.

La popularité, ou, pour parler plus exactement, la réputation dont jouissait le brillant flibustier était telle, que le silence se rétablit aussitôt comme par enchantement.

— Amis ! s'écria Laurent, je n'imiterai pas Montbars ; je ne vous adresserai pas un discours longuement médité et {tréparé à l'avance; peu de mots me suiîiront : Frères delà Cote, prenons garde! On veut nous lancer dans une voie qui ne convient ni à nos instincts, ni à nos goûts! Que sommes- nous? De joyeux et intrépides aventuriers! Que voulons-nous? Des combats, de l'or, des femmes ! Pourquoi jouons-nous notre

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