‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 12 sur 105 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

Le boucanier joignant raction à la parole se glissa entre la corde et le jeune homme de façon que celui-ci, manquant de lâcher prise, dut obéir.

Alors eut lieu une scène que l'imagination n'ose concevoir, que la plume est impuissante à retracer !

L'échelle, violemment secouée par la tempête, balançait les deux fugitifs au-dessus de l'abîme, et les frappait contre les murs de la prison. Pas un mot n'était prononcé : on entendait seulement deux respirations oppressées qui ressemblaient au râle des mourants.

Cette épouvantable lutte dura près de deux minutes.

— De Montbars, dit enfin de Morvan en saisissant l'échelle, le vertige qui s'était emparé de moi est passé... Merci, je vous dois la vie!...

Le jeune homme gravit alors avec une grande légèreté l'espace de quatre à cinq pieds qui le séparait encore de la fenêtre de la prison.

— A ton tour, donne-moi la main, dit le boucanier de sa voix la plus tranquille ; sans cela c'en est fait de moi ! Je tombe !...

De Morvan, son bras gauche passé autour des barreaux , présenta sa main droite au boucanier.

40 I.ES BOUCANIEnS.

Une seconde plus tard, les fugitifs se retrouvaient dans leur prison.

— Eh bien, mon garçon, dit tranquillement de Montbars, que penses-tu de ce petit piège? C'était pas du tout mal combiné. Comment diable n'ai -je pas devine cela! J'avais mon idée d'embuscade en tète, c'est ce qui m'a fait faire fausse route... Ah! gredin de geôlier!.,. Tiens!... on dirait un bruit de pas qui approchent.

De Montbars, saisissant aussitôt un des barreaux qu'ils avaient sciés, de Morvan et lui, se plaça devant la porte, et baissant la voix :

— Ton poignard à la main, et attention, Louis ! murmura-t-il.

A peine le boucanier était-il à son poste, qu'une clef grinça dans la serrure, et que la porte s'ouvrit.

Une lueur éclaira la prison; le geôlier entra, portant à la main une lanterne sourde.

— Personne! ils se sont sauvés : le piège a réussi! s'écria le misérable d'un ton joyeux. M. le gouverneur, vous pouvez venir!...

A peine le geôlier achevait-il de prononcer ces paroles qu'il roula par terre : la barre de fer de Montbars venait de lui briser le crâne.

Au même instant le gouverneur de la prison

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