‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 27 sur 105 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Droite et souple comme un jonc. la taille de celte adorable créature avait tout à la fois quelque chose de chaste et de hardi, si Ton peut s'exprimer ainsi, qui rappelait la Diane chasseresse. A la vue de de Morvan, la jeune fille qui déjà s'avançait vers Barbe-Grise, s'arrêta dans son élan avec un mouvement de biche efîarée ; surmontant bientôt sa surprise ou son effroi, elle secoua sa jolie tête d'un air mutin, et s'en fut embrasser le vieux boucanier.

— Bonsoir, père, lui dit-elle d'une voix dont les notes joyeuses, claires et cadencées ressemblaient à un ramage et égayaient le cœur ; tu ne t'attendais pas à me voir revenir sitôt, n'estce pas?

— C'est vrai, ma jolie Jeanne! Que t'est-il donc arrivé? Pourquoi Casque-en-Cuir ne t'accompagne-t-il pas?

— • Casque-en-Cuir a trouvé près d'ici une piste de sanglier. Il ne faut pas l'attendre avant une heure !

La jeune fille jeta alors son chapeau loin d'elle, laissa flotter sa blonde chevelure, et, courant vers Montbars :

— Te voici donc de retour, mon ami , lui dit-elle ; que je suis contente de te savoir parmi nous ! Figure-toi que nous avons rencontré ce

MO LES BOCCANIERS.

matin, Casque-en-Cuiret moi, une cinqiiantaine (le lanciers espagnols (jui nous ont poursuivis jusqu'au milieu du jour ! J'espère que tu vas en tuer henncoup d'Espagnols ! Si lu veux que je l"aime toujours, lu ne feras pas de prisonniers... Ces gens-là sont des traîtres et des méchants indijj;ncs de toute pitié ! Dis-moi , Montbars, est-ce que lu ne m'apportes pas quelque cadeau ? Voilà bien une année que lu ne m'as rien donné.

La fdle du boucanier s'arrêta un moment, puis, reprenant presque aussitôt la parole, sans laisser à de Montbars le temps de lui répondre :

— Dis-moi, Montbars, quel est donc ce jeune homme qui est assis à tes côtés et qui me regarde si fixement?... Il me plaît beaucoup, ce jeune homme ; il a l'air bien bon. Fait-il la course contre l'Espagnol?... Et celui-ci, continua Jeanne en désignant Alain qui rougit aussitôt; sainte Vierge, qu'il est laid!...

— Ces nouveaux-venus, Jeanne, répondit Montbars en souriant doucement à la fille de son ami Barbe-Grise, sont Bretons comme ton père et la mère. Ils méritent tous les deux que tu les aimes, car tous les deux ils sont honnêtes et braves. Celui qui te plaît le mieux est mon

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noveu et se nomme le chevalier Louis; l'autre est son engagé.

— l'uis(|no tu os luissi Iton ([tie l)eau, chevalier Louis, dit Jeanne qui l'ut s'asseoir aux côtés du jeune liomme , nous deviendrons amis, le veux-tu?

— Mademoiselle, c'est heaueoup d'honneur pour moi, répondit de Morvan surpris et cmharrassé au delà de toute expression.

— Pourquoi m'appcllcs-tu mademoiselle et me dis-tu vous ? s'écria Jeanne, dont le délicieux et mohile visage refléta une teinte de tristesse. Je

ue te plais pas, tu refuses donc d'être mon ami?

— Louis, interrompit Montbars en riant, lu ne connais pas encore Jeanne. Cette enfant, que Ton a surnommée la Fleur-des-Bois, est l'expression la plus complète de la nature ; elle ne connaît rien des hypocrisies de la civilisation; ce qu'elle pense, elle le dit; ce que son cœur éprouve, elle le laisse voir. Tu ne dois pas l'enorgueillir des avances et des aveux qu'elle vient de le faire, car pour elle ces avances et ces aveux n'existent pas. Elle obéit à la sympathie que lu lui inspires, et elle rêve en toi un camarade, pas autre chose. Grâce à la liberté illimitée dont elle jouit, à la vie active qu'elle mène, au respect véritable et profond que tous les anciens

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boiicnnicrs et les nouveaux flibustiers ressentent pour elle, Jeanne, tout en vivant au milieu d'un monde débauché et corrompu , a conservé une innocence et une pureté complètes. Vois conime elle me regarde d'un air étonné ; elle ne me comprend même pas. Cependant, ce n'est certes point l'intelligence (]ui lui manque, loin de là; son esprit est, dans sa simplicité, d'une finesse extrême ; seulement son cœur n'a pas encore parlé : voilà tout 1

— Montbars, tu causes toujours de choses ennuyeuses, dit alors Jeanne en accompagnant ces mots d'une moue charmante. Laisse-moi m'entretenir tout à mon aise avec ton neveu, et ne t'occupe pas de nous. J'ai beaucoup de choses à lui apprendre. 3Iontbars m'assure que tu es bon, reprit l'originale créature en se retournant vers le jeune homme. Moi aussi , j'ai le cœur excellent... c'est à qui, dans l'île, recherchera mon amitié. Il y a bien des gens qui, si je leur parlais comme je te parle, seraient contents et m'offriraient tout ce qu'ils possèdent. Moi, voistu, je n'accepte jamais de cadeaux que de ceux (jui me plaisent ! Si tu veux me donner un bijou, je le prendrai ! Ça me fera même beaucoup de plaisir. N'as-tu rien rapporté de ta dernière croisière?...

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