‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 28 sur 105 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— Je ne suis arrivé que depuis peu de jours à Saint-Douiingiie. Jcanue, dit de Morvan, flatte maigre lui de l'intérêt que lui témoignait la fdle (le Barbe-Grise, et captivé par sa gracieuse originalité : je te promets, au retour de ma première course en mer, de te laisser choisir ce que tu voudras dans ma part de prise.

— Tu n'as pas encore combattu l'Espagnol ! s'écria Jeanne avec étonnement. Tu es brave pourtant, n'est-ce pas? Oh ! oui, je suis sûre que tu es brave, ajouta-t-elle après avoir regarde pour la centième fois le jeune homme; eh bien! chevalier Louis, je veux t'accompagner dans ta première expédition...

— Je croyais, Jeanne, que les usages de la flibuste s'opposaient à ce que les femmes fussent reçues à bord des navires.

— Oui, c'est vrai, les femmes! Mais, moi, c'est tout différent!... je suis une boucanière! Tu as l'air étonné... Crois-tu que je te trompe? Tun'es donc pas encore mon ami, que tu mettes ainsi en doute ma sincérité?... Je ne mens jamais, sais-tu !... Demande plutôt à Montbars...

— Jeanne a le droit de parler ainsi, dit Montbars. Son admission à bord de nos navires est la seule exception qui existe. Il est non-seulement permis à la fille de Barbe-Grise de se mêler

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il nous, mais les flibnslicrs attachent même «ne idée extraordinaire (h; superstition à son embarquement à l)ord d'un bâtiment en course : ils sont convaincus, et jusqu'à présent le hasard s'est j)lu à confirmer leur croyance, (|ue sa présence porte bonlieur à une entreprise. C'est à (jui briguera son concours; on lui accorde toujours religieusement une part de prise.

— Certainement que je porte bonheur ! s'écria Jeanne, que l'explication de Montbars parut dépiter. Dauîe ! cela se conçoit, j'embarque toujours avec moi limage de sainte Anne d'Auray que m'a laissée ma mère, et matin et soir, je lui adresse ma prière. Pourquoi donc ne me donnerait-on pas une part de prise? Je la gagne bien loyalement.

— Vous priez ma bonne sainte Anne d'Auray, mademoiselle? s'écria Alain en baissant les yeux pour éviter de rencontrer le regard de la jeune fille. Tenez, vous ne pouvez vous figurer comme ce que vous venez de dire là m'a fait plaisir... Je conviens que je suis fort laid, mais la beauté, croyez-moi, ne signifie pas grand'chose ! Tout laid que je suis, si vous avez jamais besoin d'un brave gars qui tape ferme et obéisse comme un chien, vous me trouverez, moi et mon penbas, à vos ordres; je vous promets que

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