‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 5 sur 105 · CHAPITRE PREMlEn · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMlEn

pour accomplir ton devoir, mon garçon...

— Dame! M. le baron, je comptais, je dois vous l'avouer, sur voire générosité...

— De façon que c'est à la bonne opinion que tu avais de moi. que tu dois d'avoir perdu l'occasion de ftiirc valoir ton zèle ! Allons, en conscience, tu mérites un dédommagement! Tiens, voici dix pistoles d'or!...

— Et voici le billet ! dit le geôlier en empochant l'or. Seulement, je vous prierai, une fois que vous aurez pris connaissance de son contenu, de le déchirer, ou mieux encore, de le brûler...

— Inutile, mon ami, je ne tiens nullement à lire ce billet : emporte-le, tu le détruiras toimême. Pour rien au monde je ne m'exposerais, car réellement lu es fort aimable pour nous, et je n'ai qu'à me louer de tes prévenances, pour rien au monde, dis-je, je ne m'exposerais à te compromettre...

— Alors, M. le baron, il faut que je vous rende vos dix pistoles?.. .

— Au fait, tu as raison. Tu peux accepter un marché, mais la délicatesse te défend de recevoir une aumône. Voyons, donne-moi ce billet.

Le boucanier décacheta alors le billet, plié de façon à pouvoir tenir dans le creux d'une 5. 2

ÎO LKS nOUCANlERS,

main, que lui remit le geôlier; jeta les yeux dessus, sourit en haussant les épaules d'un air de pitié et se mil à le déchirer en morceaux imj)ondérables !

— Cela n'a pas l'air de vous faire plaisir, M. le baron? demanda le geôlier.

— Ma maîtresse qui m'écrit, et qui m'écrit en chiffres, pour m'assurer qu'elle m'est fidèle! C'était bien la peine de prendre tant de précautions et de déployer tant de mystère pour si peu de chose. La première fois que l'on te priera encore, si cela se représente, de te charger d'un nouveau billet pour moi , tu refuseras , mon ami, entends-tu? dit Legoff au geôlier : je n'ai que faire de pareilles fadaises.

— C'est bien , monsieur, répondit le geôlier en s'en allant d'un air maussade, je refuserai.

— Louis, s'écria Legoff lorsqu'il eut entendu les portes se refermer et que le bruit des pas du porte-clefs se fût perdu dans le lointain, Louis, ton serviteur Alain est un brave garçon ; il a fidèlement averti larmateur Cointo... Un navire nous attend... A présent, à l'œuvre! Avant quinze jours, il faut que nous soyons morts ou libres !

A cette déclaration de son compagnon de captivité, de Morvan ne put retenir un cri de joie.

CnAPITUE PRKMIEU. Il

— Ail ! je comprends à présent cette apparente résignation, qui nie paraissait si inexplicable, Ini dit-il : vous attendiez !...

— Oui, mon cher Louis, j'attendais, et quoique cliaquc minute qui s'écoidait fit à mon cœur une ernclle blessure, je restais calme afin de ne pas augmenter votre découragement par la vue de mes souffrances. A présent que nous possédons des intelligences au dehors , et un refuge assuré en cas d'évasion , c'est avec une ardeur sans pareille que je m'associerai à vos espérances et à vos travaux.

— Avant tout, une question, cher Legoff, dit le jeune homme en interrompant le boucanier: pourquoi tout à l'heure ne vouliez-vous donc pas prendre connaissance de ce billet dont le contenu était pour nous d'une si grande importance?

— Je tenais à éclaireir un doute et à confirmer un soupçon. Depuis longtemps déjà, j'ai remarqué l'obséquieuse et suspecte complaisance de notre geôlier; cet homme, dès qu'il franchit le seuil de notre prison, se compose un maintien, s'affuble d'un masque, cesse, en un mot, d'être lui. Je ne sais quelles sont ses intentions, mais à coup sûr il a sur nous de mauvais desseins. Observez comme son regard

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errant et inquiet craint de rencontrer les nôtres! comme parfois il se trouble! Pour en revenir à votre question, j'étais persuadé, et révcnement vient de me donner raison, que cet homme avait un intérêt à me faire lire ce billet. A présent, quel est cet intérêt? Je l'ignore!...

— Mon Dieu, un intérêt bien simple, cher Legoff, celui de gagner quelques pistoles!

— Je ne le crois pas. Un geôlier ne s'expose pas pour si peu, non-seulement à perdre sa place, mais encore à encourir une punition sévère! Il y a dans tout ceci un mystère qui m'échappe, mais que je finirai par éclaircir. Maintenant que vous êtes prévenu, remarquez les faits et gestes de notre gardien. La première fois qu'il reviendra , je recommencerai sur lui mes expériences.

Les deux compagnons de captivité se mirent après cette conversation, à examiner minutieusement l'intérieur de leur cachot ; au reste, cet examen fut vite terminé et leur donna peu de peine : l'endroit où ils étaient enfermés se composait de quatre murs en pierres de taille et d'une fenêtre étroite, garnie de lourds barreaux en fer, et élevée de douze à quinze pieds environ au-dessus du sol.

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