‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 67 sur 105 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

— Matelot, dit le chevalier en «'adressant à Laurent, je vois que nos compagnons ont pour plusieurs heures de hesogne, et je pense rpie ma présence en ces lieux n'est guère nécessaire. La maison habitée par Nativa — ton guide me l'a indiquée en passant — est située à quelques pas d'ici. Je cours.

— Arrête, dit froidement le flibustier en interrompant le jeune homme. J'ai besoin au contraire de ta présence, car je vais m'absenter.

— Mais, Laurent, réfléchis donc que d'un moment à l'autre nous pouvons être découverts!... 11 est même impossible que cela n'arrive pas. Or, tu comprends quel serait mon désespoir s'il fallait ra'éloigner de Grenade sans revoir Nativa!...

— Chevalier Louis, s'écria le flibustier, je n'aime pas à répéter mes ordres, et je hais les observations. Tu t'es engagé sur l'honneur à m'obéir passivement, les yeux fermés : je le dis « reste i> cela doit te suffire!... Au revoir.

Laurent sans ajouter une parole s'éloigna aussitôt à grands pas, laissant là le malheureux jeune homme en proie à une irritation et à une impatience extrêmes. Une minute plus tard Laurent, suivi de deux de ses hommes, frappait à la porte d'une des plus belles maisons, presque un

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palais, de la place de la oalhëdrale : e'étail là que demeurait Nativa.

Bientôt la voix d'un esclave nègre — cela se devinait aisément à la prononciation — demanda de l'intérieur ce (juc Ton voulait.

— Ouvrez, au nom du roi d'Espagne! dit Laurent.

Aussitôt la porte roula sur ses gonds, et le flibustier entra.

L'esclave, en apercevant un inconnu armé jusqu'aux dents, se recula avec effroi.

— Pas un mot, lui dit Laurent en portant la main à ses pistolets, ou tu es mort ! Je suis un boucanier de l'île de la Tortue : Grenade est en notre pouvoir!... Conduis-moi vers ta maîtresse, la senorita Sandoval!

La présence d'un boucanier produisait toujours une terreur extraordinaire sur les Espagnols; les nègres, plus superstitieux et plus ignorants encore que leurs maîtres, voyaient dans les flibustiers des êtres surnaturels, invulnérables : ni promesses ni menaces n'eussent pu les décider à leur résister.

L'esclave du comte de Monterey, tremblant de tous ses membres, accompagna Laurent jusqu'à l'appartement occupé par Nativa.

— Pendant que je causerai avec ta maîtresse,

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