‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 66 sur 105 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

l)le, il m'arrivait malheur, mon matelot, le chevalier Louis, me remplacerait, il a reçu mes iiistruetioiis. il vous eonduirail à la victoire.

Laurent, accompagné d'un ancien boucanier, lun des meilleurs matelots de la frégate, se dirigea alors vers la porte de la ville.

A ])eine les deux aventuriers avaient-ils fait centpas, qu'un « qui vive ? » retentit, poussé par une sentinelle.

— Ami , répondit Laurent avec un accent castillan d'une irréprochable pureté.

— Qui étes-vous ? D'où venez-vous? reprit le soldat.

— Nous sommes des pêcheurs, et nous revenons de la pèche.

— Passez, dit l'Espagnol sans défiance.

Laurent et son compagnon continuèrent d'avancer d'un pas lent et paisible ; mais à peine furent-ils à portée de la sentinelle que le capitaine s'élança sur elle d'un bond de tigre; une lueur rapide et fugitive comme un éclair brilla dans les ténèbres ; l'infortuné soldat, frappé d'un coup de poignard au cœur, tomba roide mort et sans pousser un cri. La chute de son corps, amortie par le sable, ne produisit aucun bruit. Laurent poursuivit son chemin.

L'Espagne, qui jadis possédait la meilleure et

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la plus redoutable infanterie d'Europe, produit d'excellents combattants, mais non pas des soldats : lamour de la paresse, et par contre-coup l'borreurde la discipline et du service militaire, empêcheront toujours les gens de cette nation (l'atteindre à cette régularité méticuleuse, sans laquelle les succès durables ne sont pas possibles.

Laurent, qui dans sa jeunesse avait servi sous les drapeaux espagnols , connaissait parfaitement le caractère et les habitudes de ceux qu'il venait attaquer. Il ne fut donc nullement surpris de trouver plongé dans un pi'ofond sommeil le poste de dix hommes chargés de garder cette porte de Grenade, et qui se reposaient du soin de leur sûreté sur la sentinelle placée à cinquante pas en dehors de la ville; sentinelle qui, atteinte par le poignard du capitaine des flibustiers, n'était plus alors qu'un cadavre.

Laurent retourna alors auprès de ses hommes; en deux mots, il les mit au courant de la position des choses, c'est-à-dire de la facilité qu'il y avait pour eux à pénétrer dans Grenade.

Les trois colonnes expéditionnaires s'avancèrent aussitôt rapidement et en silence. Les soldats du poste endormis furent saisis et bâillonnés

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avant qu'ils eussent le temps de pousser un cri : les flibustiers cnlrcrcnt dans la ville.

Arrivés à la place de l'église, les trois trou[)es se séparèrent pour opérer chacune sur un point différent : l'espion Pied-Léger leur avait indiqué à Tavance les églises les plus riches et les maisons des principaux négociants de Grenade.

De Morvan était dans une perplexité extrême: si d'un côté il éprouvait une joie folle en songeant qu'il allait revoir sa bien-aimée Nativa; de l'autre, il frémissait à la pensée que peut-être bien la fille du comte de Monterey le traiterait comme un bandit et l'accablerait de son mépris.

Le jeune homme avait beau se répéter que cette surprise de Grenade constituait simplement un fait de guerre; que vingt fois les Espagnols étaient descendus nuitaminent sur les côtes françaises pour y incendier et y détruire les établissements des colons; que l'expédition commandée par Laurent était sanctionnée par le droit de dix pour cent que le gouverneur devait prélever au nom du roi Louis XIV sur le butin; malgré tous ces raisonnements , le chevalier ne pouvait parvenir à colorer suffisamment à ses propres yeux le rôle qu'il jouait.

En désespoir de cause, il espérait que Nativa 5. 22

ne verrait dans sa conduite, — ce qui au reste était parfaitement vrai, — qu'un sacrifice fait à l'amour, qu'un moyen employé pour se rapprocher d'elle.

Les dix-huit flibustiers dirigés par Laurent, — deux hommes ayant été détachés de sa troupe pour aider à conduire les embarcations dans le faubourg de Santa-Engracia, — ne restèrent pas longtemps inactifs.

L'un d'eux s'en fut frapper à la porte de la cathédrale, sous le prétexte de solliciter les secours spirituels d'un prêtre pour un malade qui se mourait.

Le sacristain, habitué à de semblables demandes, ouvrit sans méfiance. Il fut aussitôt jeté à terre, garrotté et bâillonné : les flibustiers pénétrèrent dans l'église!...

Une lampe, suspendue à une assez grande hauteur, éclairait imparfaitement de ses pâles rayons la vaste nef de la cathédrale; quelque faible que fût sa lumière, elle suffit aux flibustiers pour apprécier à l'instant les immenses richesses qui se trouvaient à leur portée.

Alors ce fut parmi ces gens, qui ne croyaient (|u'à l'or, qui n'avaient qu'un but, le pillage; ce fut une joie tenant du délire. Chacun se précipita à la curée.

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