‹ Les boucaniers (volume 5)Chapitre 78 sur 105 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

moment seul j'aperçois le soleil. Et ce fatal serment qui me lie! Ah! Jeanne, il faut que je tienne mon cœur à deux mains pour ne pas tomber à tes genoux et te dire : « Je t'aime ! »

De Morvan, entraîné par rémotion, prononça le mot .t je t'aime » avec un accent passionné. Aussitôt , prodige inexplicable, les couleurs de la vie revinrent sur les joues décolorées de Fleur-des-Bois.

— Ah! c'est toi, mon chevalier Louis! dit-elle en ouvrant les yeux! Que s'est-il donc passé? N'ai-je pas été blessée ? Où suis-je?

La jeune fille regarda alors autour d'elle d'un air effaré; puis, poussant tout à coup un cri d'angoisse !

— Je me rappelle tout!... Ah! chevalier Louis, que tu as été méchant!... Mais non... j'ai tort de t'accuser... pardonne-moi... je ne sais ce que je dis... ce n'est pas ta faute si je te déplais!... Tu as été bien bon au contraire de supporter si longtemps ma présence sans te fâcher, sans me faire sentir combien elle te pesait!... Oh! ne crains rien, je vais m'éloigner... Jamais plus tu ne me reverras !.. . Adieu mon chevalier Louis!... Adieu !...

Jeanne s'était levée vivement, mais sa faii. 3

blesse trahit son courage et sa volonté : elle dut se soutenir contre la muraille pour atteindre jusqu'à la porte. De Morvan sentait son cœur se briser.

— Jeanne, s'écria-t-il en s'élançant vers elle, ne m'accable pas!... Si tu savais comme je souffre, tu aurais pitié de moi. Je ne t'aime pas, dis -tu?... Affreuses paroles!... Jeanne, ma sœur, mon amie, je donnerais dix ans de ma vie pour ne m'être pas lié par un serment !... Car alors... alors...

De Morvan retint l'aveu qui allait s'échapper de ses lèvres. Des larmes étouffaient sa voix.

Le visage de Fleur-des-Bois, soit que la douleur de de Morvan eût attendri la pauvre enfant, soit plutôtqu'une révélation soudaine eût éclairé son cœur, le visage de Fleur-des-Bois s'illumina d'une expression de joie céleste.

— Mon chevalier Louis, murmura-t-elle, ne parle pas ainsi, je t'en conjure... Tu me rends trop heureuse... moi qui croyais que tu me détestais... que ma vue te faisait horreur... Tu m'aimes encore... tu consens à me conserver toujours pour ta sœur... Ne te fâche pas si je pleure... c'est de bonheur... J'ignorais que les larmes fussent parfois si douces...

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