‹ Les boucaniersChapitre 13 sur 22 · ML MOU VAN · texte numérisé non relu

ML MOU VAN

(( million, > avait été fort adroit ou très heureusement inspiré.

L'affabilité de Ponchartrain se changea presque en amabilité.

— Je suis tellement contrarié, monsieur Legoff, de n'avoir pu prendre en considération votre première proposition, lui ditle secrétaire d'Etat, que vous me voj^ez tout à fait disposé à accueillir favorablement, pourvu toutefois qu'elle présente la moindre chance de succès, votre nouvelle demande. Parlez, expliquez-vous!

- L'entreprise que je vais soumettre à votre appréciation, monseigneur, se rattache a mon projet de la conquête des Indes. Vous considérez comme chose impossible la réalisation entière de mon désir, mais peut-être bien ne reculerezvous pas devant l'accomplissement d'un fait isolé ! Veuillez, je vous prie, monseigneur ne pas oublier qu'en ce moment c'est Ducasse qui vous parle par ma bouche.

Ponlchartrain flt signe à Legolî de continuer et le Boucanier reprit :

J'ai «eu l'honneur de vous rappe-

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1er, tout a l'heure, monseigneur, que les principaux ports que possède l'Espagne dans les deux Océans, sont au nombre de dix ; j'ajouterai a présent que le plus riche, le plus important et le mieux situé de tous est celui de Carlhagène.

— Vous me croyez, à ce que je vois, tout a fait étranger aux affaires de mon département — interrompit Pontchartrain en riant — vous vous trompez du loutau tout, monsieur Legoff. Je n'ignore aucune des particularités que vous pourriez me rappeler; je connais parfaitement Carthagène. Il est doncthutile que

vous vous appesantissiez sur les détails. Au fait, je vous prie.

— Puisque vous connaissez Carthagène, monseigneur, continua Legoff, vous savez de quelle importance énorme est ce port, comme point stratégique et commercial, et quelles richesses inouïes il renferme?

— Oui, monsieur Legoff. Après?

— Eh bien, monseigneur, je viens vous proposer, toujours avec l'assenti-

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ment de Ducasse, de vous emparer de Carlhagène.

Pontcharlrain réfléchit assez longuement avant de répondre.

— Monsieur Legoff, dit-il enfin d'un air sérieux, je ne me dissimule pas que de, prime-abord celte prise de Carlhagène, que vous me présentez avec un laisser-aller si plein de mépris pour la valeur espagnole et comme la chose la plus simple du monde est une grosse affaire! Toutefois je me hâte d'ajouter que

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votre proposition et celle de Ducasse, méritent d'être discutées...

— Eh bien! monseigneur, discutons.

— La première difficulté grave que présente l'exécution de ce projet, monsieur Legoff, difficulté a laquelle vous n'avez sans doute pas songé, est la dépense considérable qu'occasionneraient les frais d'armements nécessaires à cette entreprise. Or, comme vous le disiez tout a l'heure vous même, les finances de la France sont obérées en ce m>

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ment : j'ajouterai, moi, que notre état d'hostilité avec l'Europe exige de notre part assez de sacrifices impérieux et urgents, pour que nous ne puissions songer a rien entreprendre d'inutile et de coûteux en dehors de la défense du territoire.

— Je vous remercie sincèrement, monseigneur, de la franchise et de la confiance avec lesquelles vous venez de me parler, dit Legoff; seulement, permettez-moi de vous faire observer à mon tour que si j'ai mal jugé en vous l'homme de cabinet, vous n'avez pas mieux com-

pris en moi le boucanier. Mon métier ne consiste pas seulement, comme vous semblez le supposer, a se battre et prendre des navires a l'abordage : fimmense fardeau que je porte depuis dix ans. la terrible responsabilité qui pèse sur moi ont dû nécessairement agrandir mes idées, mûrir mon jugement. Je savais parfaitement, en vous proposant l'affaire de Carlhagène, que le gouvernement ne serait ni en position ni en mesure de faire les avances nécessitées par cette expédition.

— Et qui fera alors ces avances?

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— Moi, monseigneur! répondit tranquillement Lego if.

Cette fois le secrétaire d'Etat ne put s'empêcher de regarder le boucanier avec un véritable sentiment d'admiration.

Cet aventurier dont les projets étaient si vastes, qui éprouvait un amour si désintéressé et si ardent pour la gloire de la France, qui traitait enfin d'égal à égal avec un ministre de Louis XIV, semblait à Pontchartrain dépasser de toute la hauteur du génie, ces officiers généraux

chamarrés de croix, comblés de dignités et d'honneurs, qui faisaient chaque matin antichambre a la porte de son cabinet.

/ — Avez-vous une idée approximative

du chiffre auquel s'élèveraient les frais d'armement pour l'expédition de Carthagène, monsieur Legoff?

— J'ai établi ce calcul avec une scrupuleuse exactitude, monseigneur. Le total — y compris une somme de quatre cents mille livres affectée aux dépenses imprévues — présente cinq millions deux cent cinquante mille livres.

— Et vous êles en mesure de débourser celle somme énorme ?

— Je vous prie de croire, monseigneur, que si je ne pouvais disposer, sans me gêner, d'une pareille bagatelle, je n'aurais pas l'impudence de prendre une heure de votre temps. Que demain Sa Majesté signe la commission de Ducasse au commandement en chef de celle expédition, et une heure après, j'aurai versé entre vos mains les cinq millions deux cent cinquante mille livres nécessaires.

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