SUITE
Suite.
La foule salua l'apparition d'Alain sur l'estrade par des cris de joie et des rires moqueurs, mais comme le Bas-Breton vit une bourse dans lesmains du charlatan, il ne fit guère attention a cette hilarité,
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et il se dirigea vivement vers l'homme a l'eau de Reauté, qui semblait, par sa contenance et par son regard, l'inviter à venir.
Hélas! a peine Alain fut-il à la portée du charlatan que le perfide, s'adressant a la foule, s'écria d'une voix retentissante :
— Voici, messieurs, l'homme le plus laid de la société qui accourt de lui-même pour essayer la vertu de mon eau de Beauté! Le monstre n'aura pas a se repentir de sa conûauce en mes lumières !
DE SI OR VAN. oO
Quand il sortira de mes mains, toutes les femmes raffoleront de lui et voudront l'avoir pour amant. Remarquez bien son abominable masque; dans cinq minutes, la métamorphose sera si complète que vous ne le reconnaîtrez plus!... Allez la musique!...
Le charlatan, aidé de ses trois valets, parmi lesquels se trouvait le seigneur au cimeterre, prit alors Alain par la tête, et lui tira si rudement l'oreille, que le malheureux Penmarkais poussa un cri de douleur et fit une affreuse grimace.
La foule n'entendit pas le cri qui fut
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couvert parle bruitdes fanfares des aveugles et du prétendu Castillan, mais elle vit la grimace et elle y répondit par un éclat de rire homérique.
Quant à l'infortuné Alain, écrasé par la surprise et par l'indignation, il resta pendant un moment sans respirer, sans faire un mouvement : il se croyait tombé au pouvoir du diable; il avait perdu la tète.
Le charlatan mit a profit son immobilité pour procéder a sa toilette; il démêla d'abord ses longs cheveux et les écarta sur son front.
Puis ensuilo. avec du carmin et du blanc d'Espagne, il lui badigeonna de telle façon la figure qu'en moins de temps qu'il n'en faut ici pour l'écrire, le visage hâlé du Bas-Breton présenta une teinte rose fort agréable à la vue.
— Voici qui est fait! s'écria alors le charlatan, en affectant de reboucher un flacon vide dont il ne s'était pas servi. Que pensez-vous, messieurs, de celle métamorphose? ne tient-elle pas du miracle? Et remarquez que je n'ai pas reculé devant la difficulté ; loin de là, j'ai choisi un sujet d'une laideur achevée.
Celte fois, comme le Bas-Brelon, pei-
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gné et colorié, n'était pas, vu à distance, plus mal qu'un autre, la foule, au lieu de rire, applaudit.
— Allons, à un autre, maintenant! reprit le charlatan en repoussant Alain.
Cette secousse tira l'infortuné Penmarkais de sa léthargie ; un rouge, plus vif que le carmin dont on l'avait enduit, couvrit son visage.
— Foi de Dieu, hurla-t-il en levant son penhas, je ne croyais pas qu'un Français aurait jamais osé se moquer ainsi
de moi!... Ah! vous aimez à rire, tasd'imhécilles! Eh! bien, riez!
A peine ces paroles étaient-elles prononcées, que le bâton ferré d'Alain, décrivant un moulinet d'une rapidité irrésistible et prodigieuse, s'abattit en sifflant sur les épaules des valets, sur la tête du charlatan et sur les fioles d'eau de Beauté.
Au premier coup qui l'atteignit, le charlatan tomba baigné dans son sang; les valets ne lardèrent pas a éprouver le même sort que leur maître : ce fut une
confusion et un désastre sans nom : le public, se figurant assister à une scène convenue a l'avance entre les baladins, riait a se tenir les côtes.
— Voilà qui est fait, dit Alain en redescendant la fatale échelle qui, quelques minutes auparavant, avait servi à le conduire au pilori; si jamais je retourne à Penmark, je raconterai comment j'ai rossé des Parisiens qui s'étaient ii.oqué de moi ; ça fera plaisir aux pays.
Alain s'éloignait à grands pas, quand
un bourgeois, courant après lui, l'arrêla par la manche de sa vesle.
— Eh! l'ami, lui dit-il, deux mots, s'il vous plaît. Si vous consentez à m'apprendre le tour que vous venez de jouer, je vous donnerai un écu. Je veux épouvanter ma femme en faisant semblant de bàlonner mes deux apprentis et de tout casser dans la boutique... Ça sera joliment drôle.
— Je ne vous comprends pas, dit Alain, se tenant sur ses gardes, car il se figurait avoir affaire à un nouveau mystificateur.
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— Je vous demande, reprit le bourgeois, que vous m'expliquiez la malice de vos coups de bâton, qui ont l'air d'assommer le monde et de mettre tout en poussière.
— La malice n'est pas grande. Avez un bâton dur et solide et tapez fort...
— Qu<>i! s'écria le bourgeois, c'est donc pour tout de bon que vous avez frappé ?
— Vous en doutez ? En ce cas allez voir de près l'cmbellisseur.
— Vous ne comblez d'élonnement.
Et puis-je vous demander, mon ami, le motif qui vous a fait si rudement malmener le charlatan et ses aides?
— Ne m'avez-vous donc pas vu embellir? répondit Alain qui, au souvenir de son affront, hélas! si public, sentit la colère lui revenir au cœur.
— Oui, j'ai assisté à votre métamorphose, dit le bourgeois : je trouve même que vous y avez beaucoup gagné! Vous êtes bien mieux maintenant...
— Monsieur, s'écria Alain, comme je n'ai pas, moi, autant d'esprit que les Français, je réponds a leurs plaisanteries avec mon penbas! Je vous conseille donc, — car ou fond je ne suis pas méchant, et je ue désire nullement la mort du prochain — de cesser de vous moquer de moi et de me laisser tranquille.
— Je vous assure, mon ami, que vous vous méprenez grossièrement sur mes intentions — s'écria le bourgeois, que l'élrangcté d'Alain, chose tout a fait nouvelle pour lui, divertissait beaucoup — et la preuve, c'est que, si vous voulez di-