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Il commença par parler de ses voyages en Arabie et en Chine, des succès extraordinaires qu'il avait obtenus auprès de diverses cours étrangères, notamment dans celle du grand-sultan; puis il termina en annonçant que son bon cœur lui faisant préférer le bien-être de l'humanité entière a sa propre fortune, il consentait a arracher vingt dents a cinq sols pièce.
— Brave seigneur! se dit Alain, en voila un au moins qui n'est pas fier et qui aime le petit peuple.
Le Bas -Breton, captivé, par la nou-
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veaulé* de ce spectacle, assista, le col (endu et la bouche béante, aux quatre premières extractions : le charlatan, pour mieux faire ressortir son adresse, opérait ayant les yeux recouverts par un épais bandeau, ce qui épouvantait et charmait tout à la fois le crédule et innocent penmarkais.
Cependant un remords de conscience le prit bientôt : Allons-nous en, se dit-il, j'ai peur qu'il n'y ait de la magie fadessous.
Quelques pas plus loin, Alain s'arrêta
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devant l'étalage d'un célèbre mécanicien qui confeclionnait avec une adresse inimitable — c'était lui qui le disait — des yeux en verre et des jambes de bois.
Comme à cette époque, la guerre, et même une guerre acharnée, sévissait depuis plusieurs années , l'étalage du mécanicien était fort entouré.
Alain, en écoutant l'admirable discours du poseur des jambes, regretta presque un moment de n'être point mutilé; toutefois son bon sens ne tarda pas
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a prendre le dessus sur son étonneraent, et il s'éloigna en murmurant :
— Ce Français-là a beau dire, il ne me prouvera jamais que les jambes faites par le bon Dieu ne valent pas ses morceaux de bois taillés! Tout cela c'est des menteries bonnes a attraper des niais !.... Allons ailleurs !
Ailleurs, c'est a dire à dix pas plus loin, ce que le Bas-Breton entendit, était chose bien autrement extraordinaire que les discours de l'arracheur de dents et du mécanicien.
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Un homme monté sur un tréteau bordé de musiciens, annonçait qu'il avait trouvé, après vingt années de recherches, certaines plantes rares douées de l'incroyable vertu de changer, dans l'espace de cinq minutes, la figure d'un homme : il suffisait de se frotter le visage avec la liqueur merveilleuse extraite de ces plantes pour, d'affreusement laid que l'on était, devenir sinon admirablement beau, du moins fort présentable.
! /homme à l'eau de Beauté assurait que, grâce à son précieux secret, il avait
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déjà fait faire plus de dix mille mariages.
— Menteur! se dit Alain, et il se disposait à seloigner lorsque le charlatan ajouta :
— Je conçois, messieurs, que vous acceuilliez par la plus complète incrédulité l'annonce de ma découverte sans pareille : il y a de ces choses que l'on ne peut croire ""qu'a condition de les voir. Eh bien ! je vais vous fournir un exemple irrécusable de la vérité du fait que j'avance. Je vais opérer devant vous!
Que l'homme le plus laid de la compagnie se présente, et Ta, sous vos yeux, en moins de cinq minutes, je vous le répète, je vais le changer en bien, de façon à le rendre méconnaissable.. Voyons ! J'attends! Quel est parmi vous le malheureux affligé du plus disgracieux, du plus ridicule, du plus sot, du plus affreux visage?.... Qu'il avance sans crainte! Je suis Ta.
Gomme cela devait être, personne ne s'offrit.
Alain, dont la curiosité était alors
excitée au plus haut point, resta pour voir si l'expérience aurait lieu.
Le charlatan paraissait si sûr de lui, il était si facile de le démentir, que le Bas- Breton doutait.
— Eh bien! quoi, personne ne dit mot, reprit l'homme à l'eau de Beauté après une légère pause, je comprends ce silence, il signifie que chacun de vous se croit un Adonis... Erreur, messieurs, erreur! J'aperçois, au contraire, parmi vous beaucoup de déplaisants visages.
Chacun regarda son voisin, et le char-
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la tan, après une nouvelle pause reprit :
— Puisque personne n'ose, par amourpropre, se dévouer au bonheur de ses semblables, c'est moi qui vais choisir le plus laid de la compagnie.
La musique — deux aveugles et un seigneur castillan revêtu d'un costume du règne de Charles-Quint — commencèrent leurs fanfares, tandis que le charlatan, la main droite recourbée a la hauteur de son front en guise d'abat-jour, et les yeux a moilié fermés, examinait les badauds qui l'entouraient.
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Alain, dont l'esprit méfiant voyait un piège dans toutes ces lenteurs, se préparait sérieusement cette fois à s'en aller, quand un jeune seigneur, parfaitement habillé, et portant au lieu d'épée un cimeterre, le toucha légèrement du bout des doigls à l'épaule et s'inclina profondément devant lui avec une grâce parfaite, tout en lui disant:
— Mon maître m'envoie vers vous, monsieur, pour vous prier de lui accorder l'honneur d'un moment d'entretien.
Veuillez être assez bon pour me suivre.
— Vous faites confusion sans doute, monsieur, répondit Alain tout décontenancé. Je ne connais personne à Paris, et ce ne peut être moi que votre maître envoie quérir.
— Je vous assure, monsieur, que je ne me trompe pas...
— Quel est-il, et que me veut-il, votre maître?
— Mon maître est le plus grand savant de l'univers; il désire, je crois, vous remettre une bourse pleine d ecus qu'il a
vu prendre par un filou dans votre poche, et qu'il s'est fait restituer par ce misérable! Regardez si, en effet, l'on ne vous a pas volé!...
Ces paroles causèrent d'abord un extrême élonnement au Bas-Breton, puis, peu après, une joie folle.
— Je comprends tout, pensa-t-il, c'est ma bonne Sainle-Anne-d'Auray qui m'envoie des écus !
S'adressant alors d'un ton délibéré au messager :
— Marchez, lui dit-il, je vous suis.
Le jeune seigneur aux beaux habits et au brillant cimeterre ne se fit pas répéter cet ordre : il tourna avec empressement derrière la baraque occcupée par le vendeur d'eau de Beauté, et, montrant à Alain l'échelle qui servait a gagner les tréteaux :
— Veuillez prendre la peine de monter, lui dit-il.
— Plaît-il? s'écria Alain, croyant avoir mal entendu.
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— Je dis : veuillez prendre la peine de monler! répéta l'homme au cimeterre.
— Quoi! votre maître est ce plaisant qui prétend?...
— Lui-même, monsieur, répondit le messager en poussant doucement Alain vers l'échelle; mais le Bas-Breton, écartant les jambes et fronçant le sourcil, resta immobile et regarda le compère du charlatan d'une telle façon que celui-ci, au lieu d'insister, lui dit froidement :
— Ainsi, monsieur, mon maître peut
disposer en toute sûreté de conscience, dans l'intérêt des pauvres, des vingt écus que contient votre bourse ?
Ces mots de « vingt écus, » qui répondaient d'une façon si précise et si extraordinaire au désir et a la pensée du Bas- Breton, dissipèrent en partie les soupçons vagues qu'il éprouvait.
— Mais du tout! répondit-il vivement.
J'ai besoin de cet argent, moi.
Alors, venez le prendre, répondit essager d'impatience.
le messager avec un commencement
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Alain gravit deux échelons, et, se retournant vers son conducteur:
— Je vous avertis que nous autres Bretons nous tapons dru sur ceux qui essaient de se moquer de nous, lui dît -
Puis il continua de monter.