‹ Les boucles d'oreilleChapitre 1 sur 26 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

MAGLOIRE, PERPÉTUE, entrant ensemble par te fond.

— Perpétue tient un plateau , sur lequel est une chocolatière; elle le pose sur la petite table.

MAGLOIRE , avec chaleur.

Perpétue!. . . vous m'abreuvez d'humiliations!... Pour» quoi rue dites-vous tout çn ?

PERPÉTUE

Je ne vous écoute pas ! . . . Je suis jalouse , je suis trèsjalouse; j'en ni le droit, et j'en profite. Vous n êtes autan petit clerc d'<>voué, et j'épousciv is des avocats si je voulais.

MAGLOIRE

Mais vous n'entrez pas dans ma position . vous dédaignez de la comprendre!. .... Quel est mou rôle, dans ceîte ruaison ? celui d'un jeune nomme sacrifié ! . . . PERPÉTUE.

Quand on est galant avec toul le monde, on n'est aimable, pour personne ï

MAGLOtRE.

Oli ! que voila bien des raisons de femmes ! Encore une fois , ce n'est point de la galanterie que j'exerce vis-à-vis de voire tante, madame Duvernet !: . . Je me suis fait son viçisbé par politique , et sa victime par diplomatie! ... je ne veux lui plaire que pour obtenir votre main,,. Saisisse/, donc mon idée, Perpétue, saisifse/.-la donc !

PEBPÉTlE.

Ah ! je ne sais pas trop si je dois tenir à ce mariage- là, maintenant !

M AG LOIRE , avec force.

Vous n'y tenez pas?. . . Justes dieux ! vous voulez donc que je me tire un coup de pistolet?... { Il se meta genoux.) Parlez, ça vous est-il agréable?

PERPÉTUE , riant.

Relevez-vous , cerveau brûlé. . . Vous avez des bouffées d'absurdité, qui sont à mourir de rire!

MAGLOIRE

Non , je reste î . . . C'est à vos pieds que je veux spécialement me dévoiler!

Air du Déjeuner de Garçon,

Mon caractère est exalté , J'aime d'une manière horrible!

Et quand mon cœur est irrité , La fureur me rend irascible!

Alors tout me devient égal, Et dans l'excès de ma démence Je pourrais , par un coup fatal , Devant vous me fuire"du mal. . .

Pour punir votre indifférence.

Et suivre mon plan de vengeance.

( Il *e relève) Voilà l'homme!

PERPÉTUE

Vous savez bien qu'ici je ne m'appartiens pas. Non-soulement ma tante ne veut pas entendre parler de mai i pour moi; mais si son mari, qui est. en même temps mon tuteur, se doutait des aveux que vous m'avez faits. . . MAGLOIRE.

Il me chasserait à tout jamais de son étude!. . . D'un Mitre CÔté, j'ai un oncle qui est le plus riche bijoutier de Strasbourg , et qui m ;i juré sa paroh d honneur qu'il ne nu donnerait jamais rien, bi j'av.ii-. besoin de quelque chu

PEllPIvTUE.

Eh bien! alors... qu'est-ce que tous coulea I

MAGLOIKE.

Je veux vaincre lot npportabl Me foule de mojeai • « • que je n'ai | re troui

PERPETUE.

Oui; mais i'ai encore à me plaindre de tops pour une chose bien plus grave que tout le reste.

MAGLOIRE

Et quoi donc?

PERPÉTUE

C'est on secret que j'ai surpris , et qui ne sera révélé qu'en présence de témoins.

MAGLOIRE

Perpétue, vous prenez plaisir à augmenter mon anxiété?.. Je ne suis pins ici qu'un souffre-douleurs : homme <!e confiance de l'avoué ; homme de peine de son épouse, et dévoré

de tous les feux de l'amour pour la nièce Ma triple

position est ce qu'il y au monde de. plus pitoyable!

PERPÉTUE

Mais voilà l'heure où ma tante se réveille. MAGLOIRE.

Allons.... elle va encore m'accaparer toute la journée pour lui lire des ouvrages romantiques. . . C'est une de ses passions effrénées; et moi qui suis son lecteur obligé, il me reste dans la tête un tas de mots nouveaux, qui me rendront le cerveau fêlé comme les cloches de Notre •* Dams d* Paris.

C'est vrai que vous n'êtes plus si gai.

MAGLOIRE

Je crois bien. . .

air : Pégasse est un cheval qui porte.

Avec messieurs les romantiques, L'esprit est toujours en douleurs ; Ils ont des chants mélancoliques , Qui finissent tous par des pleurs.

Le plaisir leur fait de la peine , Et, couvert d'un épais brouillard , Pégaze est un cheval qui traîne Leur gaîté dans un corbillard.

( Regardant dans l'étude. ) Mais, liens. . . voilà mon oncle qui entre dans l'étude. . . Qu'est-ce qu'il veut donc ?

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