MAGLOIRE, PERPÉTUE, M"" DUVERNET
réfléchissant.
magloire, à part.
Ma mission est scabreuse... Cependant, ô amour! fais qu'elle tourne à ton profit!. . .
Mme DUVERNET.
Et moi qui e'tais si joyeuse tout-à-1'heure ! Je suis
exaspérée maintenant. . . On m'outrage! on se joue de ma sensibilité! . . . . H faut que je me venge! il le faut absolument !
MAGLOIRE, à part.
Elle me fait frémir ! . . . Mais j'ai mon plan . . . Mme DUVERNET. (Elle regarde Magloire avec fureur , celuici baisse les jeux avec crainte. ) Monsieur Magloire !
Madame?
Mme DUVERNET , d'un ton sec.
Il n'est plus possible que vous restiez dans celte maison ! dès aujourd'hui vous retournerez chez votre oncle.
PERPÉTUE
Oh! ma tonte , pourquoi donc ça? Nous sommes si
accoutumées à lui!
Mme DUVERNET.
Tu ne vois pas que cet être perfide! ce serpent dangereux, est le complice de M. Duvernet!. . . Ce qu'il a refusé de nous dire ce matin, est l'explication de ce qui m'arrive ce soir ! . . , et je veux que dans une heure il ait fait son paquet!
MAGLOIRE, .se croisant les bras, et d'un totl énergiqw.
Mon paquet? je ne le ferai pas !
Mœe duVERNET.
Quoi! vous me résistez?
MAGLOIRE
C'est la première fois, mais ce ne sera pas la dernière ! Je rentre dans ma dignité' d'homme, que j'avais laissé tomber en désuétude , et je marche désormais snr ce pied-là!
Mme DX7VERNET.
Qu'entends-je?
perpÉtub , bas à -1/agloire. Mais vous vous perdez !
MAGLOIRE
Au contraire , je me retrouve !
air : Caché sous les habits d'un esclave africain.
Suis-je donc en ces lieux un esclave africain ,
Qu'on doit toujours traiter corniue un vil mannequin ?..
Non ! je reprends courage,
Je change de langage ,
Et je deviens taquin ! . . .
Je brise mes menottes ,
Et, bravant les despotes ,
Je me fais aussi républicain!
Mme DUVERNET.
Etes-vous devenu fou?
MAGLOIRE
Fou? Dans tous les cas, ça vaudrait encore mieux.
que d rtre imbécille! . . . . mais non!.... Je sais seulement que la traite des noirs est supprimée par les lois du 8 janvier 1817, et i5 avril 1818.
PERPÉTUE
Ménagez-la!
MAGLOIRE
Ne craignez donc rien ! . . . Elle a dit qu'elle ne savait pas les lois, il faut bien lui apprendre. ( A madame Duv. met.) En conséquence de ce, Madame, je traiterai désormais avec vous d'égal à égal!
Mme cuVERNET , à part.
Peut-êîre qu'en le prenant par la douceur, je réussirai mieux . . . ( Haut. ) Allons , tête exaltce , jeune frénétique , calmez - vous , on vous pardonne vos emportemens. . . et
puisque vous êtes si discret. ... on ne vous demande plus rien . . .
MAGLOIRE
On ne me demande plus rien? c'est justement en me parlant comme ça , qu'on saura tout.
PERPÉTUE
"Vraiment?
Mme DUVERNET.
Ah! Magloire, vous êtes un garçon charmant!
MAGLOIRE
Déjà?. . . Comme les femmes changent vile d'opinion... Mais avant de vous faire une révélation, qui vous regarde , il faut que je vous fasse un aveu qui me touche... Madame, tel que vous me voyez, je suis amoureux fou!
Mme DUVERNET.
Ah ! mon dieu !
PERPÉTUE, à part.
Que va-l-elle dire?
MAGLOIRE
Il y a plus d'un an que \e contiens dans mon sein a^ilé, cette passion dévorante comme le feu.
Mwe duvernet , baissant les yeux.
Eh quoi ! vous osez m'a vouer. . . devant ma nièce !. . . et compromettre ma sagesse de femme?
MAGLOIRE
Vptre nièce?. . . Oh! sa présence n'est pas superflue ict! puisque c'est sa personne qui est tout entière renfermée d;ms mon cœur d homme!
MniU duvernet, très-surprise.
Comment. . . c'est Perpétue?
magloire, avec force C'est Perpétue!
Mtne DUVERNET.
Kl sans <pic je le sache?
PER l'KTl'E.
Ma tante, je I ai d'abord éeoute en ri. ml ; mais j'.u litn p,i;
devenir sérieuse, el par croire que je I aimais aussi !
MM,e m v bu :• bt , ') part.
Ah! ce jeune clerc ma h, en trompée.'
MAGLOIRE
Dites!... Consentirez-vous à notre mariage?
M"19 DUVER'NET.
Non; et je suis sure que M. Dnvernet refusera comme moi.
MAGLOIRE
Eh bien ! Madame , si vous ne medonnez pas voti e nièce, je ne vous révélerai jamais le secret demande') ce secret qoi lait frémir !
Mme DUVEUNET.
Mais c'est une tyrannie, cela !
MAGLOIRE
C'est possible.
Air du Calife.
Tant que mon sort fut déplorable .
Il fallut bien le supporter.
Maintenant, qu'il est favorable, J'aurai l'esprit d'en profiter.
Votre époux a su tout m'apprend re , Son secret , je veux vous le vendre . . . Je fais ici comme à Paris , J'exploite à la fois deux partis , Afin d'en tirer deux profits.
Mme DUVERNET.
Eh bien ! la curiosité l'emporte, et Perpétue est à vou-;.
perpétue, à JUngloire.
Vous voyez si elle est bonne.
MAGLOIRE
Et moi si je snis bête. ( A part. ) Maintenant détournons la confidence, et faisons l'affaire du patron. ( //nu/.) Il s'agit donc- présentement d'expliquer l'aventure romanesque des boucles d'oreilles?... A propos, je voudrais bien les voir, ces àeux pommes de discorde qui font en ce moment autant de bruit que l'ancienne affaire du collier de la renie ? Mme nuVERNET, les lui dotilinnl .
Tenez, examinez - les; vous vous connaissez mieux que moi vu diauians fins.
MAGLOIRE
.!( trois bien; mon oncle le lapidaire m a appris. . . ; Il ,i développé le papier , et r< garifc les boucles d'oreille. )
PERPÉTUE
Oh! que c'est éclatant!
MAGLOIRE , les examinant avec attention. Eclatant?. . . . Permettez donc. . . ça ne me paraît pas clair du tout. . .
Mme DUVERNET.
Quoi donc?
MAGLOIRE
Eh ! Madame. . . ces coquins de juifs vous ont trompée!
Mme DUVERNET.
Ils m'ont trompée?
MAGLOIRE
Toutes ces pierres-là sont fausses ! ( // les lui rend. )
Mme DUVERNET.
Fausses?. . . Est-il possible , mon dieu !
MAGLOIRE , à part.
Et son mari qui inavait dit de lui faire croire. . . Comme ça se trouve bien. ( // rit. )
Mme DUVERNET.
J'en tomberai malade de desespoir!
MAGLOIRE
Attendez! fout n'est pas encore perdu!. . . Mon dévouement est tel, que je vas me compromettre pour vous.
C'est très- bien !
Votre mari croit bien fermement que ces boucles d'oi r ille sont fines , puisqu'il m'avait chargé! de vous persuader qu'elles étaient fausses, afin que vous mes les rendissiez, ijue je vous les reprisse, et que je les lui remisse. . .
Mme DUVERNET.
i'ar exemple !
MAGLOIRE
Oli ! je voulais en avertir. . . A présent , voilà ma machinntîon : ayez toujours l'air de supposer que les boucles d'oreille sont en diamaus,el que tout cela n'est qu'une trouv perie concertée entre moi et le patron.
Mme DUVKRNKT.
( )n ça me m* n< i a-l il ?
MAGLOIRE
À offrir de céder à votre inari, le bijou en question, moyennant f o louis de retour.
Mme DUVERNET.
Ce serait toujours autant de pris sur l'ennemi.
PERPÉTUE
Et il croirait faire eucore un excellent marche'. . . Monsieur Magloire, vous avez plus desprit que je ne croyais.
MAGLOIRE
Vous êtes bien bonne. Je sais que je suis uu homme trèsextraordinaire.
Oh ! c'est très-bien!. . . Mais revenons à l'histoire de la belle Arsène.
MAGLOIRE
Ce sera pour plus tard. . . J'entends monter M. Du vernet, prenez garde au rôle que vous avez à jouer.
Mme DUVERNET.
Soyez tranquille.
magloire , donnant une lettre à Perpétue. Vous , Perpétue , courez porter cette lettre à mon oncle , c'est pour notre bonheur.
PERPÉTUE
J'y vais tout de suite. ( Elle sort à gauche. )