SCENE IV
Les mêmes, MAGLOIRE, sortant de V élude, il taille une plume.
magloire , d'un air soumis, Madame m'a appelé?
mmo duvernet , syassejanf près du secrétaire. Oui, Monsieur, avancez ici.
magloire.
C'est que je me proposais d'aller manger mon miroton... J'ai un appétit violent, et c'est pitié de voir un estomac d homme à jeun, à l'heure qui sonne.
Mme DUVERNET.
Il est Lien question de votre appétit.
perpétue, assise près de la table, El de votre miroton.
Monsieur Magloire , vous savez que c'est à ma recommandation que mon mari vous a fait passer premier clerc?
MAGLOIRE
Madame , c'est une grande faveur dans une étude où il y en a deux.
Mrae DUVERNET.
J'ai dû croire que vous seriez reconnaissant, Monsieur?
MAGLOIRE
J'ai dans l'idée que je ne me suis pas montré ingrat, Madame ?
Hou cle s. 2
( io) PERPÉTUE.
C'est ce qui n'est pas prouvé.
Mme DUVERNET.
D'après de bous renseignemens , on vous accuse d'être un homme à bonnes fortunes ?
MAGLOire, avec emportement.
Moi!!!... C'est une atroce calomnie! D'abord ai-je le physique de ce genre d'emploi?
perpétue.
On ne sait pas.
Mme DuvERNET.
Je vous crois capable de tout.
MAGLOIRE , avec un soupir de chagrin.
Puissances célestes ! mes regards d'innocence se portent vers vous !
Mme duvernet, ironiquement.
Et puis. . . on fait des conquêtes si faciles. . . à la comédie. . .
MAGLOIRE, très-surpris.
A la comédie!
perpétue , se levant , et s' approchant de lui. A la comédie!
MAGLOIRE
A la comédie! ( A part.) Qu'apprends-je?. . . elles sauraient. . . Je suis sur des charbons enflâmes. perpétue.
Que disiez-vous à cette belle comédienne?
MAGLOIRE
Mademoiselle Perpétue, vous me navrez!
Mmo duvernet , avec ici cri te' , et se levant.
Il vous convient bien, petit clerc d'avoué. . . . , avec vos 700 fr. d'appointemens , do vouloir singer l'aristocratie et les banquiers de Paris. . . Est-ce que vous avez le moyen d'aimer les actrices, Monsieur? Apprenez que c'est une dépense de luxe, qui ne va qu'avec les carosses!
MAGLOIRE
Eh! c'est justement ce qui plaide ma cause, et ce qui constitue ma non-culpabilité!
Air hi / aude\ illt le lu J faine d'une l'air
Je vous suib partout dani la ville ,
Quand vous allez von vos anus , À vos ordres je suis docile Comme un chien fidèle et soumis.
MAD. DUVERNET
Mais je crains vos efourderies. . .
MAUEOIRE.
Vous obéir, voilà ma loi !
Et s'il est des femmes jolies, (bis.)
C'est pas pour moi ! (bis.) Convenez- en de bonne foi, Les belles ne sont pas pour moi.
Mme DUVERNET.
Il y a pourtant ici quelque chose d'obscur que je veux cclaircir... Voyons, parlez.
PERPÉTUE
Il le faut absolument.
MAGLOIRE
Mais si ce que vous me demandez était le secret d'un autre, par hasard?.. . Vous feriez donc de moi un délateur?... un homme qui trouble la paix publique ?t.. et qui se rend passible du Code pe'nnl, art. 487 !
Mme DUVERNET.
Ecoutez, j'exige. . .
MAGLOIRE-
Avant tout, connaissez-vous les lois?
Me DUVERNET.
Non.
Et vous , Perpétue ?
PERPÉTUE
Je ne les connais pas du tout.
MAGLOIRE
Eh bien, nlors, Mesdames, vous ne pouvez pas exiger que je cède à tous vos caprices. . . ça n'en finirait plus.
Me DUVERNET.
Mes caprices?...
PERPÉTUE
C'est égal , monsieur Magloire , vous êtes un bien mauvais sujet !
MAGLOIRE
Mais au contraire, vous vous égarez... vous ne coni-
( la ;
prenez pas. . . vous ne pouvez point deviner. . . Mon dieu que ma situation est déchirante!
( II brise sa plume sur la table. )
Mme DTJVER'NET.
De long-temps je n'oublierai cette altercation!. . . Vous preuez avec moi des airs impertinens qui me choquent beaucoup, Monsieur... Je vous apprendrai ce que vous me devez , ou bien vous quitterez l'étude
magloire, très-fort et avec amertume.
Là! voilà ce que je redoutais!... Je suis menacé de toutes parts, et pourtant je suis pur comme la vierge des déserts !