‹ Les Boudin et les BourdinChapitre 15 sur 26 · Bibliothèque Nationale, ms. 378, fonds Gaignières · texte numérisé non relu

Bibliothèque Nationale, ms. 378, fonds Gaignières

3. Herluison, Marché passé à Cléry pour la reconstruction du tombeau de Louis XI (Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des départements, 1888, p. 763).

Bourdin no chercha pas du tout, comme le veut M. Vaudin, à reproduire l'œuvre ancienne « avec tous ses accessoires ». Sur celleci, Louis XI était représenté en costume de chasseur, sans manteau, avec son cor à son côté, son bonnet dans les mains et les cheveux longs. Bourdin lui fit tout simplement un costume comme il en aurait fait à un de ses contemporains, avec une fraise et un grand manteau. L'aspect d'ensemble nous a été conservé par un dessin de Gaignières'. C'était un monument assez simple : la statue à genoux était posée sur un grand massif de maçonnerie rectangulaire et assez élevé, avec de petits anges portant des écussons aux quatre coins. A la Bévolution, le pauvre Louis XI fut encore une fois massacré et c'est dans une tourbière que Lenoir en retrouva les morceaux-. Il le fit restaurer par Beauvallet ; mais fort heureusement presque tous les morceaux existaient; ce fut pour le réparateur une sorte de jeu de patience, et, à part quelques cassures, quelques lignes qui indiquent les sutures et quelques replâtrages de Beauvallet, nous avons à peu près l'œuvre de Bourdin Elle fut rendue en 181G à l'église Notre- Dame de Cléry, oii elle est placée assez bizarrement sur un socle très bas, comme un fidèle de pierre, qui se serait agenouillé au hasard des chaises, dans la nef*.

L'œuvre est très belle et très intéressante, malgré sa lourdeur. On y rencontre un trait caractéristique du talent de Bourdin : ce sont ces grandes draperies un peu épaisses, mais habilement maniées pourtant. Est-ce que notre Bourdin ne se rattacherait pas, par là, aux vieux maîtres de l'école bourguignonne, comme aussi nous le verrons par le réalisme violent et un peu brutal de ses figures? Ici pourtant, ce n'est pas un portrait qu'il a fait; il n'avait pas de modèle, mais il est curieux de voir qu'il a fait ed'ort pour mettre dans cette tête très fouillée un certain caractère et comme une certaine psychologie. C'est une tète d'expression, avec son air un peu inquiet et anxieux, avec ces sourcils froncés et ces yeux perçants et durs, où l'artiste a essayé de traduire, tel qu'il le concevait, le caractère de Louis XL Les mains aussi, comme la tète, sont très belles dans leur sécheresse et leur maigreur voulues, et contribuent à l'effet de l'ensemble.

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