Cf. Catalogue du Munéc des Monuments français, n
3. Restaurations : le coude gauche, la jointure du cou, l'arcade sourcilière gauche. L'ourlet de l'oreille droite est cassé.
4. On vient tout récemment de rendre au monument à peu près son aspect primitif.
LA VIERGE d'orLÉANS
La seconde œuvre orléanaise de Michel Bourdin, c'est la décoration de la chapelle absidale de l'église Sainte-Croix d'Orléans. Cette chapelle gothique est décorée, jusqu'à mi-hauteur des murs, d'un revêtement de marbre blanc et noir, avec des pilastres et des corniches classiques. Cette décoration a un aspect funèbre (la chapelle devait être une chapelle funéraire), et a bien des chances d'être de l'invention de Michel Bourdin ; nous la retrouverons souvent autour des œuvres de cet artiste, lorsqu'elles sont demeurées dans leur cadre. Au-dessus de l'autel, dans une niche ultra-classique, surmontée d'un fronton triangulaire d'une banalité affligeante, se trouve une statue de Notre-Dame de Pitié sans date et signée : Michael Bourdin Alrelils Fecit. Plus bas, de chaque côté de l'autel, deux anges en bas-relief, qui portent les instruments de la Passion, sont très probablement de la même main. L'œuvre avait déjà été signalée par Beauvais de Préau en 1778, et je ne crois pas qu'elle ait jamais quitté sa place primitive.
Quelle est la date de ces statues? La cathédrale d'Orléans avait été brûlée pendant les guerres de religion. Il ne restait plus sous Henri IV que bien peu de chose de l'ancien édifice. Or, de 1620 à 1622, on répare précisément le chœur et les bas côtés qui y répondent : c'était la seule partie restée debout et celle oii se trouve notre chapelle ^ Nous savons aussi qu'en 1622 le fils du comte de Saint- Pol, gouverneur d'Orléans, Léonor, duc de Fronsac, fut tué au siège de Montpellier. « Son cœur fut rapporté à sa mère, dit l'autour de la notice sur Sainte-Croix d'Orléans, et inhumé dans cette chapelle. Pour honorer sa mémoire, la comtesse de Saint-Pol fit revêtir et paver cette chapelle en marbre blanc et noir. Elle est sous l'invocation de la Mère des Sept Douleurs, dont la statue en marbre blanc est du sculpteur Bourdin. » On voit ainsi l'occasion de cette entreprise, dont on confia le soin à Bourdin, qui venait de finir à Cléry le tombeau de Louis XI, dans le cours de l'année 1622 '. On voit comment cette représentation de la Mère douloureuse n'était sans doute qu'un symbole de la douleur humaine de la mère du jeune duc.
1. Cf. H. de Monteyremar, Notice historique sur l'église Sainte-Croix d'Orléans, p. 89. Orléans, Jacob, 1855.
2. Les caractères de la signature sont d'ailleurs tout semblables à ceux de Cléry.
La statue de la Vierge nous paraît être une sorte de réplique alourdie de la célèbre Vierge de Douleur de Pilon. L'attitude est la même; elle est assise, les mains croisées sur la poitrine; la tête seulement, au lieu d'être baissée, l'egarde péniblement vers le ciel ou vers une croix invisible. C'est presque aussi la même draperie ample et compliquée, mais traitée difTéremment ; somme toute, cela ressemble assez au marbre de Saint-Paul-Saint-Louis, sinon à la terre cuite du Louvre. Je ne trouve pas, avec M. Vaudin (qui ne l'a pas vue et qui en parle d'après M. Marcille), que ce soit une œuvre si médiocre. Elle ne manque pas d'une certaine ampleur. Si la tête est commune et non idéalisée, c'est peut-être que l'artiste s'est souvenu de la mère vivante, dont la douleur inspirait son ciseau; c'est surtout la preuve qu'il y avait en lui une invincible tendance au réalisme; cette tête est très expressive, du reste. Elle est entourée d'une sorte de guimpe, qui ne laisse pas voir le cou et qui est un détail de costume précis et exact, tel qu'on en voit, par exemple, sur les figures de Solesmes. La draperie, surtout celle qui couvre les genoux, est d'une belle largeur; elle n'est pas si fouillée et mouvementée que celle de Pilon, mais sa lourdeur môme est caractéristique du talent de notre Bourdin.
Quant aux deux anges, il faut avouer qu'ils sont plutôt médiocres. L'artiste ici a voulu se lancer dans l'imitation de l'antique, au moins en exécutant la figure de droite, qui porte une colonne; l'autre est de formes moins élancées ; elle a moins de fausse élégance, mais la figure est plus originale.