Sauvai. I. p. 30i
2. Piganiol, rd. 17(i;'>, I. II, p. 104. :i. Sauvai, t. I-"'', ji. 'ii8.
il nous est impossible de contrôler cette observation, car les originaux ont disparu. De plus, nous ne pouvons savoir avec certitude si c'est du père ou du fils qu'il s'agit. Enfin même, Sauvai écrivait indifféremment Boudin ou Bourdin, et personne autre que lui ne nous ayant parlé de ces œuvres, il pourrait être permis de supposer que c'est d'un membre de l'autre famille, d'un Boudin, qu'il s'agit ici.
Il est d'autres œuvres qu'on pourrait attribuer aux Bourdin, par analogie ; mais il faut bien se garder d'aller trop loin dans cette voie dangereuse et d'attribuer à un seul homme, parce qu'il est le plus connu d'une génération, toutes les œuvres d'une série, comme on le faisait jadis pour Pilon ou pour Prieur.
Pourtant, il ne serait peut-être pas téméraire de proposer, pour l'un des Bourdin, les figures des Bostaing, provenant de l'église des Feuillants', et qui se trouvent actuellement à Saint-Germainl'Auxerrois. Le Charles de Bostaing surtout a bien des analogies avec i'Amador de la Porte, par exemple : c'est une figure trapue et plutôt lourde, avec une bonne face large et un peu plate. 11 porte d'ailleurs le môme costume qu'Amador et jusqu'aux mêmes gros souliers carrés. Mais il est bien inférieur et ne paraît être qu'une œuvre d'imitation, qu'il faudrait donner alors à Michel II, reproduisant les types de son père. La date, d'ailleurs, de 1653 confirmerait bien cette hypothèse ; le magistrat qui l'accompagne, Tristan de Bostaing, bien qu'il soit mort en 1582, pourrait bien aussi être de la même main, et, ce caractère de portrait rétrospectif n'aurait rien qui dût nous étonner chez Michel II Bourdin.
De même, nous serions assez disposé à nous ranger à l'avis de M. Gonse en ce qui concerne le second Nicolas de Neuville, de Magnyen-Vexin. Cette figure, bien supérieure d'ailleurs à celles que nous venons de citer, et bien plus ancienne, pourrait même être de Michel I". Mais jusqu'ici, nous n'avons rien qui puisse nous le confirmer d'une façon précise.
M. Gonse voudrait lui donner encore les seigneurs de Bellengreville, dans l'église de Gambais. Ici nous sommes moins disposé à le suivre ; ces statues sont fort intéressantes, mais elles sont plutôt, par l'exécution et par les costumes, un peu antérieures à l'époque où travaillaient nos artistes ; elles paraissent tout à fait contemporaines de Henri IV. Comme la ressemblance de facture est loin de sauter aux yeux, comme, d'autre part, nous ne connaissons encore aucun 1. Cf. Millin, Antiquités nationales, t. 1er.
texte qui appuie cette attribution, nous ne sommes pas tenté de les ajouter à la liste déjà respectable des œuvres des Bourdin.
A. de Montaiglon * cite encore leur nom à propos du tombeau des frères Du Perron, archevêques de Sens, élevé en 1636, sans rien affirmer toutefois, et avec raison, car, ici encore, nous n'avons aucune preuve, et les statues conservées sont vraiment inférieures-.
Toutes ces hypothèses, en somme, outre ce qu'elles ont toujours d'aventuré, ne sont pas très nécessaires, nous l'avons vu, pour reconstituer l'œuvre des Bourdin, pas plus que celle des Boudin ; ils ont, par bonheur, pris soin de transmettre leur nom à la postérité. Leurs signatures, assez fréquentes, ne cherchent pas à se dissimuler et ne brillent pas par la modestie de leurs caractères.
Pourtant, il n'y a pas bien longtemps encore, on ne citait de ces artistes que deux ou trois œuvres ; nous en connaissons aujourd'hui un nombre bien plus considérable.
Nous avons, pour notre part, essayé de grouper et d'analyser les renseignements recueillis çà et là sur leur vie et sur leurs œuvres; nous avons voulu ajouter à leur bagage des œuvres auxquelles on ne songeait pas, ou qui n'étaient connues que de nom; enfm, nous nous sommes efforcé d'établir nettement et séparément l'histoire parallèle de ces deux familles de sculpteurs du même temps et à peu près de même nom.
Nous avons vu, d'une part, Thomas Boudin, avec les sept Groupes du tour du chœur de Chartres et le Tombeau de Diane de France, duchesse d'Angoidême ;
Puis son fils, Barthélémy Boudin^ avec le Tombeau de Sully, à Nogent-le-Botrou ;
D'autre part, Michel l""" Bourdin, le plus important de tous, avec la Tête de cire de Henri IV, de la collection Desmottes (?), le Louis XI de Cléry, la Notre-Da?ne de Pitié d'Orléans, les figures de
1. A. de Montaiglon, Curiosités et antiquités de la ville de Sens (Gazette des Beaux-Arts, 2' période, t. XXI, 1880, p. 231).
2. Parmi les monuments funéraires très nombreux et souvent fort intéressants bien qu'anonymes de la même époque, il en est beaucoup que l'on pourrait assimiler aux œuvres que nous venons d'étudier. Nous n'avons pas voulu nous laisser aller ici à des hypothèses fort séduisantes. Nous croyons pourtant utile de signaler, dans la petite église de Yernantes (Indre-et-Loire), le tombeau d'un sieur de Jalesnes (1642), qui, par sa disposition (deux bustes dans une niche semi-circulaire surmontant une longue épitaphe), et aussi par son exécution, offre des analogies frappantes avec le tombeau du Luart.
Saiyit Gervais et de Saint Protais (?), le Jean Bardeau, VAmador de ta Porte, le monument de Pierre Daiœet, à Saint- Valérien, près de Sens;
Enfin son fils, Michel II Bourdin, le restaurateur des tombes de Saint-Germain-des-Prés, avec les six bustes de la Famille de Robert Garnier, au Luart.
Telle est la liste complète des œuvres subsistantes que nous pouvons aujourd'hui attribuer à nos deux familles d'artistes. On pourra détruire peut-être quelques-unes de nos hypothèses ; on pourra découvrir de nouvelles œuvres, ce petit nombre de monuments ne représente assvirément pas toute la production de nos quatre sculpteurs ; mais nous croyons pouvoir affirmer que ces œuvres, quelles qu'elles soient, devronl reiiirer dans le cadre que nous venons de résumer.
Nous serions heureux, on tous cas, si nous avions réussi à jeter quelque lumière sur ces artistes, qui valent beaucoup mieux que leur réputation. On se sent pris^ à les étudier de près, sinon d'une admiration bien vive pour leurs œuvres, au moins d'une estime singulière pour toutes leurs qualités de sincérité et d'honnêteté, de simplicité et de bonhomie, et pour toutes les saines traditions nationales qu'ils représentent, dans un temps où ces traditions vont être bientôt méprisées et délaissées.