‹ Les boudoirs de verreChapitre 12 sur 102 · LA LEÇON DE SŒUR PERLE · texte numérisé non relu

LA LEÇON DE SŒUR PERLE

— Parfaitement, dit la novice, gravement.

— Est-ce que vous l'avez été, déjà?

— Non. Les viols sont des événements assez rares et dont il est permis à peu de jeunes personnes de parler par expérience.

— Mais, enfin, vous savez ce que c'est?

— Parfaitement, vous dis-je.

— Oh ! alors, expliquez-le-moi ! s'écria en frappant des mains la petite pensionnaire.

Sœur Perle se recueillit. Puis, elle parla en ces termes, lentement, comme quelqu'un qui enseigne :

— Imaginez que c'est la nuit, et que vous êtes couchée, au couvent, dans votre chambre, la tête vers le mur où pendent, au-dessous du crucifix, deux ramilles de buis en croix. Vous avez dit vos prières, vous avez recommandé à la sainte Vierge l'innocence de votre sommeil, et ce ne sera pas votre faute si le souvenir de quelque beau jeune homme, entrevu chez un oncle, aux vacances dernières, passe dans vos rêves avec une

moustache qui se retrousse et la cigarette aux lèvres. Tout à coup, — la voix de sœur Perle s'anima peu à peu, — tout à coup vous entendez un bruit terrible !

— J'ai peur ! dit mademoiselle Rose.

— Des fusillades! Des fracas d'armes ! Des clameuirs féroces et des plaintes dans des écroulements de murs ou des renversements d'arbres !

— Je frissonne l

— Ce sont les soldats de l'armée ennemie qui donnent l'assaut au couvent et qui s'en emparent.

— Sainte Rose!

— Pendant que, hors du lit, en chemise, vous implorez à genoux la protection divine...

— Oh ! comme je l'implore !

— ... votre porte, sous des coups de sabre et sous des poussées de genoux furieux...

— Miséricorde !

— ... cède, crie, vole en éclats, et vous voj:z apparaître, terrible et beau...

LA LEÇON DE SŒUR PERLE Ol

— Beau?

— Presque toujours... couvert de sang, avec des épaulettes qui brilleiit...

— En uniforme ?

— ... En uniforme ! un jeune officier...

— Un officier?

— ... qui se précipite sur vous, vous prend dans ses bras, vous emporte...

— Aïe ! aïe ! aïe !

— Et, sans pitié pour votre faiblesse, malgré vos petits cris d'oiseau que l'on serre trop fort...

Sœur Perle, à ce moment, jugea convenable de baisser la voix, et ce fut à Toreille de la pensionnaire qu'elle raconta, doucement, doucement, les derniers détails de l'épouvantable scène ; si bien que mademoiselle Rose, dans de petits sursauts, sur l'épaule de son amie, murmurait : « Ah ! mon Dieu ! Comment ? Vraiment? et en uniforme ! et joli! un officier ! Ah ! sœur Perle, c'est affreux I »

Elles se turent. Elles continuaient leur pro-

menade, dans l'allée de platanes, le long du mur trop haut.

Cependant, après de longues réflexions :

— Si j'ai bien compris, dit la pensionnaire, être violée, c'est comme si on vous faisait manger des bonbons, par force ?

— C'est cela, à peu près, répondit la novice.

Il y eut un nouveau silence. Mademoiselle Rose songeait, avec des frissons, avec des sourires aussi. « Ah ! certainement, c'est très affreux », soupira-t-elle enfin. Puis, rouge jusqu'aux oreilles : « C'est égal, c'est bien bon, les pralines et les fondants... »

SEr^'TIMENT DES CONVENANCES

Au moins n'allez pas vous autoriser de la présence de Valentin. à minuit, dans la chambre de madame de Valensole, veuve depuis trois mois à peine, pour en conclure que cette adorable personne n'a aucun souci de ses devoirs et pousse au delà des bornes permises le mépris de toutes les réserves! Loin de là. Madame de Valensole, — en dépit de son joli nez un peu rose, qui se retrousse, et

qui même à l'église, sous le long voile de crêpe, bat des narines avec un air de chercher, çà ou là, quelque odeur, — sait ce qu'elle doit à ellemême et au monde ; même elle est renommée pour sa stricte observance des règles de conduite adoptées par les gens debonne compagnie. Cependant, dans la chambre de soie en fleurs, où tout est clos, sauf l'alcôve, ils s'adorent, ce soir-là. A genoux devant elle, il lui parle avec la tendresse passionnée des premiers rendez-vous, invente des mots qui charment et qui troublent, des serments qui rassurent. Elle le laisse dire, attendrie. Il ne s'en tient pas aux vaines paroles ! Lentement, comme sans y prendre garde, d'une main qui a l'air de penser à autre chose, il fait sortir des boutonnières, un à un, les boutons, défait des nœuds, aide aux chutes des étoffes, tire adroitement le lacet du corset, dégrafe la jarretière dont la boucle d'or, où s'allume un saphir, imite un œil bleu qui rit. Clémente, elle le laisse faire. Tant qu'enfin,

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