L'AMOUR CHIFFONNIER
Un peu avant le joiir, dans les rues de Cythère, sous de merveilleux haillons de lin pourpre et de soies miroitantes, qui s'eftiloquent en franges de pierreries, le jeune dieu Amour, une hotte de rayons tressés à l'épaule, et tenant entre ses lèvres de fleur un brûle-gueule fait d'un seul diamant noir, fouille d'un crochet d'or l'intervalle des pavés soud; in changés en énormes escarboucles,
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les tas d'ordures qui deviennent, dès qu'il y touche, des bûchers de parfums ; et, dans sa lanterne, il y a l'étoile du matin. Ce que ramasse le divin chiffonnier, ce sont les cœurs, flétris ou saignants, qui ne battent plus, dont les filles de Cythère se débarrassent en les jetant par la fenêtre, quand ils o-nt cessé d'être bons à quelque chose, avec les bouquets de la veille et les rubans fanés. Une .à une, il pique du crochet les tristes reliques inertes et les met dans la hotte où elles tombent et se heurtent, sans une plainte, hélas ! Cependant, Cypris traverse les nuées roses de l'aube, dans le char où s'attelle une palpitation de colombes ; elle se penche vers Cythère, reconnaît son fils, et dit ; « A quoi t'occupes-tu, enfant? Ces cœurs, ne le vois-tu point, ces cœurs qui servirent à l'amusement cruel des fils aux beaux yeux, ont enfin perdu, à force de torturantes délices et de délicieuses tortures, la puissance de rien éprouver désormais. Va, va, laisse-les, tu
ne saurais qu'en faire. — C'est ce qui vous trompe, réplique le chiffonnier Amour ; car, sitôt que ma hotte est pleine, je les porte dans le boudoir d'une Parisienne que je sais, et il suffit qu'elle parle ou qu'elle sourie, ou seulement qu'elle montre sous le volant du peignoir le bout de son petit pied nu, pour qu'ils tressaillent, et revivent, et soient prêts à mourir dans de nouvelles délices et dans de nouvelles tortures 1 »