LA PAÏSANDE ET L ASNE
père guardian qui mesna son asne boyre dedans le ru de la Devinière, et vray bis, sy ne t'en esbaudis comme carpe qui basle, je te donne ho le vilain à cent mille pannerées de beaux diables , corps et asme , trippes et boyaux !
Adoncques s'en vinrent au ru le moyne trayant, l'asne brayant, ou, si l'aimez mieux, le baudet trayant, le beau père brayant, pour ce qu'on vit mainctes foys asnes charriottes trayre et moynes à Dieu brayre.
Ores, en cettuy lieu, soubs la fresche saulaye, se baignoit une jeune païsande, proprette, fluette, mollette, grassette, et souefve de tout poinct comme ortolan beurré. De brief, estoyt le parangon de toutes les femelles d'iceluy pays tourangeau. Et voyre aimoit à dire, rire, frire, tire lire lire, notamment avecques les beaux moynes, cordeliers, chaux ou deschaux , lesquels sont personnaiges de nature plus enclins à lutines mastiner qu'à matines lutriner.
En l'eaue doncques descendit l'asne, et le père guardian devalla jouxte la fille mal guardée. Pensez que ce fut pour boyre ! Et sans doubte il avoyt grand' souef. veu que ils demourèrent soubs la soulaje, la païsande et le frocard, le temps, par sainct Rigomé, de dire quatre bonnes messes.
Sy que, yssant d'emmi les feuilles, virent l'asne, tant avoyt husméd'eaue, devenu rond et gros comme ung muid de cidre picard.
— Par ma foy, dict la fille, ie ay bu aussi, et ne n'ai p)inct enflé comme ceste laide beste !
Mays, entendant ce, se print l'asne à respondre en brayant, ou à brayre en respondant : « Dea, mignotte, tu m'en diras nouvelles à la neuviesme lune! »