JULIETTE AUX ENFERS IO
Ou même, — bien plus qu'aux soupirs pâmés de l'amant en extase, — furent attentives au bruit tictaquant du balancier de la pendule.
Une nuit, sur les pas du poète CatuUus, — et c'était bien le guide qui convenait au Dante frivole que j'étais, — j'avais pénétré dans le cercle infernal
Où sont éternellement châtiés les hommes et les femmes coupables d'avoir transgressé les lois de l'équitable tyran Amour.
Et je vis de terribles supplices ! Et il y avait de belles flirteuses qui se tordaient sans vêtements sur d'énormes grils en forme de chaises longues,
Dont chaque barreau rouge, où grésillait la chair, était l'un des désirs qu'elles avaient allumés.
Et il y avait de criminelles maîtresses qui, pour avoir trompé une ou deux fois leurs amants avec leurs époux, étaient contraintes à faire le bonheur de ceux-ci
Jusqu'à la fin des siècles qui ne finissent pas. Et je vis aussi, toujours assoifî'ées, condamnées à ne manger que des apparences de fruits, à ne boire que dans des coupes vides,
Lysistrata, de Milet, qui aima d'un vain amour Rhodope aux yeux verts, de Corinthe, et Gabrielle, d'Asnières, qui dînait tous les soirs à la table d'hôte de la rue des Martyrs, avec Rosa, de Bougival.
Et, plus loin, sous des lustres de glace, d'où tombaient des flocons, les implacables mondaines qui ne connurent jamais les langueurs attendries valsaient un cotillon éternel,
JULIETTE AUX ENFERS lOg
Ayant aux pieds des souliers de satin blanc, qui n'étaient pas des souliers de satin blanc, mais qui étaient d'adroites chaussures faites d'une neige mille fois plus froide
Que la neige des icebergs polaires ! Plein de douleur à cause de ces horribles spectacles, j'allais dire à mon guide ; « Oh ! de grâce ! sortons de ce lieu de désolation et d'angoisse »,
Lorsque je reconnus une jeune personne.
Ombre maintenant, qui avait porté sur terre le nom de Juliette et que j'avais rencontrée, un matin de juin, près de l'étang de Villed'Avray. Et son supplice était le plus cruel de tous les supplices.
D'abord des démons pareils à de beaux jeunes hommes la conduisaient toute nue devant une armoire à glace, et elle souriait de se voir si blanche sous l'or déroulé des cheveux,
Avec deux lueurs roses à Torient de ses seins pareils à deux énormes perles ! Puis d'autres démons, qui avaient emprunté la figure des plus illustres couturiers et des plus fameuses modistes de Paris,
L'habillaient d'étoffes délicates, taillées selon la mode de demain, la coiffaient d'un chapeau joli et léger comme une touffe de fleurs ailées ; et Juliette, se mirant dans l'armoire à glace,
Souriait à l'image de sa toilette. Mais, alors, surgissaient de toutes parts des Harpies qui ressemblaient à des couturières de Carpentras et à des modistes de Draguignan, et ces monstres,
Arrachant, foulant aux pieds les délicates étoffes et le léger chapeau, enveloppaient Juliette, comme d'un sac, d'une robe dejaconas jaune, à fleurs.