‹ Les boudoirs de verreChapitre 5 sur 102 · LES DEUX PERRUCHES II · texte numérisé non relu

LES DEUX PERRUCHES II

que dit Lo, il n'est rien que ne répète la perruche de Lo. L'une jacasse : « Ludovic I Georges ! Gaspard I Gontran ! C'est très distingué, des moustaches noires, à peine relevées en croc, mais vivent les moustaches blondes, plus douces dans le baiser. Ah ! monsieur, vous voilà enfin ! Savez-vous qu'on ne vous attendait plus ? D'où pouvez-l^ous venir, à pareille heure ? de chez cette sournoise de Lo, peut-être, qui est capable de tout ? Voulez-vous bien finir ! Vous m'aimez, bon, ce n'est pas une excuse. Otez vos mains, vous dis-je. Ah! fi ! vous devriez avoir honte. Attendez donc, au moins, que je pousse le verrou ! » Et cent autres paroles mêlées qu'interrompent parfois des soupirs. Quant à l'autre perruche, elle gazouille : « On s'est joliment amusé, hier, au pavillon d'Armenonville I Du Champagne, c'est fade j'aime mieux le porto, qui grise. Bonjour, Félicien. Tiens, Philippe I Ah ! Gontran I Gaspard l Georges ! — Les deux oiseaux

disent parfois les mêmes noms, à cause de la pauvreté du calendrier, ou pour quelque autre raison ! — Vous venez trop matin, aussi. Hein ! si je n'avais pas été seule ? Heureusement, la vertu même, c'est moi. Allons, on vous pardonne. Pas du tout ! pas du tout ! il n'y a rien pour vous sous la dentelle de ma chemise. Monsieur, je vais sonner ! Voyons, tenez -vous tranquille. Savezvous bien, Albert, que vous êtes le plus insupportable des hommes ? » C'est ainsi qu'elles bavardent, les jolies perruches, qui ont beaucoup de mémoire. Mais elles sont surtout bizarres et divertissantes quand le caprice de leurs maîtresses les a mises toutes deux sur le même perchoir; car, alors, l'aile contre l'aile et le bec dans le bec, elles ne disent rien, smon, en soupirant, l'une : « Ah ! petite Jo », l'autre : «Ah ! petite Lo », dans un bruit de baiser, parfaitement imité !

LA CABINE HANTEE

— Eh ! monsieur, dit madame de Cléguerec avec un mouvement pour s'éloigner de la table, croyez-vous que cette sotte histoire intéressera beaucoup nos amis ? Justement on me fait signe que le café est servi sous la tonnelle du jardin. Je vous assure que le vent de la mer en remuant les fleurs et les branches fait un bruit cent fois plus joli à entendre que tous vos contes de dessert.

I4 LES BOUDOinS DE VERRE

Quoique monsieur de Cléguerec soit, à l'ordinaire, le meilleur et le plus obéissant des maris, il ne céda point cette fois à la volonté de sa femme; il tenait particulièrement, l'excellent homme, à faire écouter son histoire!

— L'aventure est fort extraordinaire, c''il, et vous verrez qu'elle étonnera tout le monde, comme elle m'a étonné moi-même.

Puis, s'adressant à ses convives :

— D'abord, il faut vous expliquer...

Il allait poursuivre, lorsque le vicomte d'Argelès, maladroitement, renversa • du coude le verre de sa voisine, qui s'éparpilla sur la nappe en petites transparences lumineuses ; mais monsieur de Cléguerec ne se laissa pas distraire par cet incident sans importance>

— Il faut vous expliquer, reprit-il, que, tous les jours, de quatre à cinq heures, je fais ma sieste dans une chambre assez fraîche au troisième étage du chalet ; pendant ce

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