‹ Les boudoirs de verreChapitre 6 sur 102 · LA CABINE HANTÉE · texte numérisé non relu

LA CABINE HANTÉE

temps, le vicomte d'Argelès, qui est notre hôte depuis un mois, s'en va sur la falaise cueillir de petites fleurs et des herbes dont il est fort curieux, et Madame de Cléguerec prend son bain dans la mer qui, à marée montante, pousse son écume jusqu'au sable de notre jardin. De cette façon, chacun suit sa fantaisie, et tout le monde est content. Mais, hier, je ne sais ce que j'avais, il mefut tout à fait impossible de m'endormir. Je me mis à la fenêtre. Une très chaude journée ! pas un souffle d'air sous le ciel sans nuage ; on voyait, au large, pendre les voiles inutiles des barques qui ne bougeaient point. En me penchant, j'essayai d'apercevoir Madame de Cléguerec, dans les vagues, près du bord. Personne. Je réfléchis qu'elle n'avait pas encore eu le temps de se déshabiller ; elle devait être dans la cabine, au bout du jardin, tout près de l'eau. Vous l'avez peut-être remarquée, cette espèce de guérite ? quelques planches peintes en gris, sur quatre pieds enfoncés

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dans le sable. Ce qui me prouvait que Madame de Cléguerec achevait de s'apprêter pour le bain, c'était que la cabine remuait un peu, quelquefois. Je regardais ce mouvement, pour me distraire. Mais je ne tardai pas à être fort surpris. L'agitation, d'abord à peine sensible, et intermittente, devenait très vive et continue. Madame de Cléguerec, impatientée de ne pas trouver quelque objet de toilette, secouait-elle les planches, en cherchant? Je ne pus pas m'arrêter longtemps à cette supposition, car, à présent, la cabine, comme battue par une rafale, penchait à gauche, penchait à droite, faisait la révérence, vite se rebroussait, à tel point que, deux par deux, tour à tour, ses quatre pieds se tenaient en l'air, loin du sable. Et je vous ai dit qu'il n'y avait pas un souffle d'air! Extraordinaire, n'est-ce pas? Mais je n'étais pas au bout de mon étonnement : soudain, après une secousse plus violente que toutes les autres, la petite maisonnette

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de bois perdit l'équilibre et tomba, dans un écrasement de feuilles, sur un buisson de seringats ! Vous devinez que je descendis le plus vite possible de mon troisième étage pour courirau secoursde Madame de Cléguerecqui avait pu être blessée dans la chute. Eh bien ! — comble de la stupéfaction, — la cabine était vide ! et je vis, à quelques pas, ma femme, très tranquille, assise en costume de bain sur le sable, à côté du vicomte d'Argelès, non moins tranquille qu'elle et lui offrant une touffe de petites fleurs qu'il venait de cueillir sur la falaise !

Après ce beau récit, monsieur de Cléguerec, sûr de son effet, regarda les convives d'un air triomphant. Mais il eut le chagrin de constater que son histoire n'avait produit qu'un effet assez médiocre ; même on s'empressa de parler d'autre chose.

--» Eh bien, c'est égal, moi, dit le bon mari

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en s'appuyant au bras de monsieur d'Argelès pour descendre au jardin, je trouverai toujours très extraordinaire que la cabine se soit renversée, — puisqu'il n'y avait pas de vent I

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