‹ Les boudoirs de verreChapitre 60 sur 102 · LE FAUX MAILLOT IQS · texte numérisé non relu

LE FAUX MAILLOT IQS

traire, une nuit de fête de charité, soupez, la face découverte, la poitrine aussi, avec tous les reporters et toutes les cabotines, — vous, une très haute mondaine, — donnez à baiser, sans choix, après le Champagne, à tous vos voisins, à toutes vos voisines, vos épaules et vos bras, il y a gros à parier que votre bonne renommée n'en subira aucune atteinte ; car personne, en vérité, à cause même dé rétonnant excès de votre fantaisie, n'osera vous en croire capable, et c'est à peine si les plus perspicaces se diront à l'oreille ; « Singulière ressemblance I » Il est prudent de pousser l'imprudence jusqu'à ses dernières limites, — au delà même. Il faut décourager la médisance par l'énormité de la faute. Le juge d'instruction à idées étroites que l'on appelle la méchanceté publique, ne croit pas à l'extraordinaire, et vous obtiendrez une ordonnance de non-lieu avec ce haussement ' d'épaules: «Allons donc, est-ce que c'est possible ! » Moi qui vous parle, moi, marquise et

la première dame d'honneur de la plus auguste des reines, moi qui, les jours de dîners officiels, fais asseoir un prince héritier à ma droite et un ambassadeur à ma gauche, moi, que tous respectent, hormis ma femme de chambre, — mais je la paie très bien ! — j'ai pu, à cause même de mon rang et de ma réputation intacte, montrer à cinq cents personnes, en pleine lumière, mes jambes entièrement nues, oui, toutes nues, pas une batiste, pas une malines, sans que le plus vague soupçon ait osé m'effleurer !

— Oh ! madame, dit en rougissant la vicomtesse de Vignerolles, une échappée de couvent, tout récemment mariée.

— Oui, j'ai fait cela ! C'était un soir, dans une fête au Palais. Un bal travesti. Tous les costumes, hardis, qui voilent à peine, se mêlaient dans la cohue splendide. Faunesses, Bacchantes, Salammbôs. Les seins, effrontément sortis des étoffes qui ne tiennent pas, allumaient auxlueurs des lustres l'orient rose

Page 1