‹ Les boudoirs de verreChapitre 9 sur 102 · LA VOITURE VERSÉE · texte numérisé non relu

LA VOITURE VERSÉE

Jo et Lo se repentent amèrement d'avoir, accepté l'invitation de leur vieille parente ! On ne s'amuse pas le moins du monde dans ce château tout noir avec des sapins autour. « Vous trouverez ici, avait écrit la vieille, quelques-uns de mes neveux , des jeunes gens déjà, qui font leurs études au séminaire de Toulouse, et viennent passer chez moi les vacances. » « Eh ! eh ! » avait pensé Jo. « Tiens! tiens î » avait pensé Lo. Car ce sont de terribles petites personnes, volontiers en-

clines à la recherche de l'inconnu et du nouveau, fort gourmandes de primeurs. C'est Jo qui a dit un jour, approuvée par Lo : « Eve a joliment bien fait de croquer la pomme, si elle était verte ! » Mais les neuf neveux, — ils sont neuf I — ne sont pas de ces pommes qui se laissent croquer. Roides dans leurs longues redingotes, le nez toujours dans un livre sous leurs chapeaux à haute forme, ils se suivent méthodiquement, trois par trois, dans les allées ; des corbeaux debout sous leurs queues ! Jo a demandé un jour au moins morose d'entre eux : « Savez-vous, mon cousin, ce que font les oiseaux qui chantent dans les arbres ? — Ils louent le Seigneur, ma cousine ! » Lo a failli le giffler. Les dîners surtout sont lugubres, dans la vieille salle aux murs nus, au plafond traversé de poutres. Entre le Benedicite et les Grâces, pas une parole, sinon : « Monsieur le curé a fort bien prêché ce matin », ou : « j'ai failli arriver en retard à la messe de

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