LE DEJEUNER DE ZO 2C)D
Zo est bien décidée : après le Champagne elle se fera raconter toutes les folles histoires de coulisses ; si c'est amusant de montrer, tous les soirs, à tout le public, ses jambes et sa gorge ; et les amants, ceux qu'on aime, ceux qu'on n'aime pas ; et le reste, et tout, d'autres choses encore. Rien de plus gai que de s'encanailler un peu, très peu ! Dès le matin, Zo a congédié sa femme de chambre, — il ne faut jamais se compromettre devant les domestiques, — et c'est elle-même qui a disposé, sur le guéridon de Chine, les huîtres, le chaufrois de bécassines de Corse, les écrevisses qui sentent le poivre, et les deux bouteilles de moët, dont les bouchons sauteront avec un bruit qui dit : « Je m'en moque ! » Et elle n'a pas oublié de faire la plus jolie toilette du monde; pas compliquée : un peignoir sur une jupe rosée et sur un corset rose ; comme une chemise sur la peau. Avec certaines personnes, il est de bon goût d'être sans façon. Le débraillé de la conduite s'accommode d'un peu de
débraillé dans le costume. On ne doit pas s'habiller pour recevoir une divette de petit théâtre comme on s'habillerait pour recevoir une ambassadrice. JLo a toujours eu le sentiment des convenances. Enfin, tout est prêt. Elle jette un dernier coup d'œil sur la table où s'allument les verres de Venise, sur le bon feu qui tlambe et rit dans le cuivre des chenets, sur les rideaux à demi baissés comme des paupières d'yeuK discrets, et sur les deux nymphes en terre cuite, si mignonnes, qu'elle a placées — un caprice, elle ne sait pas pourquoi— sur un socle d'ébène incrusté d'étain. Un coup de sonnette ! C'est Lila Biscuit. Zo court à la porte et l'ouvre très vite. Mais vous auriez joliment ri si vous aviez vu la mine attrapée qu'elle eut ! C'était bien Lila Biscuit, mais Lila Biscuit habillée en gentleman, un chapeau noir sur la perruque frisée, le faux col montant jusqu'aux joues, et le stick à la main. « Ah ! bien non, alors 1 » Et Zo, après avoir fermé la porte au nez du visiteur, re-