L'AMANT BRUTAL
Elle résistait très consciencieusement, la vertueuse fillette, à ce brutal amoureux. Une main sur la bouche, par crainte du baiser trop proche, — la crainte n'est pas l'horreur, — l'autre main aux boutons du corsage, elle demandait grâce avec de jolis soupirs effrayés, avec de petites prières peu perceptibles à cause des doigts qui interceptaient le son ; dame, il fallait choisir : être baisée ou
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n'être pas entendue. Le rude séducteur, digne de tous les blâmes, ne se laissait pas déconcerter par ces sauvageries d'enfant. Une fois, elle réussit à s'échapper de la me^ naçante étreinte. Hélas ! ce fut précisément dans la direction d'une chaise longue où il la rejoignit très vite. L'issue de la bataille, désormais, n'avait plus rien de douteux. Vainement elle voulait défendre, d'agrafe en agrafe, de nœud en nœud, tout le mystérieux trésor de son grêle corps ingénu ; elle avait dans le cou, dans les cheveux, dans les oreilles des souffles qui la grisaient, l'affolaient, faisaient se fermer, avec des battements, ses paupières, et s'abandonner ses bras, avec des langueurs lasses. De sorte que, pareille à ces nymphes des Oarystis qui appelaient Dianeà leur aide dans les hautes herbes foulées, elle en fut réduite à la ressource suprême, fort usitée en pareil cas, de s'écrier : « Maman ! » Mais ce cri, où se réfugient les derniers espoirs des innocences, ne parut pro
duire qu'une impression assez médiocre sur l'implacable amant. Et, après un assez long silence, avec le cynisme, tout à lait condamnable, d'un homme sûr de soi : « Maman! ditil ; en effet, c'est probable. »