Les bouilleurs de cru
La question des Jjouilleiirs de cru est de celles qui doivent préoccuper les hygiénistes et les moralistes, les économistes et les financiers, en même temps que tous les contribuables.
l^lle intéresse la morale et la santé publique par les conséquences qui résultent, au point de vue de J'hygiène, aussi bien du simple usage que de Tabus du privilège, conséquences qui se résument dans l'alcoolisation dii bouilleur, de sa famille, de son entourage, et dans la propagation du goiit des boissons spiritueuses. Cette contagion alcoolique est surlout favorisée par la réputation d'innocuité de Feaude-vie naturelle, ré[)utation d'autant plus usurpée que la science montre chaque jour davantage combien les eaux-de-vies naturelles sont impures et, dans une (certaine mesure, plus toxiques que les alcools industriels.
JOlle intéresse les économistes, cpii ne peuvent rester étrangers à aucune des (piestions relatives aux conditions (rexistence et de développement de Tune (|uelcon(pie des branches de l'activité économi(jue du pays, lis sont à môme d'apprécier à quel point le privilège, malgré certaines apparences contraires, méconnaît les intérêts (h* la viticulture, de l'agriculture, (le l'industrie <■! du ( omnuu'ce.
II jyTliO DICTION
Enfin la question des l^ouilleurs de cru esl une grosse question financière, car le privilège tient en échec toutes les prévisions budgétaires du rendement de Fimpôt sui* Talcool. 11 prive le Trésor des recettes que devrait lui procurer Fimposition des quantités consommées par les bouilleurs en exemption injustifiée des droits. 11 le frustre davantage encore par la fraude à laquelle il donne naissance et qu'il rend insaisissable ; fraude d'autant plus lucrative qu'est plus élevé le taux de Fimpot. On ne s,aurait évaluer à moins de 3oo ooo hectolitres les quantités d'alcool qui, en moyenne, échappent annuellement à Fimpôt, causant au Trésor un préjudice d'au moins 60 ou 65 millions de francs.
Et comme dans un régime fiscal tout s'enchaîne, et qu'il faut toujours, en fin de compte, que les recettes nécessaires rentrent dans les coffres de l'Etat, c'est sur les épaules des autres contribuables que retombe, de tout son poids, le fardeau d'acquitter, de leur poche, les sommes dont les bouilleurs de cru fraudent et privent le fisc ; c'est aux autres contribuables qu'incombe la charge de payer la rançon du privilège.
Telle est la situation créée par le privilège des bouilleurs de cru, situation « qui choque à la fois le bon sens, la morale et l'hygiène, et se résume dans ces mots : l'inégalité devant Fimpôt ».
C'est à cette situation qu'il importe de remédier, non par l'interdiction de bouillir qui est irréalisable, ni par la suppression partielle du privilège, qui n'est qu'une demi-mesure laissant subsister presque intégralement les dangers des immunités conférées aux bouilleurs de cru, mais par la suppression totale et absolue du privilège.
ISTRODUCriON m
Dans le présent travail, nous nous sommes efforcés de présenter aussi simplement et aussi complètement que possible Fétat actuel de cette question des bouilleurs de cru. Nous avons abordé l'examen des faits sans opinion préconçue et nous n'avons réuni ici les résultats de nos recherches que pour fournir à chacun les éléments qui puissent lui permettre d'apprécier et de juger par lui-même.
A. et L. Anthealme.