GRAND COFFRE DE TOILETTE EN MARQUETERIE DE BOULLE
Bâtiments c’est en 1669. Le i5 décembre, il est payé « au Sr Boule, peintre, à compte sur ses ouvrages de peinture pour le roy, 400 liv. 1 ». Est-ce de notre artiste qu'il s’agit ? Vraisemblablement, puisque le père Orlandi nous a dit qu’il fut d’abord peintre et qu’il ne fallut rien moins que l’autorité de son père pour le fixer dans l’ébénisterie. Toutefois, six ans plus tard, en i6j5, le 28 mai, nous voyons un personnage du même nom toucher 5,488 liv. i5 s. « pour transport de plusieurs sapins et arbrisseaux ». André-Charles était-il donc devenu à cette 1. Comptes des batiments, t. I, col. 367.
époque un émule de Le Nôtre et s’occupait-il de jardinage ? Le fait est d’autant moins croyable que dès 1672, c’est-à-dire dès l’année où il est admis parmi les Officiers qui ont gages pour servir generallement dans toutes les maisons et bastimens de Sa Majesté , aux appointements annuels de 3o liv. , nous le trouvons employé à Versailles à de grands ouvrages. D’abord c’est la petite chambre de la reine qu'il habille de boiseries, et il touche de ce chef 3,700 liv.; puis à partir de 1673, il travaille pour l’appartement de cette même princesse, à une estrade qu’il achève deux ans plus tard et qui lui est payée 7,954 liv. En 1680, il exécute un « cabinet d’orgues de bois de raport garni d’ornemens de bronze, pour estre mis dans les appartemens du chasteau. » Ce cabinet lui est payé 8,000 liv.1 Le 28 novembre 1 683 , il livre, pour l’appartement du Dauphin, deux tables de marqueterie et un pied de cabinet enrichi de cristal de roche; le 9 janvier 1684, il expédie à Versailles un coffre de marqueterie destiné également à Monseigneur, et le 11 juin suivant, dix-sept girandoles de bronze doré, exécutées pour la chambre de billard du petit appartement du roi. Le 3i décembre de cette même année, il achève le parquet de l’alcôve de la Dauphine. L’année suivante (21 octobre 1 685), il est occupé à Fontainebleau où il exécute une estrade en marqueterie pour la Reine. Enfin, le 17 novembre 1686, il touche 9,102 liv. 8 s. « à compte du parquet de marquetterie d’escaille et de cuivre qu’il a faict pour le cabinet des bijoux de Monseigneur. 2 » On voit que la famille royale utilisait largement ses services, d’autant plus qu’entre temps il fabriquait et livrait quantité de ces beaux meubles dont les Comptes des Bâtiments ne font point mention, mais dont on retrouve la trace dans la correspondance ministérielle et dans les Inventaires de cette époque. A Versailles, on admirait des bureaux de sa façon dans la chambre du roi, dans celle de Mme de Maintenon, ainsi que chez Philippe d’Orléans et la duchesse sa femme 3 ; et il exécuta pour la grande Galerie des Glaces et pour la
1. En 1681, il réparait un autre orgue dépendant de l’appartement de la reine et touchait pour cette réparation 210 liv. ( Comptes des bâtiments, t. II, col. 63.)
2. Comptes des Bâtiments, t. I, col. 63 1 , 701, 840, 1124, i32j, et t. II, col. 119, 253, 35o, 391, 466, 473, 567, 632, 730, 763, 829, 891, 968, 1117.
3. On lira peut-être avec intérêt la description de quelques-uns de ces beaux meubles, telle qu’elle figure sur l’Inventaire du château de Versailles dressé en 1708. Dans la chambre de Mma de Maintenon nous relevons : « Deux petits bureaux de marqueterie d’étain sur fond de bois de noyer, à quatre tiroirs et un guichet par
COFFRET DE MARIAGE COMMANDÉ A BOULLE PAR LOUIS XIV POUR LE GRAND DAUPHIN.
( Anciennes collections du palais de San Donato. |
LES ARTISTES CELEBRES
Grande Galerie de Saint-Cloud, une quantité de cabinets admirables, dont quelques spécimens nous ont été heureusement conservés.
Toutefois son ouvrage le plus considérable, durant toute cette période, fut le cabinet du Dauphin, à Versailles. Ce beau travail, signalé à l’attention des amateurs par Germain Brice, dans l’édition de sa Description de Paris , qu’il donna en 1698, passa, jusqu’à sa disparition, pour le chef-d’œuvre de l’artiste. Pendant longtemps même il fut considéré comme une des merveilles de Versailles.
Tous les étrangers de marque, princes, ambassadeurs, etc., sollicitaient la faveur de le visiter, ainsi que les collections de gemmes, d’orfèvreries précieuses et de cristaux qui lui servaient d’annexes. Ce beau cabinet, cependant, éprouva des vicissitudes à la fois curieuses et navrantes. Jusqu’à son mariage avec Marie-Anne-Christine de Bavière (7 mars 1680), le Dauphin n’avait point eu, à Versailles, d’appartement, au sens officiel du mot. L'Explication historique de ce qu'il y a de plus remarquable dans la Maison royale de Versailles , publiée par ordre du roi, en 1681, décrit les appartements du Roi, de la Reine, du duc et de la duchesse d'Orléans, mais ne mentionne pas encore celui de Monseigneur. Ce prince, désireux de ne point paraître inférieur, comme luxe et comme magnificence, à ses augustes parents, aussitôt après son mariage, donna tous scs soins à l’ameublement de son appartement particulier et notamment à la décoration de son cabinet, dont l’exécution fut confiée à André-Charles Boulle. Celui-ci se mit de suite au travail. Du 9 août 1682, à fin décembre de la même année, il touchait 21,900 1 iv. , et du 11 janvier 1 683 au 18 juillet suivant, 38, 000 liv. « pour les ouvrages de marquetterie qu’il a faits pour le cabinet de Monseigneur ». Cet admirable travail, terminé à l’automne de 1 683 , attirait, par sa perfection, les éloges les plus mérités à son illustre possesseur, lorsque le Dauphin reçut assez brusquement l’ordre de
devant, le dessus brisé, avec 3 tiroirs en dedans, portés sur leurs pieds de 8 pilliers en guaine de même ouvrage et bois argenté aux chapitaux et baze, les boules en pommes de pin argentées, longs de deux pieds 9 pouces 1/2 sur un pied 9 pouces de large : avec un petit tapis de taffetas verd, doublé de serge ». Dans une pièce voisine on remarque : « Une grande table de marquetterie de cuivre et d'étain sur fond d’écaille tortue et d’ébène représentant au milieu un ovale et quatre ronds aux coins; longue de 5 pieds sur 2 pieds 7 pouces, ayant deux tiroirs, portée sur un pied de 6 piliers en guaine de marqueterie d’étain et écaille tortue, avec ornemens de cuivre et d’étain », etc.
transporter son appartement à l’étage inférieur. Moins d’un an après leur mise en place, ces superbes marqueteries étaient déposées, démontées, remaniées et adaptées à une autre pièce de dimensions différentes. Dates à retenir! Pierre Gole, chargé de « l’exécution du parquet marqueté pour l’entresol du cabinet de Monseigneur le Dauphin, au château de Versailles », avait achevé de toucher le 14 mars 1 683 la somme de