‹ Les BoulleChapitre 14 sur 33 · Dangeau, Journal, t. I, p · texte numérisé non relu

Dangeau, Journal, t. I, p

transfert de ces admirables lambris. A la mort de Colbert, il s’e'tait fait attribuer la charge de Surintendant des Bâtiments, et les travaux de ce genre rentraient désormais dans sa compétence. Tout le monde, à la Cour, s’occupait au surplus de cette artistique opération. Le roi luimême s’impatientait de ne pas voir l’installation nouvelle du Dauphin aussi vite achevée qu’il le souhaitait. Il s’informait auprès de son ministre de l’état dans lequel se trouvaient les appartements de ce prince, et celui-ci répondait : « Pour celuy où travaille Boule, je n’en puis rien dire, si ce n’est qu’il n’en bouge pas et qu’il y a beaucoup d’ouvriers ; mais je ne puis croire qu’il ait achevé avant la fin de ce mois. » Et à Monseigneur, Louvois écrivait : « Quoyqu’il (Boulle) promette toujours des merveilles, je ne croys pas qu’on puisse espérer qu’il ait achevé avant le 25e de ce moys, je ne souffrirai pas qu’il y perde de temps. 1 »

Ce cabinet, dans son second emplacement, donnait sur la Galerie Basse, celle qu’on nomme aujourd’hui la Galerie de Louis XIII 2. Il continua de faire l’admiration des connaisseurs jusqu’au jour où, le Dauphin étant mort, ses collections furent partagées ou vendues et son appartement remanié et transformé pour servir à un autre Dauphin. A ce moment, le goût avait changé. Les marqueteries de Boulle n’étaient pas du reste très bien conservées. L’humidité du rez-de-chaussée ne tarda pas à accomplir son oeuvre. Dès 1687, Boulle était obligé de procéder « au rétablissement et poliment des parquets de marquetterie qui avaient joué3». L’appartement cessant d’être habité, le mal s'aggrava. On estima qu’il serait trop coûteux de réparer ces beaux ouvrages et de les remettre en état; on trouva plus simple et plus économique de les déposer et de les placer dans le Garde-meuble, où ils achevèrent de se détériorer tout à leur aise. C’est là assurément pour l’histoire de nos arts décoratifs un accident cruel; toutefois ce chef-d’œuvre d’ébénisterie ne disparut pas pour toujours, sans laisser un double souvenir : une image fidèle et une description. M. le baron Pichon possède en effet une peinture du temps, représentant le duc d’Anjou qui vient dire adieu à son père le Grand Dauphin, et c’est dans le fameux cabinet de ce prince

1. Voir, dans le Moniteur du 11 janvier 1 855, l’article de M. Paul Boiteau, intitulé les Autographes de Louis XIV.

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