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CABINET EN MARQUETERIE

(Galerie d’Apollon.)

LES ARTISTES CELEBRES

Le plus clair de son bien, il l’avait placé dans ces collections de tableaux, de dessins et d’estampes dont le père Orlandi nous a déjà entretenus, et qu’il nous signale comme sa distraction préférée et la consolation de sa vieillesse. L’inventaire que nous venons de citer totalise, en effet, la perte causée par l’incendie de 1720 à 370,770 livres. Les collections, ou du moins ce qui en avait été détruit, était donc évalué par Boulle à 208,570 livres, et cette réunion d’objets d’art mérite d’autant plus que nous en disions quelques mots qu’elle joua, nous le verrons bientôt, un rôle capital dans la vie de notre artiste.

Mais avant d’aborder ce sujet, et pour en finir avec son installation au Louvre, nous aimerions à reconstituer l’emplacement occupé par le logement de Boulle et par ses ateliers. A plusieurs reprises les biographes de notre grand artiste se sont préoccupés de cet emplacement, et il ne paraît pas qu’aucun d’eux ait découvert ce qu’il cherchait. Plus heureux, nous avons pu, d'une étude attentive des plans du Louvre à cette époque et des documents déjà connus, tirer un certain nombre de renseignements précieux et à peu près décisifs. Nous allons les résumer en quelques lignes.

Nous avons vu que Boulle avait été établi au Louvre dans le quinzième logement précédemment occupé par J. B. Macé et par Laurent Stabre. Ce logement était contigu au quatorzième concédé à Eusèbe Renaudot, le directeur de la Galette. Le Tableau des illustres logis dans la grande galerie du Louvre , publié dans les différentes éditions du Guide, de Germain Brice, constate qu’en 1698 (3e édition), 1701 (4e édition), 1706 (5e édition), 1713 (6e édition), 1718 (7e édition), i725 (8e édition), cette mitoyenneté n’avait pas cessé d'exister. Or, la Description de la ville et des fauxbourgs de Paris en 24 planches dressées et gravées par les ordres de M. d’Argenson et publiée en 1714 par Jean de la Caille, porte que le « Bureau de l’imprimerie de la Galette, où elle se distribue », était situé « rue Frementeau », c’est-à-dire que le quatorzième logement et son voisin le quinzième se trouvaient dans le cul-de-sac, qui existait à cette époque, entre la galerie d’Apollon et la Grande Galerie. En outre, en feuilletant attentivement les papiers de l’architecte Robert de Cotte, conservés au Cabinet des Estampes, nous avons découvert un Mémoire pour accompagner le plan des logements du Louvre au i** juillet 1708 , qui fournit quelques indications complémentaires. Au n° 85 de ce Mémoire, répondant naturellement à une des divisions du plan qui malheureuse-

ment a disparu, nous relevons la mention suivante : « Dehors du Louvre — Boulle, ébéniste, occupe un atelier et son logement au-dessous de l’Académie de peinture et de sculpture, — accordé par M. Colbert. » La dernière partie de la phrase signitie que c’est à Colbert que Boulle était redevable de son logement, ce que nous savons déjà par son brevet. On peut conclure de là que Boulle occupait encore en 1708 l’emplacement qui lui avait été concédé dans le principe, et que cet emplacement était situé dans un des bâtiments annexes qu’on avait en quelque sorte greffés sur le grand massif du Louvre, au-dessous de l’Académie de peinture, qui détenait la galerie d’Apollon.

Est-ce dans cet atelier que commença l’incendie ? Non pas, car nous retrouvons dans le même Mémoire de 1708 cette autre mention consignée sous le n° 76 : « Ruine des bâtiments démolis et donnés en compte à Mazière et Bergeron, entrepreneurs du Louvre, dont les héritiers louent à Boulle à leur profit 200 livres », et immédiatement après cette note en vient une autre portant le n° 77 : « Chantier à Marteau, menuisier du roi ». Or nous savons que c’est précisément dans ce chantier que l’incendie éclata tout d’abord, et que de là il se communiqua à l’atelier de notre artiste. C’est donc par les bâtiments que Boulle avait édifiés pour lui servir d’ateliers, sur l’emplacement loué aux sieurs Mazière et Bergeron, que le feu commença de prendre. Ces bâtiments en pans de bois étaient légèrement construits. En un instant, tout dut être en flammes. Les matériaux de démolition entassés là fournirent vraisemblablement un aliment nouveau à l’incendie. Mais, toujours d’après le Mémoire de 1708, le chantier du sieur Marteau et l’emplacement occupé par Boulle étaient « sur la place devant le Louvre », par conséquent à une certaine distance de son logement. On est donc amené à supposer que ce logement communiquait avec l’atelier en combustion par la petite galerie des modèles dont il a été parlé, et que c’est par cette galerie construite également en planches, que le feu se propagea jusqu’à la chambre de Boulle. Quant à l’autre atelier situé en « un corps de logis séparé », il fut préservé, et c’est là que se trouvaient les meubles du duc de Bourbon qu’on parvint à sauver et dont il est fait mention dans Y Inventaire.

Quelle fut la cause de ce déplorable incendie, qui dévora en quelques heures tant d’œuvres si précieuses et si rares? On n’a pu le savoir au juste. Il fut imputé à la malveillance. La « Voye publique » l’attribua à

DÉTAIL DU PANNEAU INTÉRIEUR d’uN DES VANTAUX DE LA GRANDE ARMOIRE DE BOULLE, CONSERVEE AU LOUVRE.

LES ARTISTES CÉLÈBRES

« un quidam qui, ayant volé chez le sieur Marteau » deux mois plus tôt et ayant été pris sur le fait, « avait été attaché par les ouvriers à un poteau pendant trois ou quatre heures et avait menacé, tost ou tard, de s’en venger'. »

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