‹ Les Bourbons de FranceChapitre 5 sur 17 · NÉ EN- 160I. — MORI' EN · texte numérisé non relu

NÉ EN- 160I. — MORI' EN

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Lorsqu'ils s'aperçurent, ils mesurèrent constamment leur marche de façon à ne pas s'approcher plus vite l'un que l'autre de leur pavillon respectif où ils arrivèrent ensemble.

On observa les mêmes règles d'étiquette pour l'entrée des deux princesses dans le bac qui les conduisit au pavillon du milieu de la Bidassoa. Elles y avaient été précédées des deux secrétaires d'Etat, l'un Espagnol, l'autre Français, qui se communiquèrent les contrats de mariage dressés à cette occasion. Les seigneurs des deux nations les saluèrent, elles s'embrassèrent et se séparèrent pour aller prendre terre, l'une en Espagne, l'autre en France.

Ces détails pourraient paraître puérils, bien que curieux, s'il ne s'agissait pas d'une alliance politique entre deux grands pays, l'Espagne et la France, d'Anne d'Autriche appelée à jouer un rôle personnel sous Louis XIII et sous Louis XIV, et enfin si ce double mariage n'avait pas servi de prétexte aux troubles intérieurs qu'avait suscités le prince de Condé qui, après l'avoir désiré, en avait, avant la préparation, blâmé l'exécution.

La reine Anne d'Autriche, que Louis XIII était allé voir à Castres, mystérieusement, et qu'il avait aperçue dans la rue, sans en être connu, fit son entrée solennelle dans la ville de Bordeaux, dans la soirée du 21 novembre 161 5, aux flambeaux.

Quatre jours après, l'èvéque de Saintes donnait au ménage royal la bénédiction religieuse.

Le Roi ne devait pas avoir, comme son père, une action aussi prépondérante qu'active sur les grands faits de l'Europe. C'est le moment de parler de l'homme.

La chasteté de Louis XIII est restée proverbiale. Deux jeunes femmes occupèrent cependant son imagination, Marie de Hautefort,

duchesse de Schomberg, tantôt en faveur, tantôt en disgrâce auprès d'Anne d'Autriche, et Louise de la Fayette, que l'on dit avoir inspiré le vœu dont on célébrait le souvenir le 1 5 août de chaque année, à la fête de l'Assomption.

Née en 1616 et morte en 1691, mariée en 1646 et veuve en 1656, Marie de Hautefort mourut retirée de la Cour dans une maison qu'elle avait fait construire.

Née également en 161 6, Louise de la Fayette est morte en 1665, supérieure des visitandines,dans un couvent des filles de la Visitation de Sainte-Marie où elle s'était retirée en 1657, pour échapper à la fois aux outrages de Marie de Hautefort, du cardinal de Richelieu et d'Anne d'Autriche qui redoutaient son influence sur l'esprit du roi.

Il est établi, il est avéré que toutes les relations personnelles de Louis XIII avec ces deux jeunes filles ne lurent que de simples causeries amicales où il se plaisait, parce qu'elles étaient instruites, de bon conseil, d'un caractère enjoué, qu'elles avaient l'imagination vive et l'esprit cultivé.

Louis XIII regretta surtout l'absence de Louise de La Fayette qui avait quitté la première le séjour du Louvre. Il est certain que dans le mois de juillet qui suivit son départ il alla la voir dans son couvent de la rue Saint-Antoine. On l'y appelait la Mère Angélique. Il s'entretint avec elle pendant trois heures à travers la grille du parloir. C'est pendant cette conversation qu'elle le décida à consacrer le royaume de France à la vierge Marie.

Voici le texte complet des lettres-patentes du 10 février 1658 qui ont consacré officiellement et publiquement le vœu de Louis XIII :

« Dieu qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre

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pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre État, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre régne, sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté, que d'accidents qui nous pouvaient perdre. Lorsque nous sommes entrés au gouvernement de cette couronne, la taiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause, que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du diable ayant suscité et fomenté des divisions, non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables au repos de notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice. La rébellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l'État, qui n'avait autre but que de partager notre autorité, il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques. Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes, qu'à la vue de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs États, dont ils avaient été dépouillés. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations que, comme sa providence a fondé cet État, sa bonté les conser^^e et sa puissance le défend. Tant de grâces si évidentes font que, pour n'en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra sans doute de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits

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aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligé, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la sainte Vierge et de la sacrée Croix, où nous révérons l'accomplissement des mystères de notre rédemption par la vie et la mort du fils de Dieu en notre chair, de nous consacrer à la grandeur de Dieu par son fils rabaissé jusqu'à nous, et à ce fils par sa mère élevée jusqu'à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et tous nos sujets, pour obtenir par ce moyen celle de la sainte Trinité par son intercession, et de toute la cour céleste par son autorité et exemple . Nos mains n'étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de la porter les rendront hosties agréables, et c'est chose bien raisonnable qu'ayant été médiatrice de ses bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.

« A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la trèssainte et très-glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particuUèrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite, et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que soit qu'il souffre le tléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celle de la gloire. Et, afin que la postérité' ne puisse manquer à suivre nos volontés en ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras

celle de son précieux fils descendu de la croix, et où nous serons représenté, aux pieds du fils et de la mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre. Nous admonestons le sieur archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons que tous les ans, le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand'messe qui se dira en son église cathédrale, et qu'après les vêpres dudit jour il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et le corps de ville, avec pareille cérémonie que celle qui s'obsen-e aux processions générales les plus solennelles; ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises, tant paroissiales que celles des monastères de ladite ville et faubourgs, et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris. Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre ro3'aume, et néanmoins leur enjoignons, de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales et autres églises de leurs diocèses, entendant qu'à ladite cérémonie les cours de parlement et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents; et, d'autant qu'il V a plusieurs églises épiscopales qui ne sont pas dédiées à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques, en ce cas, de lui dédier la principale chapelle desdites églises, pour y être faite ladite cérémonie, et d'y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d'admonester tous nos peuples d'avoir une dévotion particulière à la Vierge, d'implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu'il jouisse longuement d'une bonne paix, que Dieu y soit servi et révéré si saintement, que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la

dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés; car tel est notre plaisir. »

La première procession qui se fit dans Paris en exécution de ces lettres-patentes est de la même année.

Louis XIII n'eut pas, comme Henri IV, à sacrifier ses maîtresses à l'intérêt supérieur de l'État. Mais il lui sacrifia ses favoris, parce qu'il plaçait au-dessus de tout le salut et l'honneur de la France.

Le premier en date, cependant, eut l'heureuse chance de mourir opportunément, à la veille d'une complète disgrâce, qui était déjà dans l'air, et qui aurait pu être une catastrophe. C'est le connétable Charles d'Albert, duc de Luynes, qui avait étayé son insolente fortune sur les ruines, sur les cadavres de Concini et de la Galiga'i.

L'arrestation du prince de Condé fut l'occasion ou le prétexte, si ce n'est le motif, d'une entente entre tous les ennemis du maréchal marquis d'Ancre, que détestait la population parisienne. Il ne s'agissait de rien moins que de le tuer par surprise. Il logeait prés du Louvre, mais hors du Louvre.

Dans la matinée du 24 avril 161 7, le maréchal marquis d'Ancre reçut cinq coups de pistolet, sur un pont tournant qui joignait un pontlevis menant à la basse cour du Louvre, dont on lui avait laissé franchir à dessein la grande porte. C'est un baron de Vitry qui avait présidé à cet assassinat, sous l'inspiration du duc de Luynes. ■ La maréchale marquise d'Ancre ou la Galigaï fut arrêtée, emprisonnée, jugée, condamnée et exécutée dans les premiers jours de juillet de cette année.

La reine mère reçut l'ordre de se retirer à Blois.

Charles, marquis d'Albert, fut ensuite créé duc de Luynes. Il devint connétable et fut comblé de faveurs de toutes sortes. Mais

après avoir joui d'un crédit illimité auprès du roi, il allait tomber en disgrâce, parce qu'il avait trop abusé de son influence au détriment de l'intérêt public, lorsqu'une mort, presque subite, vint lui épargner cet affront et'ce chagrin.

L'extrême faiblesse de Louis XIII pour le duc de Luynes avait été si grande qu'il y eut une heure où, après la mort du marquis d'Ancre, il avait non seulement écarté de son chemin l'influence affaiblie de Marie deMédicis, mais aussi balancé le créditdu cardinal de Richelieu, encore simple évêque de Luçon, qui s'était éloigné de Paris avec elle.

Marie de Médicis. très surveillée, froissée des procédés qu'on employa envers elle, se plaignit à son fils, Louis XIII, qui lui répondit la lettre suivante, écrite de sa main et datée de Paris, 2 1 mars 1618.

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Voici le texte imprimé de cette même lettre autographe :

« Madame, je me sens infiniment votre redevable de la souvenance que vous avez de moi, du soin qui vous prend de m'envoyer visiter pour avoir de mes nouvelles, et de la part qu'il vous plaît de me donner des vôtres.

(( Cela est suffisant pour me convier à vous en remercier et à me réjouir pour en avoir appris par le même moyen de la personne du monde que j'honore et je chéris le plus. Il m'est impossible de vous en témoigner la joie que j'en ressens, non plus que la véritable affection que je vous porte.

« C'est tout ce que je puis vous mander pour réponse à la lettre que m'a rendue le sieur de Villiers, remettant à vous faire entendre par le sieur de Roissy ce qui est de mes intentions sur le surplus de ce qui est contenu dans celle-ci et sur plusieurs autres choses dont je désire qu'il vous éclaircisse. Ce sera au premier jour qu'il

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vous rendra compte de ce que dessus, et en tout temps et en toutes occasions que je vous ferai paraître que je suis, Madame, votre très humble et très obéissant fils. »

Cette lettre ne fut pas expédiée à Blois, absolument comme elle avait été écrite et comme elle vient d'être donnée; elle fut modifiée, à la dernière heure.

On voit que dans la lettre autographe conservée aux Archives nationales, on a biffé cette phrase : il m'est impossible de vous eniremarquer la joie que j'en ressens non plus que la véritable affection que je vous porte.

Enfin, on y avait remplacé ces mots : « sur plusieurs autres choses dont je désire qu'il vous éclaircisse, » par ceux-ci : sur ce qui se passe maintenant à ma cour.

Le premier que Louis XIII ait réellement sacrifié à son devoir de roi et à l'intérêt de l'État, c'est Henri de Talleyrand, comte de Chalais qui a payé de sa vie un acte de haute trahison. Il avait préparé une rébellion armée contre l'autorité royale. Cette conspiration à laquelle le duc d'Orléans était également mêlé, selon sa triste habitude, découverte à temps, fut déjouée avant son exécution.

Le cardinal de Richelieu était alors à Nantes avec Louis XIIL Le comte de Chalais, dénoncé par un de ses complices secondaires, fut arrêté, le 8 juillet 1626, jugé par le Parlement de Rennes, condamné sur son propre aveu et exécuté, quoiqu'il eût sollicité sa grâce qui lui fut impitoyablement refusée.

Puis ce fut le tour de Michel de Marillac, qui avait les sceaux et qui se compromit dans l'une des intrigues de cour que Marie de Médicis avait dirigées contre le cardinal de Richelieu. Il fut arrêté en 1630 et mourut dans une prison d'État.

LOUIS XIII . irr

Michel de Marillac avait un frère, Louis de Marillac, maréchal de France, qui se trouva mêlé à cette même intrigue. Il était à l'armée d'Italie lorsqu'il fut également arrêté, puis jugé, condamné et décapité.

Les deux Marillac n'étaient que des favoris de passage. Il y en eut un autre qui fut plus coupable, plus haut placé à la cour de Louis XIII et dont la fin fut toute une sanglante tragédie : c'est le brillant Henri Coiffier de Ruzé, marquis de Cinq-Mars, nommé grand écuyer de France, en 1639, alors qu'il n'avait pas encore vingt ans, et qui eut un sort plus tragique. Le cardinal de Richelieu l'avait placé prés du roi; oublieux et ingrat, il aspirait à remplacer son protecteur et conspira contre lui avec le duc d'Orléans, Louis de Bourbon, second comte de Soissons, de la maison de Condé et Frédéric-Maurice de la Tour d'Auvergne, deuxième duc de Bouillon de cette tamille.

Le comte Louis de Soissons avait déjà payé de sa vie toutes ses rébellions, compliquées d'intelligences criminelles avec l'étranger' surtout avec les Espagnols. En 1641, au combat de la Marfée, quoique victorieux de l'armée royale, il périt d'une mort mystérieuse, restée inexpliquée. Il n'avait pas de postérité.

On se rappelle que le comté de Soissons était entré dans la maison de Bourbon par le mariage de Marie de Luxembourg avec François de Bourbon, comte de Vendôme. Leur fils, Charles de Bourbon, premier duc de Vendôme, en avait hérité. Il le légua à un de ses fils du nom de Jean, qui vécut sans notoriété et mourut sans enfants. C'est alors qu'il passa à Louis de Bourbon, premier prince de Condé, frère de Jean et dernier fils de Charles.

Le premier prince de Condé possédait donc de son chef, comme faisant partie de son patrimoine de famille, le comté de Soissons,

qu'il laissa à son fils Charles et qui entra, à la mort de son petit-fils Louis, dans la maison de Savoie, par le mariage de sa petite-fille, Marie de Bourbon, avec François Thomas de Savoie, prince de Carignan.

On se rappelle également que Henri IV avait provoqué le mariage de Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, avec Charlotte de la Marck, héritière du duché de Bouillon et de la principauté de Sedan; elle ne lui donna pas d'enfant, mais elle l'institua, à sa mort, par testament, héritier de ce duché et de cette principauté.

Ce premier duc de Bouillon, prince de Sedan, épousa en secondes noces Isabelle de Nassau dont il eut deux enfants. L'aîné, Frédéric- Maurice, hérita en 1623, à la mort de son père, de ses deux titres et de son tempérament de conspirateur. Le puîné devint le célèbre maréchal de Turenne.

Le second duc de Bouillon, prince de Sedan, dénoncé par le duc d'Orléans, qui acheta son pardon, en livrant au cardinal de Richelieu Içs noms de ses complices et les preuves de la conspiration, dite de Cinq-Mars, fut arrêté, en 1642, à Casai, à la tête d'un corps d'armée qu'il commandait en Italie. Il racheta sa liberté en cédant à Louis XIII sa ville de Sedan, que son père avait autrefois abandonnée à Henri IV, ainsi que nous l'avons dit, mais qui lui avait ensuite été rendue.

Cette fois la cession de Sedan au domaine de la couronne fut définitive. C'est le cardinal de Mazarin, déjà entré en scène, qui en prit possession, au nom du Roi, par ordre du cardinal de Richelieu.

Le marquis de Cinq-Mars ne s'était pas borné à nouer avec le duc d'Orléans, le comte de Soissons et le duc de Bouillon une simple intrigue de cour, un simple complot d'ambition contre le cardinal de

Richelieu. Après le combat de la Marfée, où l'un de ses trois complices, comme on vient de le voir, avait perdu la vie, il s'était allie secrètement avec la cour d'Espagne, dans la pensée de la délivrer par un assassinat de l'hostilité du cardinal de Richelieu, qui était le plus redoutable ennemi de la maison d'Autriche.

Averti de cette conspiration qui constituait le marquis de Cinq- Mars en état d'intelligence avec l'étranger contre son pays, le cardinal de Richelieu le fit arrêter à Narbonne, avec son ami et complice François-Auguste de Thou. Tous deux furent enfermés à Montpellier, puis conduits à Lyon où ils furent jugés par une commission que présidait le chancelier Séguier, condamnés et exécutés le 12 septembre 1642.

A aucun titre, le marquis de Cinq-Mars n'était intéressant. L'amitié que lui portait Louis XIII était plutôt de la faiblesse, de la bonté, comme le prouve la lettre suivante qu'il écrivit au cardinal de Richelieu pour se plaindre de ce favori qui passait auprès de la célèbre Marion de Lorme, dans les environs de la place Royale, le temps qu'il devait consacrer à son service.

Voici le texte de la lettre qui porte sa signature :

« Je suis bien marri de vous importuner sur les mauvaises humeurs de M. le Grand. A son retour de Ruel, il m'a baillé le paquet que vous lui avez donné. Je l'ai ouvert et l'ai lu. Je lui ai dit : Monsieur le cardinal me mande que vous lui avez témoigné avoir grande envie de me complaire en toutes choses, et cependant vous ne le faites pas sur un chapitre de quoi je l'ai prié de vous parler, qui est sur votre paresse. — Il m'a répondu que vous lui en aviez parlé, mais que, pour ce chapitre-là, il ne pouvait se changer, et qu'il

ne ferait pas mieux que ce qu'il avait fait. — Ce discours m'a fâché. Je lui ai dit qu'un homme de sa condition devait songer à se rendre digne de commander les armées, comme il m'en avait témoigné le" dessein, et que la paresse y était du tout contraire. — • Il m'a répondu brusquement qu'il n'avait jamais eu cette pensée et n'y avait pas prétendu. — Je lui ai répondu que si, et n'ai pas voulu enfoncer ce discours. Vous savez bien ce qui en est. — J'ai repris ensuite le discours sur la paresse, lui disant que ce vice rendait un homme incapable de toutes bonnes choses, et qu'il n'était bon qu'à ceux du Marais où il avait été nourri, qui étaient du tout adonnés à leurs plaisirs, et que, s'il voulait continuer cette vie, il fallait qu'il y retournât. — Il m'a répondu arrogamment qu'il était tout prêt. — Je lui ai répondu : si je n'étais plus sage que vous, je sais bien ce que j'aurais à répondre là-dessus. — Ensuite de cela je lui ai dit que, m'ayant les obligations qu'il m'a, il ne devait pas me parler de la façon. — Il m'a répondu son discours ordinaire, qu'il n'avait que faire de mon bien, qu'il s'en passerait fort, et serait aussi content d'être Cinq-Mars que M. le Grand, et que, pour changer de façon et de vivre, il ne le pouvait. — ^ Et ensuite est venu, toujours me picotant et moi lui, jusque dans la cour du château où je lui ai dit qu'étant en l'humeur où il était, il me ferait plaisir de ne me point voir. — Il m'a témoigné qu'il le ferait volontiers. Je ne l'ai pas vu depuis. Tout ce que dessus a été dit en la présence de Cordes, m

Il y avait alors dix ans que le supplice du duc Henry de Montmorency, qui rappelait le supplice du duc Charles de Biron, avait profondément ému la noblesse et le peuple de France. Voici quel concours d e circonstances avait amené ce terrible et douloureux événement.

Nous avons dit qu'après la double catastrophe qui avait emporté le ménage Concini, impuissante à lutter au Louvre contre l'influence grandissante du duc deLuynes, la reine Marie de Médicis avait quitté la cour et s'était retirée à Blois, en disgrâce et en exil. De 1617 à 163 1, sa vie avait été très agitée et très accidentée.

Pendant cette longue période, fomentant tantôt des intrigues souterraines, tantôt des rebellions ouvertes, parfois reconciliée momentanément avec le Roi, mais fréquemment en guerre ouverte avec le cardinal de Richelieu qui, dans l'intervalle, avait été investi d'un duché-pairie, la reine Marie de Médicis n'avait pas toujours séjourné à Blois, elle avait eu successivement plusieurs autres résidences volontaires ou forcées. Enfin en 163 1, reléguée ou internée à Compiègne, elle quitta la France et alla se réfugier en Flandre.

De'son côté, le duc Gaston d'Orléans, qui avait perdu sa première femme, mademoiselle de Montpensier, qu'il avait épousée en 1626, et dont il n'avait qu'une fille, qui a été la grande Mademoiselle, passait sa vie à conspirer contre le Roi son frère et à se faire pardonner ses révoltes, en acceptant d'humiliantes conditions de soumission. En 163 1, la fantaisie lui prit de se retirer en Lorraine, où il devint très épris de la sœur du duc régnant, en hostilité constante contre la France. Il l'épousa secrètement et alla rejoindre sa mère, en Flandre- Tous deux étaient à Bruxelles, en terre ennemie.

Bruxelles, en effet, était à ce moment M, l'une des villes les plus importantes de ce que l'on appelait les Pays-Bas espagnols, que gouvernait ia veuve de l'archiduc Albert, Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche, dont le père, Philippe II, avait naguère voulu faire une reine de France en la mariant au jeune duc Charles de Guise.

La reine Marie de xMédicis et le duo Gaston d'Orléans, qu'une

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déclaration de Louis XIII, enregistrée par le Parlement de Paris, venait de frapper d'indignité, organisèrent, dans leur refuge de Bruxelles, une invasion armée de la France.

Cette invasion était combinée avec des concours étrangers, ce qui la rendait plus criminelle. Ces concours étrangers, sollicités et promis, paraissent n'avoir pas répondu à l'attente du duc Gaston d'Orléans. Il n'en poursuivit pas moins son plan d'attaque. Il entra en France en armes. Sans rencontrer ni encouragement, ni appui sur sa route, il se rendit en Languedoc, où le duc Henri de Montmorency, conquis à sa cause, d'accord et de complicité avec lui, leva le drapeau de la rébellion. Mais ni la population, ni les villes, ni les campagnes, ni l'armée ne se soulevèrent à leur appel. Ils restèrent isolés, n'ayant pu réunir que de faibles forces.

Enfin l'armée royale et l'armée rebelle se rencontrèrent aux environs de Castelnaudary. Dès le commencement de l'affaire, le cheval du duc Henri de Montmorency jetait à terre, en s'abattant, son cavalier, criblé de blessures. Ce fut la fin de la bataille.

Des gardes du roi s'emparèrent du duc Henri de xMontmorency, qu'ils portèrent à Castelnaudary, où il se trouvait au pouvoir du cardinal de Richelieu. On le conduisit au château de Lectoure, et le Parlement de Toulouse reçut mission de le juger. Le 30 octobre 1632, il était déclaré, d'après ses propres aveux, coupable de crimes de haute trahison et de lèse-majesté, et condamné à avoir la tête tranchée sur un échafaud dressé place de Sahn.

Louis XIII fit au duc Henri de Montmorency la même grâce que Henri IV avait faite au duc Charles de Biron. L'intérieur de l'hôtel 'de ville fut substitué à la place de Salin. C'est donc dans la cour, dite la cour des Capitouls, que le bourreau remplit son lugubre office.

Comme toujours, le duc Gaston d'Orléans, qui ne devait pas tarder à quitter de nouveau la France, acheta son pardon en confessant sa faute avec une humilité plus qu'évangélique. L'histoire dit pourtant qu'il demanda très sincèrement à son frère de taire au moins irrâce de la vie au duc Henri de Montmorencv. Tous les hauts personnages qui se trouvaient à Toulouse sollicitèrent, les larmes aux yeux, de Louis XIII, le pardon de ce chevaleresque et vaillant seigneur, qui excitait d'universelles, d'ardentes sympathies. Il resta inflexible.

Derrière Louis XIII, il y avait naturellement le cardinal de Richelieu. On avait cru qu'il n'oserait pas toucher à la plus puissante famille du royaume. On se trompait. II jugea que plus la tête était haute, plus il était nécessaire, dans l'intérêt de l'État, qu'elle tombât, pour que cet exemple servît d'enseignement.

Ces terribles et sanglantes tragédies étaient commandées, comme la mort du duc de Biron, comme la mort du duc de Montmorency, par l'inflexible, par l'inexorable raison d'État. Il faut se reporter, pour les juger, à l'époque où elles se passèrent. Ce n'est pas seulement la royauté, c'est la France que menaçaient toutes les rébellions armées, toutes les conspirations souterraines, toutes les intrigues de cette époque où, comme le serpent, dont chaque morceau vit encore lorsque le tronc est séparé de la tête, la féodalité s'agitait, sous des prétextes et des noms divers, avec des formes et dans des conditions nouvelles, mais était toujours la féodalité essayant de se reconstituer, souvent même avec l'aide de l'étranger.

Que serait devenue la royauté, que serait devenue la France si une main de fer ne s'était pas appesantie sur ces hauts conspirateurs, qui trouvaient des appuis jusque dans la famille royale, jusque parmi

les princes du sang, d'abord jusque dans Marie de Médicis, ensuite dans Anne d'Autriche ?

Le duc Henri de Montmorency n'était pas un ami particulier, un favori privilégié de Louis XIII, qui n'avait eu qu'à laisser la justice suivre son cours à son égard comme avec tout autre prévenu, accusé de haute trahison et de rébellion à main armée. Né au château de Chantilly, il avait, comme le duc deBiron, noblement débuté dans la vie. Créé maréchal de France, pour la bravoure qu'il avait montrée dans plusieurs affaires, il voulut avoir le titre de connétable qu'avait eu son père, titre qui était devenu vacant, en 1626, par la mort du duc de Lesdiguiéres. Il ne l'obtint pas et c'est cette déception qui fît que, d'accord avec Marie de Médicis , surtout avec le duc d'Orléans, il leva publiquement l'étendard de la révolte dans le Languedoc.

C'était le plus grand seigneur de France dont la tête tombait sous la hache du bourreau. Aveclui mourut toute la haute seigneurie. C'est ce que voulait et devait vouloir le cardinal de Richelieu qui, en fermant son âme à la clémence, réalisait sa pensée de tout soumettre, les puissants comme les humbles, à l'autorité royale.

Le cardinal de Richelieu a lui-même expliqué dans ses mémoires cette pensée d'ordre supérieur. Voici en quels termes :

« Croire que pour être fils ou frère du roi ou prince de son sang, on puisse inopinément troubler le royaume, c'est se tromper. Il est bien plus raisonnable d'assurer le royaume que d'avoir égard à leurs qualités. Les fils, frères et autres parents des rois, sont sujets aux lois comme les autres, principalement quand il est question du crime de lèse majesté. »

La décapitation du duc Henri de Montmorency eut un douloureux

retentissement dans la noblesse, dans le clergé, dans le peuple. Mais elle fut une leçon salutaire pour tous les grands de l'État qui avaient été si longtemps un obstacle à l'établissement de l'ordre et de l'unité dans le rovaume.

En 1632, à l'beure où la tète du duc Henri de Montmorency tombait dans la cour des Capitouls, à Toulouse, sous la hache du bourreau, la situation intérieure s'était améliorée, le personnel des agitateurs s'était modifié, le nombre des rebelles avait diminué, d'anciens adversaires du pouvoir royal étaient devenus de fidèles et dévoués serviteurs du Roi.

Ainsi, dés 1616, la reine Marie de Médicis était allée chercher a La Bastille où ses cheveux avaient blanchi, le comte d'Auvergne pour en taire un chef de corps d'armée dévoué à la couronne et à la Régence.

Depuis, Charles de Valois, d'abord sous cet ancien titre de comte d'Auvergne, ensuite sous celui de duc d'Angoulèmc, avait vaillamment consacré, dans diverses occasions, son épée au service de Louis Xin.

En 1620, le prince de Condé, que le maréchal de Thérhines avait conduit du Louvre à la Bastille avec une escorte de cinq cents chevaux, qui avait ensuite été transféré, sur sa demande, au tort de Vincennes, sortait de sa prison où le duc de Luynes allait le chercher, également avec une escorte de cinq cents chevaux, afin de l'amener au château de Chantilly, où l'attendait le Roi pour lui pardonner.

La réconciliation fut complète, sincère et durable. Sans jeter un grand éclat sur un nom que son fils aîné devait immortaliser, le troisième prince de Condé fut l'un des plus fermes appuis de la politique royale. Il devint même l'ami du cardinal de Richelieu, dont la

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nièce, Claire-Clémence de Maillé-Brézé, devait un jour entrer dans sa fiimille.

Enfin, Charles de Gonzague, fréquemment mêlé, comme duc de Nevers, aux troubles qui avaient précédé, accompagné et suivi les traités de Sainte-Menehould et de Loudun, était alors le protégé de la France. Lorsqu'il devint, par des morts successives, l'héritier du duché de Mantoue, vieux fief de l'Empire, les armes de Louis XIII, après quatre années d'une résistance opiniâtre, contraignirent l'empereur régnant à lui donner l'investiture de ce duché. Ce n'était plus un agitateur du royaume, c'était un allié du roi.

A cette même date de 1632, un an après l'apparition de la Gaieite de France, le premier journal qui ait paru en France, Armand-Jean du Plessis était arrivé, non pas brusquement, comme on pourrait le croire, mais progressivement, d'échelon en échelon, au plus haut sommet de la puissance ministérielle.

La reine Marie de Mèdicis, dont il était alors l'aumônier, avait fait entrer, en 161 6, l'évêque de Luçon dans l'administration du royaume, comme secrétaire d'État pour la guerre et l'intérieur. En 1622, elle lui avait fait obtenir le chapeau de cardinal. En 1624, elle décida Louis XIII à l'admettre dans le ministère où il ne tarda pas à conquérir par son patriotisme et son génie la première place. Mais ce fut Louis XIII qui eut, en 163 1, l'idée d'ériger la terre de Richelieu en duché pairie.

On voit qu'avant de devenir son irréconciliable, son intransigeante ennemie, la reine Marie de Mèdicis avait été sa protectrice. Du reste, il avait parfois travaillé avec succès à la réconcilier avec Louis XIII, et plus tard, le fils avait tenté, mais vainement, surtout à Compiégne, de mettre d'accord sa mère et son ministre.

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La lutte du cardinal de Richelieu contre l'intlucnce néfaste que la reine Marie de Médicis pouvait exercer sur l'esprit de Louis XIII ne provenait nullement d'un motif d'animosité personnelle. Il ne la combattit, après lui avoir été attaché, que parce qu'elle avait une politique autrichienne absolument contraire à sa politique française.

Il y eut cependant une heure où Marie de Médicis, alors en réconciliation avec Louis XIII et en mésintelligence avec le cardinal de Richelieu, ministre absolu sur le terrain ministériel enfin balayé de toutes les compétitions et de toutes les influences parasites qui l'avaient longtemps obstrué, crut ressaisir son entier empire. Ce tut du 9 au 1 1 novembre 1650.

L'ancienne Régente avait reçu, le 9, à titre de Reine-mère, devant Louis XIII, une visite courtoise du cardinal de Richelieu, -qu'elle avait accablé d'injures. Le lendemain 10, elle fit signer à son fils une dépêche qui était en contradiction avec les volontés, en opposition avec les idées du premier ministre. Celui-ci était sérieusement inquiet. On annonçait sa chute.

Les antichambres du palais du Luxembourg, alors résidence de la Reine mère, étaient encombrées de courtisans.

La reine Anne d'Autriche, elle-même, entrait dans les vues et les espérances de Marie de Médicis. Louis XIII, pour leur échapper, s'était rendu à son pavillon de chasse de Versailles, qui est encore debout et qui est attenant au palais de Louis XIV. C'est là que le 11 le cardinal de Richelieu, qu'on croyait parti pour le Havre, alla retrouver, dans la soirée, son souverain dont il reconquit facilement toute la confiance.

Le lendemain de cette journée qu'on appelle dans l'histoire la journée des Dupes, Marie de Médicis au palais du Luxembourg et

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Anne d'Autriche au palais du Louvre apprirent avec stupétactionque le cardinal de Richelieu était plus maître qu'il ne l'avait encore été de la direction supérieure des affaires de l'État. Toute la cour dut plier sous son influence. Mais aussi tous, grands et petits, durent plier sous l'autorité du roi. Ce but, il ne cessa de le poursuivre et c'est pour l'atteindre qu'il lui fallut, à diverses reprises, frapper les têtes les plus hautes.

Une question de politique intérieure, greffée sur une question de guerre religieuse, venait d'être terminée par la prise de la Rochelle dont le cardinal de Richelieu avait lui-même dirigé le siège, et qui avait été forcée de se rendre après quatorze mois d'une résistance désespérée.

La Rochelle était la véritable place de guerre des protestants. C'était comme la capitale officielle et fortifiée de leur gouvernement ou de leur parti. C'était leur droit, c'était leur devoir d'exiger des sûretés, des garanties pour le libre exercice de leur culte et de maintenir la liberté de eonscience dans toute sa plénitude. Mais ils avaient conservé des anciennes guerres civiles, semi-politiques, semi-religieuses, du temps des derniers Valois, qui s'étaient prolongées sous le régne de Henri IV, une attitude militante, inadmissible sous Louis XIIL

Le cardinal de Richelieu ne songeait nullement à opprimer les protestants dans leur foi religieuse. Mais il n'admettait pas qu'ils restassent organisés comme un état dans l'État, il n'admettait pas qu'ils continuassent à être un parti politique, s'alliant contre l'autorité royale, avec les princes du sang et les grands du royaume, qui, sous prétexte de religion, se servaient d'eux dans leur rébellion, et s'en faisaient des instruments d'ambition, en ayant l'air de les aider, de les seconder.

LOUIS xni 183

Le siège de la Rochelle avait donc été le dénouement forcé d'allées et de venues des protestants, des démarches qu'ils avaient faites, des mouvements qu'ils s'étaient donnés, des réunions qu'ils avaient tenues, en un mot, de leurs agitations souvent combinées d'abord avec celles du prince de Condé, puis avec celles du duc d'Orléans, et des autres puissants personnages de la cour et du royaume, que l'on voyait constamment mêlés à toutes les résistances du temps contre l'autorité royale, la seule légitime, la seule qui fût la protectrice intelligente des progrès, la base solide de la stabilité, la source enfin durable de la prospérité intérieure et de la grandeur extérieure de la France. ■ Les défenseurs protestants de la Rochelle, qui avaient refusé à Louis XIII l'entrée de la ville, avaient aggravé leurs torts en réclamant l'appui du roi d'Angleterre, Charles I'-''', marié à la princesse Henriette de Bourbon, sœur du roi de France, la troisième fille de Henri IV et de Marie de Médicis.

C'est Jacques F''' qui avait demandé pour son fils Charles, alors prince de Galles, la main de la princesse Henriette de Bourbon.

Le cardinal de Richelieu en négociant, dés 1624, ce mariage, accompli en 1625, avait stipulé expressément que la princesse Henriette de Bourbon serait entièrement libre de pratiquer le culte catholique à la cour que Henri VIII avait convertie au protestantisme. Il avait eu également une pensée politique, celle de resserrer des liens d'amitié alors un peu relâchés entre les deux cours de France et d'Angleterre. Cet espoir fut déçu.

Charles F'' accorda aux protestants de la Rochelle l'appui qu'ils lui avaient demandé, et il le leur accorda sur le conseil du duc de Buckingham qui avait eu pourtant la mission de conduire la princesse Henriette de Bourbon à Londres et qui maintenant amenait une

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flotte de secours à ces rebelles entêtés pour les soutenir contre Louis XIII, leur roi et frère de sa souveraine. Il échoua d'ailleurs dans cette expédition qui ne dépassa pas l'île de Rhé, et qui ne précéda que de quelques mois sa fin tragique.

Après un siège de quatorze mois, la ville révoltée de la Rochelle, obligée de se rendre, réclama l'indulgence de Louis XIII dans une requête conçue dans les termes suivants :

« Les habitants de La Rochelle reconnaissant l'extrême faute qu'ils avaient commise, non seulement en résistant aux justes volontés du Roi et en refusant de lui ouvrir leur ville, mais encore en adhérant aux étrangers qui avaient pris les armes contre l'État, le suppliant avec toute humilité de leur pardonner ce crime et de recevoir pour satisfaction, l'obéissance présente qu'ils désiraient lui rendre, lui ouvrant les portes de leur ville qu'ils remettraient dés à présent entre ses mains, pour en disposer ainsi qu'il lui plairait et leur prescrire telle façon de vivre, qu'il jugerait à propos pour l'avenir, sans autres conditions que celles qu'ils espéraient de sa bonté. »

Cette requête des Rochelois fut accueillie avec les clauses suivantes :

« Ayant égard à leurrepentance, le Roi leur promettait le pardon de leur faute et l'exercice de leur religion dans l'intérieur de leur ville; la restitution de tous leurs biens saisis et confisqués, sauf les fruits perçus sans fraude; même grâce pour les gens de guerre, sujets du royaume mais étrangers à la ville, qui s'y trouvaient renfermés, lesquels en sortiraient, savoir les officiers et gentilshommes l'épée au côté, et les

soldats un bâton hlanc à la main ; amnistie pour toutes hostilités et négociations, sous la réserve des cas exécrables exceptés par les édits, aussi bien que pour toutes fontes de canon, fabrication de monnaies, saisies de deniers, levée de contributions et contraintes; décharge de tous jugements rendus contre eux à l'occasion de leur rébellion, comme de tous recours à raison de ceux qu'ils auraient obtenus de leurs juridictions. »

Louis Xni fit une entrée solennelle dans la ville de La Rochelle au milieu des démonstrations de joie de la population, qui avait plutôt l'air d'être délivrée que conquise. Le maire, qui se nommait Guitton, reçut du cardinal de Richelieu, l'autorisation de se retirer à Londres auprès du roi d'Angleterre. Il lui fit, d'après une chronique du temps, cette belle réponse : k J'aime mieux être sujet du roi, qui a pris La Rochelle, que de celui qui n'a pas su la sauver. »

La prise de La Rochelle n'abattit pas tout à fait le parti protestant, comme parti politique. Le duc de Rohan persista dans son attitude militante. Il y eut des soulèvements, des rebellions dans quelques contrées du Midi où un édit avait ordonné de démanteler toutes les fortifications des places de guerre inutiles à la sécurité intérieure du royaume.

La ville de Montauban se soumit la dernière à cet édit; elle dut cédera la force. Elle fut occupée militaiiement par l'armée royale, et le cardinal de Richelieu, qui n'y séjourna que quelques heures, fit commencer sous ses yeux son démantèlement.

C'était la fin du parti de la Réforme. Il ne lui restait même plus une ombre de puissance. Son chef, le duc de Rohan, découragé, alla guerroyer en Italie, où vivait déjà, depuis 1622, dans la retraite et

i86 LES BOURBONS DE FRANCE

l'oubli, le duc Charles de Guise, sorti des agitations de la politique et qui devait mourir en 1640, hors de France, volontairement expatrié.

Louis XIII était ici complètement d'accord, de sentiment et de volonté, avec le cardinal de Richelieu. Il voulait aussi ardemment que son ministre la fin du parti politique dit de la Réforme. Il l'avait prouvé, dés 1620, dans le Béarn où, de son propre mouvemeut et de sa seule initiative, il avait entièrement rétabli, par son énergie, l'exercice du culte catholique et remis le clergé de cette province en possession des églises que Jeanne d'Albret lui avait enlevées et des biens ecclésiastiques ainsi que des situations officielles dont elle l'avait dépouillé.

Louis XIII fut obligé d'employer la force des armes pour contraindre les États du Béarn à laisser se reconstituer l'ancien ordre de choses. Il dut même entrer dans la ville de Pau en vainqueur autant qu'en souverain.

C'est dans cette ville que le fils de Henri IV, que le père de Louis XIV déclara le Béarn définitivement réuni à la couronne de France. Aussi, bien que cette déclaration ne fût plus, en réalité, qu'une formalité qui comprenait aussi la Navarre, elle eut du moins ce caractère d'être la consécration d'une victoire du catholicisme dont le mérite revenait tout entier au Roi.

Entre la prise de la Rochelle et la reddition de Montauban, Louis XIII avait fait dans la Haute Italie une heureuse et rapide expédition militaire, dans laquelle il avait réussi à régler un différend survenu entre le nouveau duc de Mantoue, Charles de Gonzague, et le duc de Savoie, Charles Emmanuel I^"", dont le fils, son hèrhier présomptif, avait épousé, on le sait, la princesse Christine de Bourbon.

La branche directe de la maison de Gonzague setant éteinte, la possession de son duché de Mantoue, qui comprenait tout le Montferrat, dont relevait la ville de Casai, était l'objet d'un litige entre les deux branches collatérales, celle de Guastalla et celle de Nevers.

On sait déjà que la branche de Nevers était la protégée de la France, peut-être parce que la branche de Guastalla était la protégée de l'Allemagne.

Le duc de Savoie était intervenu dans cette querelle dans un but d'ambition personnelle. 11 s'était allié à l'Espagne, contre Charles de Gonzague et prétendait que le Montferrat lui revenait du chet de sa femme.

L'honneur et l'intérêt de la France, qui voulait avoir une porte ouverte sur l'Italie, étaient intéressés dans la question. C'est ce qui explique cette expédition militaire de Louis XIII , dont les deux traités de Suze, l'un avec le duc de Savoie, l'autre avec le roi d'Angleterre, avaient été le couronnement.

Le traité signé à Suze, le 24 avril 1629, avec le roi d'Angleterre, après d'habiles et secrètes négociations du cardinal de Richelieu, était un traité de paix et de réconciliation entre Louis XIII et Charles I".

Arrêté en 1626 pour crime de rébellion, forcé d'abandonner son gouvernement de Bretagne, remis en liberté vers 1630, le duc de Vendôme s'était établi en Hollande où il cessait d'être dangereux.

La véritable instigatrice de la conspiration du comte de Chalais, l'ancienne duchesse de Luynes, devenue la duchesse de Chevreuse, et par conséquent alliée par son second mari à la famille des Guise, était à Londres où elle continuait de loin ses intrigues, mais où elle n'était plus redoutable.

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On vient de voir que le duc de Rohan avait renoncé à la lutte, moitié politique, moitié religieuse, qu'il avait longtemps soutenue, comme chef du parti protestant. Il était à Venise, en accord plus qu'en desaccord avec le cardinal de Richelieu ; son frère, le duc de Soubise, avait cherché à Londres un asile où il pouvait conserver son indépendance, mais où il était sans force et sans autorité.

Pendant quelques années, le duc d'Orléans, le comte de Soissons et le duc de Bouillon restèrent les seuls artisans actifs et élevés, mais impuissants, de trouble et d'agitation qui pouvaient encore se jeter, quoique sans succès, à travers la marche vigoureuse et patriotique du gouvernement de Louis XIIL

Le cardinal de Richelieu, surtout après la fameuse journée des Dupes, était donc devenu tout à fait libre d'action, d'esprit et de mouvement dans le domaine élevé des questions extérieures.

Ici la scène change. Ce ne sont plus de stériles menées intérieures, sans grandeur, ce sont des négociations diplomatiques et des opérations militaires qui ont pour but de placer à la tête de l'Europe chrétienne la dynastie des Bourbons, en faisant descendre, de ce faîte, la maison d'Autriche. C'est un magnifique tableau à peindre à grands traits, tableau qui a pour encadrement l'extension du domaine de la couronne, le relèvement des arts, des sciences et des lettres, et l'embellissement de Paris. C'est, du reste, dans le cours de cette nouvelle période du régne de Louis XIII, qu'après plus de vingt ans de stérilité, Anne d'Autriche le rendit deux fois père, en 1638, de celui qui fut Louis XIV, en 1640, de celui qui fut la tige de la branche d'Orléans.

Cette double naissance, c'était la couronne de France assurée pour un long avenir à la descendance masculine de Henri IV et la ruine

LOUIS XUI 1S9

des secrètes espérances du duc Gaston d'Orléans, qui aurait hérité de cette couronne, si Louis XIII n'avait pas eu de fils.

Du reste, ce prince turbulent, marié deux fois, comme on l'a vu^ ne devait laisser de ces deux unions que des filles.

Si nous voulions suivre pas à pas la vie du duc Gaston d'Orléans, nous remplirions cent pages sans intérêt des agitations sans but et sans résultat, qui furent son occupation favorite, aliment nécessaire sans doute d'un esprit inquiet et mobile.

Le début sérieux du cardinal de Richelieu dans le domaine des questions extérieures a été le règlement de celle de la Valteline, qui durait depuis plusieurs années sans solution. C'est une vallée de l'Italie, située aux environs du lac du Côme, qui séparait les possessions espagnoles du Milanais, des positions espagnoles du Tyrol. La cour de Madrid, n'osant s'en emparer, en avait confié la garde au Pape, sous prétexte d'en soustraire les habitants, qui étaient catholiques, au joug des Grisons qui étaient protestants et dont ils dépendaient.

Plus tard des forteresses occupées par des garnisons espagnoles avaient été élevées dans la Valteline.

Le cardinal de Richelieu y envoya le marquis de Cœuvres, qui s'en empara, fit raser ces forteresses et rendit la Valteline aux Grisons, peuplade du massif des Alpes helvétiques.

Anne d'Autriche était intervenue personnellement dans l'affaire de la Valteline. Le 11 février 1625, elle avait écrit la lettre autographe qui suit, en espagnol au premier ministre de Philippe IV son frère, don Gaspar de Guzman, comte d'Olivarés, duc de San Lucar de Barrameda. Cette lettre autographe lui était inspirée par le désir qu'elle avait de maintenir des relations amicales entre les cours de France et d'Espagne, qui étaient à la veille d'une rupture.

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Voici maintenant la traduction en Irançais de cette lettre :

« Comte, j'ai tardé de répondre à votre lettre pour pouvoir vous dire avec certitude quelque chose au sujet de ce que vous me dites des déplaisirs que vous causent les désaccords qui paraissent prendre consistance entre les deux couronnes. A ce sujet, je puis vous assurer que le Roi ne projette rien autre chose que ce à quoi il est forcé et obligé pour le maintien de sa réputation.

« En cette considération faites ce qui vous paraîtra possible et puisque l'affaire de la Valteline est la principale pierre d'achoppement et de scandale, je puis vous assurer que si de ce côté il se présente quelque aventure et par ainsi que je vous prie aussi affectueusement

que possible, vous employez les moyens de douceur et de modération pour conserver l'amitié et bons rapports réciproques nécessaires aux deux États, vous trouverez toujours l'esprit du Roi et de ses ministres dans les mêmes bonnes dispositions, et d'où résulteront, je vous le promets, des effets avantageux pour le bien commun de la chrétienté, la satisfaction des deux rois, le repos et la quiétude de leurs sujets.

« Il m'est en outre impossible de vous cacher que l'on se plaint ici que les courtoisies et respects qui ont exercé ici votre patience n'ont servi qu'à donner ou entretenir l'occasion d'insinuer de nouveaux bruits dont l'exagération a forcé le Roi à prendre les résolutions qu'il a. jugées nécessaires au bien de ses affaires, et il paraît que le Roi mon frère ainsi que ses ministres ont fait preuve de peu de mémoire ou de bonne volonté pour conserver entre les deux rois l'amitié et les bons rapports que le Roi mon père, que Dieu garde, par son testament et sa dernière volonté, avait, pour de justes considérations, étroitement recommandé de conserver. Tel est aussi mon désir et j'espère que par votre moyen et grâce à votre zèle, toutes choses s'arrangeront à l'entière satisfaction du Roi et de mon frère. Vous direz à Sa Majesté tout ce que je vous dis. Tâchez de connaître sa volonté à ce sujet pour accomplir ce que je disais tout à l'heure de la Valteline.

» Dieu vous garde comme je le désire.

« A Paris, ce 11 de février 1625. »

Dans le cours de sa brillante campagne dans la haute Italie, Louis XIII avait séjourné six semaines à Suze, ville importante alors par sa position géographique, parce qu'elle est située au débouché des

routes du mont Cenis et du mont Genévre. Là, on l'a vu plus haut, il ne se borna pas à signer avec le duc de Savoie un traité que cet allié de vocation de la cour d'Espagne ne devait pas tarder à rompre. Il en conclut un plus important avec l'Angleterre, que d'autres États, ennemis de la maison d'Autriche, s'efforçaient de réconcilier avec la France dont elle s'était récemment séparée.

C'était le commencement de la résurrection du grand dessein de Henri IV^ trop longtemps abandonné. Le cardinal de Richelieu avait indiqué récemment à Louis XIII le programme analogue de sa politique extérieure. Arrêter les progrés de l'Espagne, s'ouvrir des portes pour entrer dans les Etats voisins; fermer ses frontières; se rendre puissant sur mer; s'étendre, s'il était possible, jusqu'à Strasbourg, pour avoir pied dans l'Allemagne: faire une citadelle à Versoy ou Versoix, sur le lac Léman ou lac de Genève ; tâcher d'acquérir Neufchàtel pour tenir la Suisse sous la main; enfin s'assurer une ouverture en Italie par le marquisat de Saluces, cédé au duc de Savoie par Henri IV, à titre d'échange et de compensation : tel était ce programme, oeuvre d'une haute intelligence et d'un cœur patriotique, conception d'un véritable homme d'Etat.

En 163 1, le cadre des événements extérieurs allait, en se déplaçant, s'élargir et s'étendre. Mais auparavant une seconde et nouvelle expédition allait appeler les armes de Louis XIII dans la haute Itahe qu'on dirait née pour être un éternel champ de bataille entre la ' France et l'Espagne.

L'empereur d'Allemagne avait fait envahir le pays des Grisons. Le roi d'Espagne avait fait envahir le duché de Mantoue. Le duc de Savoie, violant le traité de Suze, était aussi entré dans le Montferrat.

Le 9 décembre 1629, le cardinal de Richelieu alla se mettre en

personne à la tête d'une armée de quarante mille hommes, ayant sous ses ordres trois maréchaux de France, Schomberg, la Force et Créquy. C'était un vrai généralissime. Il avait reçu de Louis XIII la qualiikation de lieutenant-général représentant la personne du Roi, •pour tous les faits de la guerre, avec pleins pouvoirs pour traiter de paix, de trêve ou d'alliance avec tous rois, princes ou républiques.

Cette expédition militaire lut de longue durée, elle fut même traversée par une grave inquiétude sur la santé de Louis XIII qui tomba sérieusement malade à Lyon où il s'était rendu, à diverses reprises, pendant des entractes du drame qui continuait à se jouer sur le théâtre de la guerre.

Cette inquiétude fut heureusement et promptement dissipée. Après quelques jours de souffrance, de la lin de septembre au commencement d'octobre 1630, Louis XIII quitta Lyon, et rentra dans Paris, où le succès de ses armes couronna heureusement une entreprise qui blessait en même temps dans leur intérêt et dans leur orgueil l'empereur d'Allemagne et le roi d'Espagne.

Des traités solennels, préparés à la diète de Ratisbonne, modifiés en Italie, furent conclus qui comprenaient la France, l'empereur d'Allemagne, à raison de ses droits d'investiture du duché de Mantoue, le roi d'Espagne et le duc de Savoie. Un incident curieux des néo-ociations qui les précédèrent, c'est que les premières propositions d'arrangement que firent les généraux ennemis et alliés furent apportés au cardinal de Richelieu par son tutur successeur et continuateur dans le poste de ministre dirigeant, par Jules Mazarin, alors Giulio Mazarini, qui était attaché à la cour de Rome.

Ces traités furent exécutés à leur jour et à leur heure. Charles de Gonzague fut remis, comme nous l'avons dit, en pleine possession de

ses États dont il avait dû s'éloigner. La ville de Casai que les Espagnols avaient occupée, lui rouvrit ses portes, et Victor-Amédée L"' qui, de prince de Piémont, était devenu duc de Savoie, par la mort de son père, Charles-Emmanuel P'', survenue dans l'intervalle, laissa aux mains de la France la place de Pignerol que le cardinal de' Richelieu avait exigée à titre de garantie.

La maladie de Louis XIII l'avait empêché d'aller combattre dans le Piémont. Mais il avait vaillamment guerroyé dans la Savoie.

C'est immédiatement après le retour du cardinal de Richelieu à Paris que survint la journée des Dupes, dont il a été parlé plus haut et qui précéda et amena l'épisode des deux Marillac. Il y eut encore, on le sait, après cette journée, qui tourna à la confusion des ennemis de ce grand ministre, bien des intrigues de cour et des complots d'assassinat, contre son pouvoir, contre sa vie, et aussi bien des rébellions contre les droits de la royauté, bien des conspirations contre la sûreté de l'Etat, enfin bien des crimes de haute trahison. On connaît déjà les noms des principaux personnages qui y furent mêlés.

Il n'y a pas à revenir sur tous ces faits dont nous avons groupé le tableau, uniformes dans le but et dans le dénouem.ent et dont le récit détaillé serait aussi fastidieux que monotone. Il n'y a à retracer dans leur ensemble que les actes de politique extérieure, diplomatiques ou militaires, qui allaient terminer la glorieuse carrière ministérielle du cardinal de Richelieu.

Ces actes et ces négociations allaient sortir de l'étroite limite où le cardinal de Richelieu avait dû jusqu'ici se renfermer par prudence. L'empereur d'Allemagne, Ferdinand II, petit-fils du frère de Charles- Quint, était arrivé à l'apogée de sa fortune. Son joug pesait lour-

dément sur les catholiques aussi bien que sur les protestants. Tous ses adversaires avaient dû céder à la puissance de ses armes. Un seul était debout, le roi de Suède, Gustave- Adolphe, dont voici le portrait peint par la plume du cardinal de Richelieu au moment où il entrait en scène.

Nous citons :

a Ce prince est un nouveau soleil levant qui, ayant eu guerre avec tous ses voisins, avait emporté sur eux plusieurs provinces; il est jeune, mais de peu de réputation; il s'est accru de plusieurs conquêtes foites sur les Moscovites, les Polonais et les Danois, et se montre déjà offensé contre l'empereur, non pour injures réelles qu'il ait reçues de lui, que parce que les États de la maison d'Autriche, mieux que les siens, lui offraient de quoi se contenter. »

Le cardinal de Richelieu savait que la France n'était pas encore en état de lutter contre la maison d'Autriche avec de grands généraux et de fortes armées comme Louis XIV put le faire, sous son glorieux, grand et long règne ; aussi eut-il l'habileté de commencer ce grand duel, qui allait remplir l'Europe de bruit et de mouvement, pendant un demi-siècle, par de secrètes négociations dont le but était de grouper clandestinement d'abord, ouvertement ensuite, un solide faisceau d'alliances.

Le Danemarck, que sa situation devait rendre prudent, puisqu'il avait été vaincu dans une guerre prématurée contre l'empereur d'Allemagne, ne pouvait être un allié utile. L'Angleterre, que des troubles intérieurs condamnaient à l'impuissance, ne pouvait pas davantage offrir à la France un concours efficace.

Ce tut la Suéde que le cardinal de Richelieu fît réconcilier avec la Pologne par de secrètes intîuenccs diplomatiques, afin de lui rendre

sa complète liberté d'action, contre l'empereur d'Allemagne, qui fut le premier point d'appui delà dynastie des Bourbons contre la maison d'Autriche.

Le svstèmc du cardinal de Richelieu consistait surtout alors à susciter à la maison d'Autriche , en Italie , dans ses possessions allemandes, sur le Rhin, des ennemis acharnés et puissants, et à entretenir une .situation belliqueuse entre tous les acteurs de ce que l'on appelle la guerre de Trente ans, longue guerre qui ne devait se terminer qu'en 1648, après la mort du cardinal de Richelieu et de Louis XIII, par le célèbre traité de Westphalie, qu'ils avaient, pour ainsi dire, préparé en commun et qui devait se faire au grand avantage de la France et à la gloire de la dynastie des Bourbons.

Cette œuvre d'une si haute portée ne pouvait être l'œuvre d'un jour, et la guerre de Trente ans, par sa durée même, devait être entremêlée de revers et de succès alternatifs pour la maison d'Autriche et pour le royaume de France. Cette guerre qui a rempli l'Europe du bruit des armes pendant une période historiquement remarquable, devait être également incidentée de faits importants plus personnels que généraux.

Ainsi Gustave-Adolphe avait été tué, en 163 1, sur le champ de bataille de Lutzen, où il avait pour adversaire le plus illustre des généraux de l'armée impériale, Albert Wenceslas, comte de Wallenstein, duc de Mecklembourg, de Friedland et de Sagan.

Cependant l'armée suédoise resta maîtresse du champ de bataille de Lutzen et Wallenstein fut obligé de battre en retraite, échec qui précéda seulement de deux années sa disgrâce, couronnée par un assassinat, que l'empereur d'x\llemagne avait autorisé.

La mort glorieuse du roi de Suède et la lin tragique du comte de

Wallenstein n'arrêtèrent pns les hostilités. La guerre de Trente ans était loin d'être terminée par ces deux graves événements.

La Suéde continua sa lutte contre la maison d'Autriche. Elle devint le centre d'une coalition armée, qui eut bientôt l'argent avoué de la France, coalition à laquelle accédèrent à leur tour, dans une assemblée qu'ils tinrent à Heilbronn, la grande majorité des princes et des États des anciens quatre grands cercles impériaux, devenus, d'après une division datant du commencement du xvi^ siècle, les dix principaux cercles de l'Allemagne.

Un ambassadeur de France parla dans cette assemblée au nom de Louis XIII. C'était la preuve incontestable de la force qu'avait acquise, du prestige 'qu'avait conquis en Europe, dés cette époque, la dvnastie des Bourbons.

Enfin, on pouvait compter dans les rangs de la coalition hostile à la maison d'Autriche, toujours de cœur, souvent d'action, la Hollande dont les États généraux avaient, le 12 août 1632, appelé la nation entière aux armes.

Le nom de Hollande était le nom définitif des sept Provinces- Unies, constituées en confédération d'États depuis 1579, sous le gouvernement d'un stathouder, sorte de président de république fédérative , qui était alors Frédéric Henri de Nassau , prince d'Orange , aieul du futur roi d'Angleterre, Guillaume III.

La Hollande n'avait que l'ombre de l'indépendance, puisqu'elle était encore sous la domination de la branche espagnole de la maison d'Autriche. Elle en voulait la réalité. Elle ne devait l'obtenir qu'en 1648, par la protection de la France dont elle était, dans cette situation expectante, l'alliée naturelle et permanente.

Louis XIII n'était pas, dans toute l'acception du terme, ce que l'on

appelle un foudre de guerre, mais il était d'une bravoure qui en faisait le digne iils de Henri IV. On avait déjà vu son calme, sa franche résolution, son intrépidité au siège de la Rochelle, dans l'expédition de Suze et en Savoie. Il donna de son courage de nouvelles preuves dans deux graves circonstances.

La France avait d'interminables démêlés avec le duc Charles de Lorraine, d'un caractère assez semblable à celui de son beau-père, le duc Gaston d'Orléans. Comme lui il ne se révoltait que pour se soumettre, et il ne se soumettait que pour se révolter. Las de ses tergiversations, Louis XIII fit personnellement diverses expéditions dans ses États et après des essais de reconciliation qui n'avaient amené que de nouveaux actes d'hostilité, il se décida à occuper Nancy avec les deux duchés de Bar et de Loriaine.

Les deux duchés de Bar et de Lorraine ne devaient être définitivement réunis au domaine de la couronne que sous Louis XV par son mariage avec Marie Leckzinska, qui en était héritière à cette époque.

Sous le règne de Louis XIII, il y avait des ducs de Bar et de Lorraine qui relevaient du roi de France pour le duché de Bar, et de l'empereur d'Allemagne pour la f.orraine, et qui descendaient des anciens ducs d'Alsace.

La France devait conserver les duchés de Bar et de Lorraine avec Nancy capitale des États du duc Charles de Lorraine, que Louis XIII avait occupés, jusqu'au traité de paix de Ryswick, qui les rendit momentanément aux descendants des anciens ducs d'Alsace.

Nous avons déjà dit que dans toute guerre de longue durée, il y a des alternatives de revers et de succès. Dans celle que la France soutenait contre la maison d'Autriche, elle eut le déplaisir d'éprouver

une défaite sur son propre territoire. Des troupes espagnoles pénétrèrent en Picardie et s'emparèrent de la place de Corbie.

La prise de Corbie surprit Paris, alarma le gouvernement, répandit l'inquiétude dans tous les cœurs, excepté dans celui de Louis XIII, qui chassa presque immédiatement les troupes espagnoles de cette place de guerre où ils avaient pénétré par la négligence de son commandant.

Louis XIII eut également, vers la fin de son régne, une vaillante, une fière attitude au siège de Perpignan où l'on vit bien que le sang de Henri IV coulait dans ses veines, siège qui devait donner pour toujours le Roussillon à la France et qui fut l'un des plus brillants et des plus heureux épisodes de la grande épopée militaire de l'époque , épopée dont le dénouement était encore éloigné , que le cardinal de Richelieu ne devait pas voir, que Louis XIII ne devait qu'entrevoir, mais que tous deux ont beaucoup aidé à amener, le premier par sa haute intelligence, le second par sa valeur personnelle.

La lutte était heureusement conduite, habilement engagée, sur plusieurs points, contre la maison d'Autriche, par le cardinal de Richelieu; la situation intérieure et extérieure de la France était florissante. C'était l'opinion générale.

L'heure était favorable pour retracer le tableau de cette situation à une haute assemblée. Le Parlement de Paris fut convoqué en séance royale. Le roi vint y tenir son lit de justice, le i8 janvier 1634. Il avait quitté pour se rendre à Paris le chcâteau de Saint-Germain, devenu sa demeure habituelle et favorite.

Le cardinal de Richelieu montra les factions dissipées, l'État affermi contre l'étranger, les alliés protégés et secourus, les Alpes

traversées, Pignerol conquis, Nancy occupé. Ce tableau incomplet était exact, il était vrai.

Pendant cette réunion du Parlement de Paris, dont Louis XIII restreignit bientôt les attributions politiques, le mariage clandestin du duc Gaston d'Orléans avec la princesse Marguerite de Lorraine fut déclaré nul, sur l'injonction de Louis XIII.

Cette déclaration, qui resta sans effet et sur laquelle Louis XIII revint plus tard, alla trouver le duc Gaston d'Orléans à Bruxelles, où il s'était retiré, avait alors un motit que la naissanee de Louis XIV, en 1638, fit bientôt disparaître.

En 1634, le duc Gaston d'Orléans était l'héritier présomptif de la couronne. Son mariage avec la sœur d'un ennemi de la France avait de graves inconvénients. En 1638, cette question perdit beaucoup de son importance.

Des faits moins heureux ou d'un tout autre ordre d'idées ou simplement curieux appartiennent à cette longue période. En même temps queLaffemas, d'Argenson, Machault, parcouraient les provinces surtout pour veiller à la démolition des forteresses condamnées à être rasées, on instruisait à Loudun le procès du célèbre Urbain Grandier. On l'instruisait sous le contrôle de Laubardemont, conseiller d'Etat et intendant de justice, dont l'histoire a gardé le nom.

Urbain Grandier fut accusé du crime de magie, maléfice et possession, condamné au bûcher le iS août 1633. La sentence fut exécutée le jour même. Il est à supposer que ce crime imaginaire cachait un fait coupable qui ne devait pas être révélé.

En 1634, Axel Oxenstierna, le Richelieu de la Suéde, vint à Paris pour y fortifier l'alliance de son pavs avec la France contre la maison d'Autriche. Le savant Hugues ou Hugo de Groot (Grotius)

l'accompagna dans ce voyage, et lui servit d'interprète dans une entrevue qu'il eut avec Louis XllI même.

Enfin, le personnage que l'on appelle encore le Père Joseph mourut le i6 décembre 1638, dans la maison que le cardinal de Richelieu, dont il fut l'ami et le confident, possédait à Rueil, dans les environs de Saint-Germain. 11 joua un rôle très actif dans les affaires de l'État, et il le joua sans caractère officiel, en agent secret, plutôt qu'en agent avoué.

C'était du moins un collaborateur très intelligent, très dévoué et très utile que perdait le cardinal de Richelieu qui ne devait pas longtemps lui survivre. De son vrai nom de famille, il s'appelait François Leclerc du Tremblay, et descendait d'une ancienne famille. C'est son humble costume de religieux qui le fit surnommer le Père Joseph.

Un fait considérable d'une haute portée pour le gouvernement intérieur de la France, qui eut une action directe sur le régne de Louis XIV, en lui aplanissant les chemins où il devait marcher en maître, c'est la déclaration royale de 1641 qui fixait l'autorité du parlement de Paris. En voici le préambule :

« Il n'y a rien, disait-elle, qui conserve et qui maintienne davantage les empires que la puissance du souverain également reconnue par tous les sujets. Mais, comme cette puissance porte les Etats au plus haut point de leur gloire, aussi, lorsqu'elle se trouve affaiblie, on les voit en peu de temps déchoir de leur dignité. x\insi était-il arrivé en France pendant les désordres de la Ligue, qui doivent être ensevelis dans un éternel oubli, où le mépris de l'autoriré royale, ébranlée par les entreprises injustes de ceux qui devaient la révérer, avait failli faire passer le sceptre aux mains d'un usurpateur. Henri le Grand lui

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avait rendu son éclat ; mais après sa mort, et dans le bas âge du roi, elle avait reçu de dangereuses atteintes. Le parlement, quoique porté d'un bon mouvement, entreprit d'abord, par une action qui n'a pas d'exemple et qui blesse les lois fondamentales de la monarchie, d'ordonner du gouvernement du royaume et de la personne du roi. Depuis cette première infraction, que les circonstances du temps obligèrent de dissimuler, cette compagnie se crut autorisée à conserver l'administration de l'État et à demander compte du maniement des affaires publiques. Ensuite les factions s'étaient formées, et elles n'avaient été dissipées que depuis que l'autorité royale avait repris cette force et cette majesté qui conviennent à un État monarchique, où il ne saurait être permis de mettre la main au sceptre du souverain. C'était cette heureuse réintégration du royaume, par l'affermissement du pouvoir, qu'il fallait désormais consolider, afin d'assurer un règne prospère à la lignée dont Dieu avait honoré la couche du roi. Pour cela il importait de régler tous les ordres de l'État dans leurs fonctions, de manière à ce qu'ils agissent dans une parfaite dépendance de la puissance souveraine: et l'administration de la justice en étant la première partie, c'était par le parlement qu'on devait commencer, en déterminant l'usage légitime de l'autorité que les rois de France lui avaient déposée. »

C'était la constitution du pouvoir royal dans ses rapports avec le pouvoir parlementaire.

L'expédition du Roussillon et la prise de Perpignan par Louis XIII, qui suivirent de près cette déclaration royale, furent précédées de graves événements. De grandes difficultés assaillirent la maison d'Autriche en Espagne. Elle régnait sur le Portugal, elle commandait dans la Catalogne.

En 1640 et 1641 la Catalogne se souleva, réclama la protection de la France, voulut se séparer de ce que les Catalans appelaient toujours la couronne de Castille. Cette tentative n'eut qu'un succès momentané.

Mais le Portugal, qui relevait de l'Espagne, réussit à recouvrer à la même époque sa complète indépendance. Une révolution victorieuse appela à la tête de ce pays, qui était l'ancienne Lusitanie, Jean IV, fondateur de la maison de Bragance, qui devint un allié pour Louis XIII. Un roi de Portugal de la branche régnante, issue du mariage de la reine Dona Maria avec le prince Ferdinand ou Fernand de Saxe-Cobourg-Gotha, en 1835, devait contracter en 1886, ainsi qu'on le verra plus loin, une alliance matrimoniale avec le chef actuel de la maison de France.

Ce furent là les circonstances inattendues' qui justifièrent l'intervention de la France dans ces régions méridionales.

C'est vers la même époque que Louis d'Avezac, vicomte de Fontrailles, rapportait de Madrid le traité que le marquis de Cinq-Mars avait fait avec le duc d'Olivarez, traité dont le cardinal de Richelieu découvrit l'existence et qui ne justifia que trop l'arrestation, le jugement, la condamnation, la mort du triste personnage qui l'avait

signe.

Un Espagnol, un Allemand, un ennemi de naissance acharné n'aurait pas fait une convention plus hostile, convention par laquelle le marquis de Cinq-Mars s'engageait à chasser la France de partout où elle s'était établie dans les dernières années et d'y restaurer la domination de ses rivaux. Pourquoi fiiut-il que le duc Gaston d'Orléans fût mêlé à cette misérable machination, d'autant plus criminelle que son pays, encore troublé par de mesquines luttes civiles dans le

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Nord, était en guerre avec l'étranger, en Allemagne et en Italie, en même temps que sur les confins <ie l'Espagne.

Là, tout semblait avoir été combiné pour un grand spectacle. Pendant que Louis XIII s'occupait du siège de Perpignan, où le marquis de Cinq-Mars l'avait accompagné, le cardinal de Richelieu se mourait à Narbonne où, le 23 mars 1642, quatre jours avant de quitter cette ville pour Tarascon, il dictait à un notaire de la localité son testament, très longuement et très minutieusement rédigé, et qu'il ne pouvait ni écrire, ni signer, à cause de son état de maladie.

Il y avait sept témoins dont faisait partie Jules Mazarin, alors passé du service de la cour de Rome au service de la cour de France et qui avait déjà reçu le chapeau de cardinal.

C'est à Narbonne, où Louis XIII s'était rendu, que le cardinal de Richelieu reçut la copie du traité fait avec le duc d'Olivarez par le marquis de Cinq-Mars, pour le duc d'Orléans qui acheta, on le sait déjà, sa grâce par une humiliante confession de ses fautes et le duc de Bouillon, qui céda, nous l'avons dit, la principauté de Sedan en échange de la vie et de la liberté.

Cette copie était conforme à l'original ; le cardinal de Richelieu en avait la certitude. On ne sut jamais exactement par quelle voie elle lui était parvenue. On croit que le duc d'Olivarez lui-même la lui avait fait remettre par un calcul quelconque resté ignoré.

Louis XIII ne tarda pas à retourner à Paris par Lyon où le cardinal de Richelieu se fit également conduire de Tarascon où il s'était arrêté, après son départ de Narbonne, et où il s'embarqua sur le Rhône, suivi de ses deux prisonniers dont on sait la lugubre destinée.

Lorsque Louis XIII s'était éloigné de Perpignan, la conquête de cette ville était certaine. En effet, le 29 septembre 1642, elle ouvrait

ses portes à l'armée assiégeante. Une brillante victoire couronnait cette expédition royale, et le Roussillon tout entier était pour toujours réuni au domaine de la couronne.

Les tristesses de la vie en suivent de prés les joies. Le 2 décembre de cette même année 1642, Louis XIII, quittant son château de Saint- Germain, accourait au Palais-Cardinal, œuvre récente de Lemcrcier auprès de son ministre dont la dernière heure était proche, et dont il alla attendre la fin imminente dans son palais du Louvre.

Deux jours après, vers midi, celui qui avait été le tout-puissant cardinal de Richelieu n'était plus.

L'année 1642 devait être marquée de plusieurs croix noires. Le 13 janvier, le duc d'Épernon était mort, presque en disgrâce, chargé d'années et d'intrigues, dans sa résidence de Loches. Enfin, le 3 juillet, la Reine Marie de Médicis terminait son existence vagabonde, dans les dernières années, et la terminait dans l'isolement et le dénuement, ayant refusé avec obstination de se retirer à Florence où Louis XIII offrait à sa mère une situation en rapport avec le rang qu'elle avait eu et le rôle qu'elle avait joué.

Le cardinal de Richelieu devait se survivre à lui-même dans le gouvernement. Le 3 décembre 1642, il avait remis à Louis XIII, de sa main mourante, une déclaration royale.

Il était dit dans cette déclaration que le duc Gaston d'Orléans ne pourrait jamais avoir, à l'avenir, aucune part à l'administration du royaume, ni être régent pendant la minorité des enfants de France, dans le cas où Louis XIII viendrait à décéder avant leur majorité.

Six jours après, comme cédant à une volonté que lui transmettait une voix de la tombe, Louis XIII fit vérifier par le parlement de Paris cette déclaration qui rappelait tous les complots, toutes les agi-

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tations du duc Gaston d'Orléans. Est-ce l'esprit de prévoyance ou l'esprit de vengeance qui l'avait inspirée au cardinal de Richelieu ? Ce fut du moins son dernier acte politique.

Rien ne fut changé dans le gouvernement, rien, si ce n'est le nom du ministre dirigeant, du premier ministre, qui au lieu de s'appeler Richeheu allait s'appeler Mazarin.

Dés le lendemain de la mort de son ûltcr ego, Louis XIII dicta de Paris, avant de retourner au château de Saint-Germain, une lettre adressée à tous les parlements et à tous les gouverneurs, par laquelle il leur annonçait « que Dieu ayant voulu retirer à lui le cardinal de Richelieu, lorsqu'aprés une longue maladie, on avait plutôt lieu d'espérer sa guérison, il était résolu de conserver et d'entretenir tous les établissements ordonnés durant son ministère, de suivre tous les projets arrêtés avec lui pour les affaires du dehors et de l'intérieur, en sorte qu'il n'y aurait aucun changement; et que, continuant dans ses conseils les mêmes personnes qui l'y servaient si dignement, il y avait appelé le cardinal Mazarin, duquel il avait éprouvé la capacité et l'affection à son service dans les divers emplois qu'il lui avait donnés, et dont il n'était pas moins assuré que s'il fût né parmi ses sujets. »

Louis XIII eut cette fortune inespérée d'avoir pu confier successivement la direction des affaires publiques à deux grands ministres, qui furent deux véritables hommes d'État.

Le cardinal de Richelieu eut naturellement de magnifiques funérailles. Il laissait une fortune colossale, un héritage de deux duchéspairies et de onze terres titrées. Il laissait enfin sa création , le Palais-Cardinal, aujourd'hui le Palais-Royal, dont il faisait don au Roi avec une somme d'argent de quinze cent mille livres. Il tut conduit en grande pompe à la Sorbonne et inhumé, par son expresse

volonté, dans l'église de ce célèbre collège, qu'il avait fait agrandir et dont il était proviseur.

Les docteurs composant ce que l'on appelait lu Maison et Socicic du collège de Sorhonuc, élisaient eux-mêmes leur proviseur, qui était toujours un prélat. A la mort du cardinal Henri de Gondi, deuxième évêque de Paris de ce nom et de cette famille, et dont le successeur, du même nom et de la même lamille, Jean-François, eut, en 1623, le premier, le titre d'archevêque, ils choisirent, pour le remplacer, le cardinal de Richelieu, qui n'était encore à ce moment là qu'évêque de Luçon.

A l'occasion de cette élection, qui fut confirmée par l'Université, dans une séance solennelle, le 2 novembre 1622, le cardinal de Richelieu écrivait de sa main aux docteurs de la Maison et de la Société du collège de la Sorbonne, une lettre de remerciements en latin. C'est peut-être le seul autographe authentique intéressant qu'on ait de lui. Son secrétaire. Charpentier, imitait merveilleusement son écriture et jusqu'à sa signature. C'est à lui qu'il dictait ses dépêches diplomatiques.

On nous saura gré de donner la traduction en français de cette lettre en latin, en y joignant le fac-similé des dernières lignes suivies de sa signature.

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