‹ Les Bourbons et la Russie pendant la Révolution française (d'après des documents inédits)Chapitre 31 sur 71 · LES BOURBONS ET LA HUSSIE · texte numérisé non relu

LES BOURBONS ET LA HUSSIE

Mais, comme je l'ai dit, ils ne pouvaient pas plus en discerner les causes qu'ils ne pouvaient mesurer les périls nouveaux qui montaient autour des Bourbons détrônés. Entre Bonaparte rêvant l'empire, Paul I" songeant à conquérir l'Orient, l'Angleterre appliquée à s'assurer la possession des mers, l'Autriche pressée de posséder l'Italie, la Prusse cherchant à tirer parti du choc de ces multiples ambitions, de quel poids pouvait peser le proscrit de Mitau ? Qu'étaitil, sinon un fétu livré aux tempêtes, destiné à en être le jouet? Désormais, il n'avait à compter sur aucun secours, et si, durant les quatorze années qui suivirent, il conserva l'espérance, c'est que sa foi dans son droit était inébranlable.

Il résulte cependant de l'étude des documents à l'aide desquels nous avons pu reconstituer l'histoire de son exil que le roi, bien qu'il s'affligeât des réticences que, dès ce moment, il surprenait dans la conduite et le langage du tzar, avait confiance dans sa générosité et restait convaincu qu'il ne serait pas dépossédé de l'asile de Mitau. On peut croire, d'ailleurs, qu'en dépit des négociations engagées avec Bonaparte et menées à bonne fin, Paul ?' n'était pas plus résolu à éloigner Garaman de sa cour qu'à expulser Louis XVIII de ses États. II est même permis de suj)poser que sa résolution du 18 décembre fut

le résultat de quelque intrigue que Garaman, à en juger par ses mémoires, parait avoir ignorée ou qu'il a voulu taire.

Cette intrigue eut-elle pour principal auteur Koutaïkof excité par la Chevalier, à l'instigation de la Gourbillon? Fut-elle le résultat de l'antipathie que la petite cour de Mitau inspirait à quelques-uns des ministres du tzar? Ces deux hypothèses sont également vraisemblables, et à l'appui de la seconde, il est un trait qui ne saurait être passé sous silence.

Le 23 juin 1801, c'est-à-dire six mois après l'événement, une femme, qui disait se nommer Mme de Biston-Bonneuil, se fit annoncer chez le général de Beurnonville à Berlin. Elle arrivait de Saint-Pétersbourg, d'où elle était partie peu de temps après la mort de Paul F'". Elle venait solliciter la protection du ministre français. Elle lui raconta qu'elle s'était trouvée en Espagne, en 1796, étroitement liée avec le duc d'Havre, agent du roi de France, avec le prince de la Paix et même avec Pérignon, ambassadeur de la république ^ Depuis, elle était allée en Russie

1. Elle ne mentait pas. Sous le nom de Mme de Rifflon, elle mena à Madrid une intrigue assez obscure, dont ses charmes furent le principal instrument et dont le crédule et amoureux d'Havre fut la dupe, ainsi qu'en font foi les lettres qu'il adressait à Louis XVIII. Voir aussi la correspondance de Tliauvenay. En réalité, ce n'était qu'une espionne de Pérignon. Elle

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